‹ Les Mohicans de Paris Tome IIIChapitre 26 sur 70 · Cassandre, qui entre en lisant.

Cassandre, qui entre en lisant.

« J’ai l’honneur de vous faire part de la perte douloureuse que vous venez de faire de la personne de demoiselle Arménaïde Lamponisse, votre tante bien-aimée, morte hier, à l’âge de soixante-seize ans… » (S’interrompant.) C’est particulier ! je n’ai jamais eu de tante ; comment se fait-il qu’elle soit morte, et à la fleur de l’âge ?… Enfin, il se passe des choses si extraordinaires ! Continuons. (Lisant.) « Je vous annonce, en même temps, qu’il ne faut pas compter sur les cent cinquante livres de rente de la défunte ; elle a trouvé plaisant de vous déshériter au profit du maître clerc d’un charcutier de Sainte-Menehould… » (Cessant de lire.) Étonnant ! étonnant ! il paraît que cette tante que je n’ai jamais eue, et que cependant j’avais, m’a déshérité au profit de… Quel pied de nez ! Ne nous décourageons pas. (Reprenant sa lecture.) « Il va, néanmoins, sans dire que, s’il vous était plus agréable de payer les dettes de mademoiselle votre tante, qui se montent à la faible somme de cent cinquante mille livres quinze sous dix deniers, le maître clerc du charcutier de Sainte-Menehould vous laisserait jouir sans discussion des cent cinquante livres de rente dont il hérite en votre lieu et place. Veuillez donc, au reçu de la présente, m’envoyer votre acquiescement ou votre désistement. – Votre dévoué serviteur, Boudin de La Marne, à Sainte-Menehould, San-Giacomo-street, ancien no9, maintenant 11. » Je ne comprends pas bien ancien no9… Oui, autrement dit, le vieux numéro est le 9, et le neuf est maintenant le 11. (Réfléchissant.) Ah çà ! mais qu’est-ce que me chante donc ce notaire-là ? J’hérite et je n’hérite pas, le numéro vieux est un numéro neuf, et le numéro neuf est un vieux numéro… Où peut-il prendre tout ce qu’il dit, et de quel droit se permet-il de traiter un bourgeois de Paris à la façon de Sainte-Menehould ? Certainement, je ne manquerai pas de lui répondre, quoique sa familiarité ne mérite que mon mépris. (Après une pause et se frappant le front.) Mais je songe à une chose : si le facteur m’avait donné une lettre qui ne me fût pas adressée !… (Il regarde l’enveloppe.) « À monsieur Gille, boulevard du Temple, sous la grande aiguille du Cadran-Bleu. » Ainsi le drôle s’était flatté d’une rente viagère qu’il ne devait jamais posséder ! Mais ce Gille est un intrigant de haute futaie !… Contenons-nous, cependant, et adressons-lui quelques questions adroites, pour savoir jusqu’où il poussera la dissimulation. (À Gille, qui attend qu’il ait fini.) Eh bien, cher Gille ?

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