‹ Les Mots à la modeChapitre 15 sur 15 · SCENE XV.

SCENE XV.

NICODEME, ADRIENNE, Mons. JOSSE, Mad. JOSSE, Mad. BRICE, Mons. BRICE, Mons. GRIFFET, NANNETTE, BABET, NICOLE.

Mons. JOSSE.

Approche gros Coquin.

NICODEME.

Approche gros Coquin.C’est fort bien dit. Peut-être
Que j’en dirois autant si j’étois votre maître.

Mons. BRICE.

Je ne sçai que penser de tout ce que je vois.

NANNETTE.

Plus ce desordre augmente & moins je le conçois.

Mons. JOSSE.

Fripon !

NICODEME.

Fripon !Mordié nenni. Tout chétifs que je sommes
J’avons été cinq ans à de vrais Gentilshommes :
A telle enseigne, ardé, qu’ils n’aviont pas un soû ;
Et qu’ils me tapotiont tout leur diantre de saoû ;
Il ne s’est jamais vû de noblesse meilleure.
Ce n’étoit pardié pas comme celle d’astheure.

Mad. JOSSE.

Vous le méritez bien, Monsieur Josse.

Mons. JOSSE.

Vous le méritez bien, Monsieur Josse.Tout-doux.
Je sçai ce qui se passe entr’eux, quelque autre & vous.

Mad. JOSSE.

Hé, que se passe-t-il qui ne soit à ma gloire ?

Mons. JOSSE.

Monsieur le Commissaire apportez son mémoire.
C’est trop avoir d’égard pour son manque de foi :
Ne la ménagez plus. Parlez.

Mons. GRIFFET.

Ne la ménagez plus. Parlez.De par le Roy.

Dites-moi, sans mensonge, & sans être interdite,
Si vous reconnoissez ce mémoire ?

Mons. JOSSE.

Si vous reconnoissez ce mémoire ? Elle hésite ;
Plus elle a de chagrin, plus je suis réjoüi.

Mad. JOSSE.

Oui, Monsieur, ce mémoire est de moi.

Mons. JOSSE.

Oui, Monsieur, ce mémoire est de moi.De vous ?

Mad. JOSSE.

Oui, Monsieur, ce mémoire est de moi.De vous ? Oui.
Je ne sçai ce que c’est que dire une imposture.

Mons. JOSSE.

Il s’agit maintenant d’en faire la lecture.
Vous allez, j’en suis sûr, être scandalisez.

Mad. JOSSE.

De quoi ?

Mons. JOSSE.

De quoi ? Prêtez l’oreille : & vous, Monsieur, lisez.

Mons. GRIFFET lit.

Mémoire de la Dépense que j’ai faite en galanteries.

Mons. JOSSE.

Voyons par quel endroit ce mémoire débute.

Mons. GRIFFET.

Premiérement, vingt francs pour une Culebute…

Mad. BRICE.

Pour une Culebute ! Oh bon Dieu ! qu’est-ce là ?

Mons. JOSSE.

Bon ; ce n’est rien : le reste est bien pis que cela.
Poursuivez seulement, Monsieur le Commissaire.

Mons. GRIFFET.

Pour une Culebute avec un Mousquetaire.

Mons. BRICE.

Avec un Mousquetaire ! En effet, c’est bien pis.
Malheureuse ! est-ce là ce qu’on t’avoit appris ?
Faire un si grand affront à la race des Brices !

Mons. JOSSE.

Monsieur, de pareils coups laissent des cicatrices…

NICODEME bas.

La peste ! un Mousquetaire est assez bien choisi.

Mons. GRIFFET.

Plus, pour un Boute-en-train, & pour un Tâtez-y,
Huit cens francs.

Mons. JOSSE.

Huit cens francs.Dites-moi, vous, à qui je me fie,
Qu’est-ce qu’en bon françois Tâtez-y signifie ?

Mad. BRICE.

Que signifieroit-il que ce qu’on entend bien ?

Mons. BRICE.

Qu’avez-vous à répondre à cela, ma sœur ?

Mad. JOSSE.

Qu’avez-vous à répondre à cela, ma sœur ? Rien.
C’est un extravagant, qui de Paris à Rome
Auroit peine à trouver son égal.

Mad. BRICE.

Auroit peine à trouver son égal.Le pauvre homme !
Il est bien malaisé qu’il ait l’esprit serein
Quand il sçait qu’à sa femme il faut un Boute-en-train.

Mons. GRIFFET.

Plus pour la Jardiniére, & pour des Engageantes
Dont mes filles & moi nous fûmes bien contentes ;
Trois cens livres.

Mons. JOSSE.

Trois cens livres.Voilà ce qui m’outre le plus.
Donner à ses enfans des leçons là-dessus !
A quoi lui servois-tu ?

ADRIENNE.

Aquoi lui servois-tu ?Qui ? moi, Monsieur ?

Mons. JOSSE.

Aquoi lui servois-tu ? Qui ? moi, Monsieur ?Oui, Chienne.

Mad. BRICE.

Je te tordrai le cou, Suborneuse.

NICODEME.

Je te tordrai le cou, Suborneuse.Adrienne,

Dis-moi, sans barguigner ce que c’est que cela ;
Et quelle manigance on débagoule-là.
Parle.

ADRIENNE.

Parle.Moi, Nicodéme ?

NICODEME.

Parle.Moi, Nicodéme ?Oui, palsandié, dégoise.

ADRIENNE.

Est-ce ma faute, à moi, si Madame l’emboise ?
Quand on a bon renom cela vaut mieux que tout.
Je sommes, comme on dit, plus couchés que debout.
Tenez, je ne fais rien, comme sçait Nicodéme,
Que ce que je vourois qu’on me fît à moi-même.
J’allons tête levée, & je ne craindons rien ;
Dieu marci.

NICODEME.

Dieu marci.Pour cela, je sommes gens de bien :
Et j’avons de l’honneur, malgré la médisance,
Plus qu’il ne nous en faut pour notre suffisance.
J’ignorons ce que c’est que de faire faux-bon :
Ce n’est pas comme vous & Madame.

Mad. JOSSE.

Ce n’est pas comme vous & Madame.Ah, fripon !
Tu ne t’amuses pas à voler des vetilles.

Mons. GRIFFET.

Plus pour des Papillons, des Guespes, des Chenilles,
Huit cens écus.

Mons. JOSSE.

Huit cens écus.Maraut, qui fais l’homme de bien,
Te voilà si confus que tu ne dis plus rien !
Tu ne présumois pas que l’on sçût ton négoce.
Vendre des Papillons une somme si grosse !
Je prétens qu’aujourd’hui cet argent soit rendu.

Mons. GRIFFET.

Ou qu’il soit dans trois jours bien & dûment pendu.
Pour un vol domestique on ne fait pas long gîte.

Mad. BRICE.

On ne peut d’un voleur se défaire trop vîte.
Pendez, pendez.

Mons. JOSSE.

Pendez, pendez.Crois-moi, de peur d’être étranglé,
Rens-moi ce que ta femme & toi m’avez volé :
Voilà neuf cens écus marqués en deux articles.

ADRIENNE.

Volé ! Nous ?

NICODEME.

Volé ! Nous ?Testedié, boutez mieux vos bésicles.
Quand je suis échauffé, je suis pis qu’un Satan.

Si je ne vous agrée, il faut dire va-t-en.
Avec un peu d’esprit jamais on ne demeure ;
Et, sans reproche à Dieu, j’en eus d’assez bonne heure.
J’apprenois de Musa le Singulariter,
Quand je me dépétri de notre Magister :
Il me brisi, mordié, quasiment une côte,
Parce que, disi-t-il par ma chienne de faute,
Notre âne avec sa bouche un soir avoit failli
A démettre la gueule à Monsieur le Bailli.
Sans cet accident-là qui vint troubler la fête,
Moi, la bourique & lui je n’étions qu’une tête.
Je n’avons pas toujours mangé notre pain sec.

Mons. JOSSE.

Jamais aucun fripon n’a manqué par le bec.
Ne crois pas m’éblouir par de tels artifices.
Ta femme, pour ses bons & louables services,
A reçu trois cens francs. Toi pour des Papillons,
Et je ne sçai combien de pareils guenillons,
Huit cens écus.

ADRIENNE.

Huit cens écus.Eh si ! Si je n’étois honnête,
Je vous dirois, Monsieur, que vous êtes bien bête ;
Bien nigaut, bien butor, bien badaut de Paris :
Mais Nicodéme & moi je sommes bien appris ;

Et je ne disons rien qui chagrine parsonne.
C’est une bride à viau que Madame vous donne
Que tous les Papillons qu’elle vous boute-là :
Elle dépense mieux son argent que cela :
Fraîche comme un gardon, droite comme une parche,
Bon, vrâment, c’est bien là les bêtes qu’elle charche !
Les femmes de Paris en sçavont bien plus long.

Mons. BRICE.

Vous m’impatientez, ma sœur. Répondez-donc.
Tout parle en sa faveur, & tout vous est contraire.

Mons. GRIFFET.

Plus, quatre louis d’or pour un Laisse-tout-faire.

Mons. JOSSE.

Cela n’est point obscur & chacun l’entend bien :
Quand on laisse tout faire on ne réserve rien.
Mettez-vous en ma place. Est-ce à tort que je gronde ?

Mad. BRICE.

Que ne l’ai-je étouffée en la mettant au monde !
Je n’aurois pas l’affront de voir ce que je voi.

Mad. JOSSE.

Je ris de vous voir tous déchaînés contre moi.
Vous me charmez.

Mad. BRICE.

Vous me charmez.L’infame ! Et toi, tu m’assassines.

Mons. GRIFFET.

Plus, pour une Effrontée, & pour deux Gourgandines,
Quinze louis.

Mad. BRICE.

Quinze louis.Comment : Tu connois ces gens-là !
Des Gourgandines ! Ciel ! Quelle Peste voilà !
Il n’est pas sur la terre une plus méchante ame.
Le dangereux bétail qu’une pareille femme !

Mons. GRIFFET.

Plus pour une Innocente, onze louis.

Mons. JOSSE.

Plus pour une Innocente, onze louis.Viença.

NICOLE.

Qui ?

Mons. JOSSE.

Qui ?Toi.

NICOLE.

Qui ? Toi.Moi ? Je ne sçai ce que c’est que tout çà.
J’ai toujours vû Madame une bonne vivante.

Mons. JOSSE à Monsieur Griffet.

La preuve de son crime est assez convainquante.
On lui dira le reste en temps & lieu. Suffit.

Mons. GRIFFET.  à Madame Josse.

Qu’avez-vous à répondre à tout ce que j’ai dit ?

Mad. JOSSE.

Que mes filles, Monsieur, ont sur elles les piéces,
Que contient ce mémoire espéces par espéces.
De me justifier je leur laisse le soin.
Défendez mon honneur.

Mons. JOSSE.

Défendez mon honneur.Je crois qu’il est bien loin.

NANNETTE.

Ce qui dans cet écrit vous paroît des injures,
Sont des noms que l’on donne aux nouvelles parures.
Une Robe de chambre étalée amplement,
Qui n’a point de ceinture, & va nonchalamment,
Par certain air d’enfant qu’elle donne au visage,
Est nommée Innocente, & c’est du bel usage ;
Ce Manteau de ma sœur si bien épanoui,
En est une.

Mons. JOSSE.

En est une.Cela est une Innocente ?

BABET.

En est une.Cela est une Innocente ?Oui.
Sont-ce là des sujets pour vous mettre en colere ?

NANNETTE.

Voilà la Culebute, & là le Mousquetaire.

BABET.

Un beau nœud de brillans dont le sein est saisi,
S’appelle un Boute-en-train, ou bien un Tâtez-y,
Et les habiles gens en étymologie,
Trouvent que ces deux mots ont beaucoup d’énergie.

NANNETTE.

Une longue cornette, ainsi qu’on nous en voit,
D’une dentelle fine, & d’environ un doigt,
Est une Jardiniere : & ces manches galantes
Laissant voir de beaux bras ont le nom d’Engageantes.

BABET.

Ce qu’on nomme aujourd’hui Guespes & Papillons,
Ce sont les diamants du bout de nos poinçons ;
Qui remuant toujours, & jettant mille flammes,
Paroissent voltiger dans les cheveux des Dames.

NANNETTE.

L’homme le plus grossier & l’esprit le plus lourd
Sçait qu’un Laisse-tout-faire est un Tablier fort court :
J’en porte un par hazard qui sans aucune glose,
Exprime de soi-même ingénûment la chose.

BABET.

La coëffure en arriére, & que l’on fait exprès
Pour laisser de l’oreille entrevoir les attraits,
Sentant la jeune folle, & la tête éventée,
Est ce que par le monde on appelle Effrontée.

NANNETTE.

Enfin, la Gourgandine est un riche Corset,
Entr’ouvert par devant à l’aide d’un Lacet :
Et comme il rend la taille & moins belle & moins fine,
On a cru lui devoir le nom de Gourgandine.
Vous avez pris l’allarme avec trop de chaleur.

Mons. JOSSE.

Ace compte, mon mal n’étoit donc qu’une peur ;
Et mon front avait tort de croire son cas sale ?

Mad. JOSSE.

Comment prétendez-vous réparer ce scandale ?
Après un tel éclat je n’ai plus d’yeux pour vous,
Et je vais tout permettre à mon juste courroux.
Qui vouloit me punir mérite un sort semblable.

NICODEME.

Le moins qu’il puisse faire est amende honorable,
Tête-nue, en chemise, avec la torche au poing :
Madame fera bien de n’en démordre point.
Vartidié ! Ce n’est pas une faute legére

Que de prendre l’honneur à ceux qui n’en ont guére.

ADRIENNE.

Je ne prétens pas, moi, qu’il soit quitte pour rien,
D’avoir, ou peu s’en faut, fait une bréche au mien.
On ne peut de l’honneur se montrer trop friande,
Et ce qu’il m’en a pris je veux qu’il me le rende.

Mons. GRIFFET.

Je vous l’avois bien dit d’aller moins vite.

Mad. BRICE.

Je vous l’avois bien dit d’aller moins vite.Et quoi.
Vous l’accusez à tort de vous manquer de foi !
Cette brutalité n’est point du tout permise :
Et dûssai-je y manger jusques à ma chemise,
Il ne sera point dit que je souffre cela.

Mons. JOSSE.

Que pouvois-je penser de ce mémoire-là ?
Tâtez-y, Boute-en-train, Culbute, Engageantes ;
Tout cela pour le front sont des armes parlantes ;
Et je sens que le mien me démange toujours.
Voilà de vilains noms pour de si beaux atours.

Mons. BRICE.

Il a raison.

Mad. JOSSE.

Il a raison.Lui ?

Mons. BRICE.

Il a raison.Lui ?Lui. N’est-ce pas une honte
De voir de la pudeur faire si peu de conte ?
Donnez, puisqu’il vous plaît d’avoir ces ornemens,
De plus honnêtes noms à vos ajustemens.
Tous ces termes impurs, ces équivoques sales,
Sont de droit naturel du Pont-neuf, ou des Halles.
Qui de les inventer s’ose mettre en devoir,
Sçait plus d’obscénités qu’il n’est beau d’en sçavoir :
Rien n’est plus odieux qu’une femme immodeste ;
Et qui risque ces mots, risque aisément le reste.
Les cœurs bien situés sont posés, retenus…

Mad. BRICE.

Franchement, ces mots-là sont un peu saugrenus.
J’ai sué de frayeur de son Laisse-tout-faire,
Et de la Culbute avec un Mousquetaire.
En un mot, ce jargon n’est point édifiant.

Mons. JOSSE.

Monsieur le Commissaire, en vous remerciant :
Vous & vos Grippechairs vous pouvez disparoître,
Puisque je ne suis pas ce que je croyois être.

Mons. GRIFFET.

Comment ? N’est-ce pas vous qui m’avez employé ?…

Mons. JOSSE.

Si j’eusse été cocu je vous aurois payé.
De tout ce que j’ai fait vous êtes le complice.

Mons. GRIFFET.

Moi ?

Mad. JOSSE.

Moi ? Vous. Si l’on faisoit une exacte Police,
On ne souffriroit point tous ces vilains mots-là,
Non plus que la Bassette & le Jeu du Hocca ;
Et l’on condamneroit à mille écus d’amende
L’impudent Lapidaire, & l’impure Marchande,
A qui l’on entend dire avec un front d’airain
Un Tâtez-y, Monsieur ; Madame, un Boute-en-train ;
Gourgandine à bon prix ; Culebute nouvelle.
Quel abus !

Mons. GRIFFET.

Quel abus ! Mon devoir en d’autres lieux m’appelle :
Payez-moi, je vous prie, ou bientôt un exploit…

Mons. BRICE.

Satisfaites Monsieur, & qu’il s’en aille.

Mons. JOSSE.

Satisfaites Monsieur, & qu’il s’en aille.Soit.
J’en suis quitte à bon compte, & la peine est petite.

NICODEME.

Oh palsandié nonfait, vous n’en étes pas quitte.
Si l’honneur de Madame a fait queuque faux pas,
J’avons notre cas net, si le sien ne l’est pas.
La femme de cheuz-nous n’est point une Engageante.

Mons. JOSSE.

Au lieu de vingt écus je t’en donnerai trente.
C’est payer son honneur & le tien grassement.

NICODEME à Adrienne.

Est-ce assez ?

ADRIENNE.

Est-ce assez ? Eh ouida, c’est bien honnêtement.
Les femmes d’aujourd’hui faisont bien voir aux hommes
Que l’honneur n’est pas cher dans le temps où je sommes.
Dix écus pour le mien c’est un prix assez haut.

NICODEME.

Je crois, comme tu dis, que c’est tout ce qu’il vaut.

Boutez-là votre main : je vous pardonne. Eh qu’est-ce ?
Pour des mots de travers faut-il bouder sans cesse.

Mons. BRICE.

Je me charge du soin de les rapatrier.

Mad. JOSSE.

Et l’affront qu’il m’a fait se peut-il oublier ?

Mons. JOSSE.

Si me croire timbré c’est vous faire une offense,
En faisant le péché, j’en ai fait pénitence :
J’ai souffert comme un Diable. Eh, bon Dieu ! Comment font
Tant de gens que je vois qui savent qu’ils le sont,
Et qui de ce malheur n’étant tristes ni mornes,
Vivent dans un plein calme à l’abri de leurs cornes ?
La patience est belle en de semblables cas :
Mais c’est un don du ciel, qu’il ne m’accorde pas.
Nommez, si vous voulez, mon imprudence extrême,
J’aime mieux avoir tort que vous l’ayez vous-même ;
Et le risque est moins grand, pour tout dire en un mot,

D’être imprudent cent fois, que d’être une fois Sot.

Mad. JOSSE.

L’êtes-vous ?

Mons. JOSSE.

L’êtes-vous ?S’il est vrai ce qu’on me fait connoître ;
Non, je ne le suis pas, mais je croyois bien l’être :
Et sur une apparence égale à celle-ci,
Bien d’autres en ma place auroient cru l’être aussi.
Puisqu’il faut se soumettre à ce que veut la Mode,
Et que la plus suivie est d’être époux commode ;
Oublions toute chose. Y consentez-vous ?

Mad. JOSSE.

Oublions toute chose. Y consentez-vous ? Non.
Je ne veux plus vous voir.

Mad. BRICE.

Je ne veux plus vous voir.Moi, je le veux, Guenon,
Ce seroit un ménage assez beau que le vôtre,
Le mâle d’un côté, la femelle de l’autre !
Il faut qu’à son époux, de peur d’avoir du bruit,
Une femme obéisse en tout temps, jour & nuit.
Ce n’est point à la poule à tant lever la crête.

ADRIENNE.

Atout ce qu’il lui plaît le mien me trouve prête.

Demandez-lui plutôt si je mens.

NICODEME.

Demandez-lui plutôt si je mens.Pardié non.
Parmi bien du méchant elle a cela de bon,
Que lors qu’il faut m’aider à de certains ouvrages,
Elle court, tête-dié, comme des arrérages.
Veux-je boire deux coups, elle en veut boire trois ;
Aussi, vivons-je heureux comme de petits Rois ;
La paix est d’un logis la piéce la plus bonne.

Mons. BRICE.

Profitez des leçons qu’un Jardinier vous donne.
A vivre bien ensemble appliquez votre soin.
Votre sotte querelle est allée assez loin.
Sur tout, qu’il ne vous sorte aucun mot de la bouche
Dont l’oreille s’indigne, & l’honneur s’effarouche.
Portez des diamans, des dentelles, de l’or,
Et, si faire se peut, plus de richesse encor ;
Mais évitez les mots dont les mœurs sont blessées,
Et qui ménent l’esprit à de sales pensées.
Chez tous les gens d’honneur ces mots sont interdits.

Mad. JOSSE.

Je voudrois bien savoir quels vilains mots je dis.

Mons. BRICE.

Lisez votre mémoire : On ne voit rien de pire,
Lisez.

Mad. JOSSE.

Lisez.Hé bien, mon frere, il ne faut plus les dire ;
J’ai cru de nos bijoux pouvoir mettre les noms,
Sans attirer sur moi de si cruels affronts.
S’ils rendent ma conduite ou douteuse, ou suspecte,
J’y renonce à jamais, loin que je les affecte.
Je n’ai pas eu dessein de le mettre en courroux.

NANNETTE.

Si vous y renoncez, j’en fais autant que vous.

BABET.

Pour les dire jamais, j’ai trop peur qu’on me gronde.

Mons. JOSSE.

Fort bien. Nous voilà tous les plus contents du monde.

à ses filles.

Je ne suis pas ingrat à qui me fait plaisir :

Choisissez des époux selon votre desir.

Mad. BRICE.

Allons nous ébaudir, & dîner tous ensemble.

NICODEME aux Auditeurs.

Et vous, allez souper, Messieurs, si bon vous semble.
Comme en chemin faisant vous trouvez quelquefois
D’impertinens Parleurs & de nobles Bourgeois,
Envoyez-les ici voir comme on accommode
La Noblesse en détrempe, & les Mots à la Mode.

FIN.

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