SCENE VIII.
Mons. DU RUS, Mons. DE L’ORME, Mad. JOSSE,
Mons. BRICE, NANNETTE, BABET.
Mad. JOSSE.
Qu’ils entrent.Hé quelqu’un ! des fauteuils.
Mons. DU RUS.
Qu’ils entrent.Hé quelqu’un ! des fauteuils.Vos appas
Qui font à tout venant mettre pavillon bas,
Sûrs de tout conquérir aussi-tôt qu’ils se montrent,
Font autant de captifs que de cœurs qu’ils rencontrent.
Vers une autre beauté j’avois pris mon essor,
Mais je change.
Mons. DE L’ORME.
Mais je change.Pour moi, mon cœur est libre encor :
Mais à voir tant d’appas pour peu qu’il persévére,
J’appréhende bien fort qu’il ne le soit plus guére.
NANNETTE.
Quel plaisir de ranger sous l’amoureux lien
De ces cœurs Isolés qui ne tiennent à rien !
Que ne puis-je causer votre premiére allarme !
Mad. JOSSE.
Isolés ! Ah, Messieurs, le joli mot ! Il charme.
Qui jamais avant elle, à l’âge où la voilà,
Avec tant de justesse a placé ce mot-là ?
Isolés !
Mons. DU RUS.
Isolés ! Franchement, Isolés me prend l’ame.
Mons. DE L’ORME.
Isolés me ravit, me pénètre, m’enflamme.
Mons. DU RUS.
Ce qui m’en plaît le plus, c’est qu’elle s’en sert bien.
De ces cœurs Isolés qui ne tiennent à rien !
Quand de l’architecture on sçauroit la manœuvre,
On auroit de la peine à mieux le mettre en œuvre.
Ce mot est d’un bon sel, & d’un excellent goût.
Mad. JOSSE.
Il m’a fait oublier que vous êtes debout.
Ces fauteuils sont ici pour nous mettre à notre aise.
Hé quelqu’un ! pour mon frere il ne faut qu’une chaise ;
Il n’est pas noble.
Mons. BRICE.
Il n’est pas noble.Non ; dont je rens grace au ciel.
Mons. DE L’ORME.
Ouais ! Contre la noblesse il semble avoir du fiel.
Mons. BRICE.
Point du tout ; je l’honore autant qu’on le peut faire :
Il n’est dans un état rien de plus nécessaire :
A le rendre tranquille elle applique son soin ;
Mais je l’aime un peu vieille, & marquée au bon coin.
Mons. DU RUS.
Fy ! Peut-on avouer qu’on aime la vieillesse ?
Rien n’est plus décrépit que la vieille noblesse.
Est-il un Financier noble depuis un mois,
Qui n’ait son dîné sûr chez Madame Guerbois ?
Et que de vieux Barons pour le leur trouvent blanque
Quand le gibier s’envole, ou que leur fusil manque ?
Monsieur parle en bourgeois des plus invétérés.
Mad. JOSSE.
Les mots les plus jolis sont par lui censurés.
Contre celui de gros il jette feux & flammes.
Mons. DE L’ORME.
Tant pis : Il se fera lapider par les Dames.
C’est un des mots nouveaux qu’elles aiment le plus.
Mad. JOSSE.
Est-il rien de mieux dit que de grosses vertus ?
Je suis de cette phrase inséparable amie.
Mons. BRICE.
Vous avez contre vous toute l’Académie :
Elle, qui dans la langue a le don d’exceller.
Mons. DU RUS.
Moi, je lui soutiens, moi, qu’on ne peut mieux parler.
Il est certains endroits où ce mot charme, enchante.
Quelle Académie est-ce ? Est-ce celle où l’on chante ?
Mons. BRICE.
Plaisante Académie, & dont on fait grand cas !
Mons. DU RUS.
Est-ce celle, où l’on fait de si bons almanachs ?
Mons. BRICE.
Ces gens, pour bien parler, n’ont pas l’air assez grave.
Mons. DU RUS.
Est-ce l’Académie où l’on peint, où l’on grave ?
Ces gens-là sont du monde, & parlent juste.
Mons. BRICE.
Ces gens-là sont du monde, & parlent juste.Non.
Mons. DE L’ORME.
C’est donc l’Académie où l’on ne fait rien !
Mons. BRICE.
C’est donc l’Académie où l’on ne fait rien ! Bon !
Celle que je vous dis travaille plus que toutes.
C’est-là que de la langue on décide les doutes :
Là que l’on sert de régle à tous les gens d’esprit,
Par ce que l’on prononce & ce que l’on écrit :
L’ennemie, en un mot, des sotises nouvelles.