SCENE XI.
Mad. JOSSE, Mons. DU RUS, Mons. DE L’ORME,
NANNETTE, Mons. BRICE, BABET.
Mons. DE L’ORME.
Vous l’avez repoussée, & vigoureusement.
Je ne sçai rien de mieux pour vous en bien défaire.
Mad. JOSSE.
Remettons-nous. Hé bien, Messieurs, qu’allez-vous faire ?
Car rien n’est plus honteux, dans ces temps divisés,
Que de voir la noblesse avoir les bras croisés.
Il faut, pour son honneur, qu’elle soit occupée.
Prenez-vous une Charge où de Robe ou d’Epée.
Mons. DU RUS.
D’Epée. On sent bien mieux l’homme de qualité.
Par-tout Mars sur Thémis l’a toujours emporté.
Chez tous les gens d’Epée aujourd’hui c’est la mode
De passer sur le ventre à tous les gens du code.
Ce n’est pas au Palais que croissent les lauriers.
BABET.
Que vous ferez tous deux de jolis officiers !
NANNETTE.
Si l’on en croit le bruit que fait la renommée,
De jolis officiers ornent bien une armée.
Mons. DU RUS.
Quand ils ont à leur tête un joli Général :
Il n’est pour les Grivois point de plaisir égal :
Et ce qui rend la France en tous lieux formidable,
En jolis Généraux elle est inépuisable.
Ce que nous en avons sont des gens accomplis.
Mad. JOSSE.
Ceux que nous n’avons plus étoient bien plus jolis.
Quoique pour en juger mon esprit soit trop mince,
Feu Monsieur de Turenne, & feu Monsieur le Prince,
L’un pour temporiser & lasser l’Allemand ;
L’autre pour foudroyer Espagnol & Flamand ;
Ont été, selon moi, les deux plus jolis Hommes
Que la France ait produit dans le siécle où nous sommes.
Mons. BRICE.
Et vous ne voulez pas que les gens soient piqués
Contre des mots si sots & si mal appliqués !
Est-il dans l’Univers encore un Capitaine
Tel que Monsieur le Prince, & Monsieur de Turenne ?
Quels noms ont plus de gloire, & sont mieux établis ?
Et des gens d’un tel poids vous paroissent jolis ?
Qui jamais, dites-moi, fut assez ridicule
Pour traiter de jolis Hector, Achile, Hercule ?
Vous nommez deux Héros qui les effacent tous :
Il faut quand on en parle en parler à genoux ;
Et ceux qu’en pareil cas ces jolis termes tentent,
Sont du moins aussi fous que ceux qui les inventent.
On ne dit point non plus de jolis Officiers.
Jolis ne convient point à de vaillants guerriers :
Il faut que l’épithéte exprime ce qu’on nomme :
Dire un joli garçon n’est pas dire un brave homme ;
Et le mot de joli n’a jamais été fait
Qu’en faveur d’un enfant, & d’un colifichet.
Mons. DE L’ORME.
J’entrevois les raisons de Monsieur votre frere :
Joli ne lui plaît pas, parce qu’il ne l’est guére.
Voilà ce qui l’oblige à s’expliquer ainsi.
Mad. JOSSE.
Ha ! que mal-à-propos ma mere vient ici !