XII
OU MAUREVERT JOUE UN RÔLE IMPORTANT
Ce dimanche-là, le chevalier de Pardaillan avait été voir son ami Marillac, comme il faisait presque tous les jours. Les deux jeunes gens se racontaient leurs inquiétudes, leurs joies, leurs espérances; Marillac parlait d'Alice; le chevalier parlait de Loïse.
Plusieurs fois, le comte avait offert à son ami d'aller trouver la reine mère et de lui demander un sauf-conduit pour le maréchal de Montmorency et les siens, Mais le chevalier avait toujours refusé avec obstination.
Toutes les fois que le comte parlait de la reine, de sa bienveillance, de ses promesses, Pardaillan gardait le silence.
«Tout est possible! se disait en effet le chevalier. Qui sait si l'infernale Catherine n'a pas été enfin touchée au coeur! Qui sait si elle ne s'est pas mise à aimer ce fils retrouvé!... Mais qui sait aussi quels pièges peut cacher cette bienveillance trop soudaine?... Quant à la malheureuse Alice, je m'arracherais la langue plutôt que de dire l'affreux secret qu'elle m'a confié dans une heure de délire...
Donc, le chevalier gardait le silence à la fois sur la reine et sur Alice... Seulement, il ne cessait de répéter à son ami:
--C'est le moment de redoubler de prudence, mon cher...
Marillac souriait alors... il était dans cet état de confiance absolue qui est comme un profond sommeil de l'esprit.
Il n'y avait qu'une ombre à son bonheur: la mort de Jeanne d'Albret.
Ce dimanche, il y avait trois jours qu'il n'avait pas vu le chevalier, lorsqu'il le vit entrer.
--J'allais entreprendre de vous relancer à l'hôtel de Montmorency! s'écria le comte en saisissant les mains de son ami... mais qu'avez-vous? Vous me paraissez sombre... préoccupé...
--Vous, au contraire, vous êtes en pleine joie à ce que je vois... vous essayez un costume?...
Le comte de Marillac, en effet, venait de quitter un costume qu'on lui avait apporté et qu'il avait essayé... C'était un habillement de grand seigneur, et tel que la magnificence de ces époques pouvait le concevoir. Mais ce costume si riche était entièrement noir depuis la plume de la toque jusqu'au haut-de-chausses en satin.
--C'est demain le grand jour, dit Marillac en souriant. C'est demain que notre roi Henri épouse Mme Marguerite. Avez-vous vu les préparatifs que l'on a faits à Notre-Dame? Ce sera magique. L'église tout entière est tendue de velours à crépines d'or. Les sièges des époux sont des merveilles...
--Ce sera splendide, fit le chevalier. Je comprends votre joie.
Marillac saisit sa main et la pressa.
--Cher ami, murmura-t-il, ma joie ne vient pas de là... Écoutez... j'avais juré de ne le dire à personne au monde... mais vous, mon ami, vous êtes mon autre moi-même... Demain, il y aura un mariage à Notre-Dame... et, demain soir, il y en aura un autre à Saint-Germain-l'Auxerrois... et je veux que vous soyez là!...
--Quel mariage? demanda le chevalier.
--Le mien!...
--Le vôtre! fit Pardaillan qui ne put s'empêcher de frémir. Et pourquoi le soir?
--La nuit, plutôt; à minuit!... Vous allez comprendre... la reine veut être là pour me bénir... elle se charge de tous les détails de la cérémonie... des amis à elle, des amis sûrs, y assisteront seuls... et vous, mon cher, mon frère! mais n'en dites rien. La reine veut être là, comprenez-vous? Et si on savait!... Ah! Pardaillan. on voudrait savoir pourquoi la mère de Charles IX s'intéresse tant à un pauvre gentilhomme huguenot...
Le chevalier eut un frisson que le comte ne remarqua pas: cette cérémonie mystérieuse, ce mariage de minuit qui devait être tenu secret et auquel Catherine devait assister... Il eut la pensée d'un guet-apens.
«Heureusement que je serai là!» songea-t-il.
Et, comme si le pressentiment d'un malheur l'eût poursuivi, il désigna le costume étalé sur un fauteuil:
--Est-ce dans ce costume que vous allez vous marier?
--Oui, frère, dit Marillac soudain redevenu grave. C'est dans ce costume que je veux assister au mariage de notre roi, et c'est dans ce même costume que, le soir, à minuit, je me rendrai à Saint-Germain-l'Auxerrois...
--Eh quoi! Tout de noir vêtu?
--Écoutez-moi, chevalier, dit Marillac, dont le visage se voila de mélancolie. Je suis dans un bonheur tel que je me demande parfois si je rêve. Vous savez combien j'ai souffert d'être obligé de maudire ma mère... eh bien, cette mère se révèle à moi comme la femme la plus aimante. Vous savez combien J'aime ma fiancée... eh bien, demain, Alice devient ma femme... comprenez-vous que ces deux bonheurs inouïs accablent mon âme!...
--Ainsi, dit le chevalier, pas une ombre à votre bonheur?
--Quelle inquiétude, quelle crainte pourrais-je avoir? Non, mon ami... tout en moi est apaisement et confiance... Et pourtant, oui, tout ce bonheur est comme voilé d'un crêpe.
--Il faut quelquefois écouter les pressentiments.
--Il ne s'agit pas d'un pressentiment. Encore une fois, je ne crains rien, je n'ai rien à redouter. Mais je m'habille de noir, mon ami, parce que je veux, aux yeux de tous, porter le deuil de l'admirable femme qui a été ma vraie mère: la reine de Navarre. La cour semble l'avoir déjà oubliée. Son fils lui-même, cet Henri qu'elle aimait tant, a bien vite repris ce visage insoucieux et sardonique... il a bien vite recommencé à papillonner autour des femmes, tandis que celle qui sera la sienne s'occupe, dit-on d'amours où le roi de Navarre ne joue aucun rôle, sinon celui de l'amant morfondu. Ah! mon ami, toute cette ingratitude pour une femme si vaillante et si bonne, cela me révolte. Et moi qui l'ai vénérée, moi qui l'ai vue mourir, je veux porter son deuil devant son fils, devant ma mère aussi... et devant ma femme!
Marillac demeura quelques minutes tout songeur.
--Cher ami, reprit le chevalier, avez-vous jamais admiré la singulière destinée qui vous a fait retrouver une mère juste au moment où vous avez perdu celle que vous considériez comme telle?
--Que voulez-vous dire? fit Marillac en tressaillant.
--Simplement ceci: tant que la reine de Navarre a vécu, Catherine de Médicis vous est apparue comme un monstre capable de toutes les atrocités. Or, c'est justement dans la nuit où est morte l'infortunée Jeanne d'Albret que madame votre mère a commencé de se révéler à vous dans toute sa maternelle mansuétude...
--Je vous avoue que je n'ai pas songé à cette coïncidence, dit Marillac en passant une main sur son front. Mais, puisque vous m'y faites penser, ne dois-je pas voir là une preuve de plus que mon bonheur dépasse mes espérances?»
Ce fut au tour de Pardaillan de tressaillir.
Il eut la sensation que son ami cherchait à s'étourdir, et qu'il faisait un violent effort pour se persuader à soi-même qu'il était heureux.
Oui, peut-être Marillac avait-il entrevu la haine formidable qui couvait sous les sourires de Catherine! Peut-être, à force de creuser le problème, en était-il arrivé à pressentir vaguement vers quels abîmes il était entraîné!... Peut-être n'y avait-il en lui qu'un désespoir sans fond... le désespoir d'avoir compris que sa mère voulait le tuer, le désespoir de deviner que sa fiancée était complice de sa mère!...
Peut-être, disons-nous!
Car, ce que nous établissons en quelques lignes positives, Marillac ne pouvait que le soupçonner.
--Vous ne m'avez jamais raconté la mort de la reine de Navarre! reprit tout à coup le chevalier.
--Ce sont de funestes souvenirs que vous remuez là, chevalier, dit le comte avec une sombre expression. Ce fut foudroyant. La reine était arrivée à neuf heures au Louvre, où on célébrait les fiançailles de son fils et de la princesse Marguerite. Après avoir reçu l'hommage des seigneurs catholiques, elle s'assit dans un fauteuil de ce salon, où le roi de France vint, en personne, lui témoigner son affectueuse admiration. Moi, j'étais où vous savez. Lorsque je fus redescendu dans les salles de fête, je la cherchai longtemps et ne la trouvai qu'à l'instant où elle s'évanouissait. Il y eut de grandes rumeurs, et je n'oublierai jamais la douleur qui éclata sur le visage de... la reine mère...
--De Catherine de Médicis? insista le chevalier.
--Oui, mon ami... Après que le médecin du roi eut examiné la reine de Navarre, celle-ci fut aussitôt transportée jusqu'à sa litière, malgré Ambroise Paré, qui lui voulait, sur l'heure, administrer je ne sais quel médicament... Le roi Henri, l'amiral, le prince de Condé et moi, nous montâmes à cheval pour escorter la litière; quelques gentilshommes nous accompagnèrent. La litière, ainsi entourée de notre groupe et précédée de laquais à cheval, portant des flambeaux, traversa la foule qui entourait le Louvre. A la vue du roi Henri, cette foule se mit à pousser des clameurs comme si nous eussions été des ennemis; cependant, lorsqu'on sut que la litière contenait Jeanne d'Albret mourante, un grand silence se fit, et, ces gens, honteux peut-être, s'écartèrent, mais, dans leur silence même, ce n'était pas le respect de la mort qui apparaissait... Ah! chevalier, quelle nuit!... Quand je songe à cette fête monstrueuse, à cette orgie plutôt, où les nôtres ont toléré que leurs femmes fussent insultées, puis ces cris funèbres, cette litière qui passe à travers un peuple retenant à peine ses grondements, je me prends à songer à quelque énorme et fantastique traquenard... mais c'est de la folie.
--Hum! fit le chevalier.
--Le roi nous comble de ses caresses; la reine mère... je connais ses sentiments...
--Hum! hum! répéta le chevalier.
--Le peuple nous est seul hostile; mais M. de Guise nous assure que les Parisiens n'ont qu'un reste de mauvaise humeur, qui se dissipera lorsqu'on aura vu notre roi entrer à Notre-Dame...
Et, comme pour éviter d'approfondir les soupçons qu'évoquait l'attitude du chevalier, le comte se hâta de continuer son récit:
--Lorsque la reine eut été couchée dans son lit, elle reprit connaissance. Le médecin du roi, maître Ambroise Paré, arriva à ce moment. Mais la reine, le regardant fixement, lui dit: «Je vous remercie, maître, Vous pouvez vous retirer. Tous soins seraient inutiles contre le mal. Je vais mourir... Allez!» Sans insister davantage, maître Paré s'inclina, en poussant un soupir, et, comme il se retirait, nous vîmes que son visage portait les traces d'une étrange épouvante.
--Ah! ah! Ce médecin n'est-il pas de la religion reformée?
--Oui, chevalier.
--Et vous dites qu'il n'insista pas pour donner des soins à la malheureuse reine? Et vous dites qu'il avait l'air épouvanté?
--En effet. Mais n'était-ce pas naturel? Ce mal foudroyant...
--Non, comte! Ambroise Paré est un homme énergique. S'il n'a pas insisté, s'il a été épouvanté, s'il a reculé, enfin...
--Que voulez-vous dire, chevalier? s'écria Marillac avec agitation.
--Rien, fit sourdement le chevalier. Je m'étonne de cette attitude, voilà tout. Mais continuez, cher ami...
--Oui... laissons de côté les soupçons.
--Ah! vous avez dit enfin le mot! Vous aussi, vous soupçonnez...
--Quoi? balbutia le comte.
--Un crime!...
Marillac pâlit. Son regard se détourna de Pardaillan.
--Eh bien, oui, dit-il enfin; je crois à un crime! La reine de Navarre avait des ennemis acharnés; plus d'une fois, elle a failli succomber. Peut-être, un de ces ennemis... un de ces hommes qui ne reculent pas devant le forfait... je donnerais ma vie pour le connaître, celui-là...
Marillac passa la main sur son front. Et, comme le chevalier gardait le silence, il continua:
--Mais peut-être, après tout, n'est-ce qu'un soupçon sans valeur.
--Peut-être! fit le chevalier. Vous disiez donc que le médecin du roi se retira.
--Et aussi nous tous, reprit Marillac, avec un empressement fébrile. Le roi Henri demeura seul près de sa mère. Pendant trois longues heures, nous attendîmes dans la pièce voisine. Enfin, l'aube entra dans cette salle où nos douleurs silencieuses étaient rassemblées, et fit pâlir les flambeaux. Ce fut à ce moment que le roi Henri sortit de la chambre de sa mère... Que lui avait-elle dit? Quelles furent ses suprêmes confidences? Qui sait?... Oui, qui sait si l'étrange hallucination qui s'empara de moi ne fut pas une vérité?... Car, comme je me trouvais près de la porte, il me sembla, un moment, saisir quelques lambeaux de la parole royale et funèbre... «Je meurs assassinée, disait la voix rauque de la mourante, mais je vous ordonne de l'ignorer... feignez de croire à une mort naturelle... ou, sans cela... vous seriez frappé à votre tour. Mais prenez bien garde, mon fils... Ah! oui, gardez-vous!...» Ces paroles, quand j'y pense, furent sans aucun doute une imagination de mon esprit ébranlé... Le roi Henri reparut à nos yeux et nous fit signe d'entrer.
Marillac étouffa un sanglot et deux larmes, qu'il ne songea pas à essuyer, coulèrent de ses yeux.
--Nous entrâmes donc, poursuivit-il. Quand je vis cette généreuse reine, cette guerrière qui avait étonné nos vieux généraux, quand je vis cette mère admirable qui avait abandonné la vie paisible de son palais pour se jeter dans la vie des camps, qui avait vendu jusqu'à son dernier diamant, pour payer les soldats de son fils, quand je vis celle qui m'avait tiré du néant, arraché à la mort, oui, quand je la vis livide, il me sembla que j'allais mourir moi-même et je demeurai comme stupide, dans un anéantissement de mes forces et de ma pensée... Elle dit au prince de Condé: «Ne pleurez pas, mon cher enfant. Peut-être suis-je la plus heureuse...» Nous l'entourions, tâchant de refouler nos sanglots... Son regard trouble fit le tour de cette assemblée d'hommes d'armes, penchés sur le lit d'une reine mourante.
Et j'ai retenu ses dernières paroles... Les voici, chevalier:
«Monsieur l'amiral, aussitôt après le mariage du roi, il faut quitter Paris... Rassemblez toutes nos forces... non pas que je me défie de mon cousin Charles, mais il faut être prêt à tout... Sous les ordres du roi, monsieur l'amiral, vous avez le commandement suprême... Henri, ajouta-t-elle en s'adressant au prince de Condé, vous êtes un frère pour mon fils... je vous bénis, mon enfant... Soyez toujours près de lui, au camp, à la ville et à la cour... Adieu, messieurs, je vous aimais bien tous... Toi, mon vieux d'Andelot, et vous, capitaine Briquemaut, et vous tous, fiers gentilshommes, grâce à vous, les grandes injustices prendront fin... le droit de vivre et de penser sera assuré aux huguenots... ayez confiance... notre cause est grande... qu'est-ce que le bonheur de l'humanité sans la liberté?... Adieu à tous...»
--A ces mots, les sanglots éclatèrent. Je crus que tout était fini... mais la reine, fixant son regard sur moi, me fit signe d'approcher... J'obéis et tombai à genoux, près du roi, en sorte que ma tête se trouvait près de celle de la reine... et c'est moi qui ai recueilli son dernier soupir...
Marillac se leva et fit quelques pas, en proie à une agitation que n'expliquait pas complètement la tristesse de pareils souvenirs. Il revint s'arrêter devant Pardaillan et continua d'une voix plus sourde:
--Oui, chevalier, c'est moi qui ai recueilli le dernier soupir de la reine de Navarre... mais, peut-être, à ma douleur filiale se mêla, dans cette minute terrible, une horreur qui me fit comprendre l'épouvante que j'avais surprise sur le visage du médecin et sur celui du roi... En effet, lorsque je fus tout près d'elle, Jeanne d'Albret tourna vers moi sa tête convulsée par l'agonie, murmura distinctement: «Prends sarde, mon enfant, prends garde!... Ecoute... il faut que tu saches...» Que voulait me dire la reine? Quel secret allait s'échapper de ses lèvres crispées? Je ne le saurai jamais, chevalier! car, à ce moment, la reine entra en agonie... Elle faisait de violents efforts pour me parler, mais aucune parole ne sortit plus de sa bouche... Seulement, tout à coup, son regard se fixa avec une effrayante expression sur la cheminée... puis, une légère secousse l'agita... puis, ce fut fini, la reine était morte... morte... et son regard semblait encore s'attacher à cet objet que, dans la seconde suprême, elle avait cherché des yeux...
Marillac se tut.
A travers ses doigts crispés sur ses yeux, des larmes s'échappèrent.
--Mon cher comte, dit Pardaillan, pardonnez-moi d'avoir ramené vos pensées vers ces pénibles scènes... Mais, dites-moi... pouvez-vous me dire quel était cet objet que la reine regardait en mourant?
Marillac alla à une armoire, dont il portait la clef sur lui et, l'ouvrant, il en tira un coffret d'or qu'il posa sur une table.
--Ce coffret, chevalier, m'a été donné par une personne auguste. Je l'avais à mon tour offert à la reine de Navarre, qui s'en servait pour y mettre ses gants... Sans aucun doute, la pauvre reine, en mourant, a voulu me dire de reprendre ce coffret qui se trouvait sur la cheminée de sa chambre et de le garder comme un double souvenir... le souvenir de mes deux mères.
--Ainsi, dit lentement le chevalier, c'est la reine Catherine qui vous a donné ce coffret?
--Oui, mon ami, dit Marillac en frissonnant.
Les deux hommes se regardèrent.
Et, sans doute, chacun d'eux put lire chez l'autre la pensée terrible qui l'agitait, car tous les deux pâlirent et détournèrent les yeux.
Marillac demeurait tremblant, les mains crispées sur le coffret d'or. Il baissa la tête. Et, soudain, le mystère de sa pensée monta jusqu'à ses lèvres, comme s'il n'eût pu le contenir davantage. Hagard, livide, il murmura:
--Mon sang... je le donnerais jusqu'à la dernière goutte... pour savoir la vérité... oh! chevalier... cette vérité... Ce n'est pas possible!... Ce serait trop horrible que ce coffret ait été l'instrument de mort... que Catherine, ma mère, ait tué Jeanne, mon autre mère... et que moi... moi... leur fils à toutes deux... aie porté à l'une le poison que lui envoyait l'autre!
--Comte! Comte! s'écria le chevalier, vous avez raison... ce serait trop horrible...
--Ah! puissé-je donc être foudroyé plutôt que de continuer à porter de tels soupçons dans mon esprit!... Catherine ne peut avoir conçu de pareilles horreurs... Catherine m'aime... j'en suis sûr... elle est ma mère... ma mère!...
En parlant ainsi, Marillac avait ouvert le coffret avec une sorte de rage désespérée.
Dans le coffret, il y avait une paire de gants blancs ceux que portait Jeanne d'Albret, la nuit de sa mort.
Il les saisit et, fermant les yeux, les baisa longuement.
Pardaillan, hors de lui, en proie à une sorte de vertige, lui arracha les gants, les remit à leur place, funèbre relique, et, lui-même, alla renfermer, avec un effroi visible, le mystérieux coffret d'or dans l'armoire.
Il y eut alors entre les deux hommes un long silence lourd d'angoisse.
L'action rapide de Pardaillan venait de préciser dans l'esprit de Marillac un soupçon qu'il n'osait s'avouer à lui-même.
Sa joie fébrile, son bonheur trop surexcité par lui-même, la vague épouvante que recouvraient ce bonheur et cette joie, son incertitude, ses doutes, son désespoir latent, en un éclair aveuglant, il comprit tout, il se comprit soi-même.
Et il assista, muet d'horreur, à l'abominable drame qui se déroulait dans sa pensée.
La mort inexplicable de Jeanne d'Albret, ses mystérieux avertissements, ce regard de terreur qu'elle avait eu en lui montrant le coffret d'or, cette mort fit rentrer le soupçon dans l'esprit du comte.
Quel soupçon? Que Catherine avait assassiné Jeanne d'Albret.
Non! Oh! non! Il ne voulait pas y croire!
S'il accusait Catherine, s'il acceptait cet infâme soupçon, s'il admettait sa mère meurtrière, c'est donc que sa mère se jouait de lui!
C'est donc qu'elle mentait en lui garantissant la dignité d'Alice! C'est donc qu'Alice était une créature de Catherine!
Si Alice l'avait joué, si Alice était indigne, si son amour s'effondrait!... Oh! mille morts plutôt! Il fallait, de toute son énergie, repousser le soupçon.
Voilà dans quels abîmes tournoyait l'âme du comte de Marillac.
Voilà pourquoi il s'arracha violemment à sa méditation. Voilà pourquoi, éclatant de rire, il alla ramasser la clef que le chevalier avait jetée, la remit tranquillement à la serrure de l'armoire et s'écria joyeusement:
--Par Dieu, mon cher ami, je crois que nous sommes fous... C'est votre faute aussi! Pourquoi m'avoir parlé de la mort de Jeanne d'Albret? Ah! oui, j'y suis. C'est ce costume noir qui est cause de tout... Eh bien, oui, mon cher, |e me marierai en noir, je veux porter le deuil de la grande amie que je pleurerai toujours... Parlons d'autre chose, voulez-vous?
--Volontiers, comte, dit le chevalier en essuyant la sueur froide qui mouillait ses tempes. Un dernier mot, toutefois.
--Parlez, cher ami.
--C'est bien décidément demain que doit avoir lieu votre mariage?
--Demain soir, à minuit, à Saint-Germain-l'Auxerrois... Mais vous êtes seul à le savoir.
--Et vous désirez que j'y assiste?
--Mon bonheur ne serait pas complet si vous n'étiez là.
--Bon. Comment et à quelle heure entrerai-je dans l'église?
--Trouvez-vous à onze heures à la petite porte qui donne sur le cloître... mais soyez seul.
--Très bien, mon cher comte!...
Et le chevalier songea:
«J'y serai avec quelques bonnes épées que je connais. Car, je veux donner mon âme au diable, si la douce Catherine ne cherche pas à faire assassiner son fils!...»
--Sortons, voulez-vous? reprit Marillac. Je veux passer avec vous cette fin de journée. Nous entrerons en quelque guinguette du bord de l'eau, et nous viderons bouteille...
--Je ne demande pas mieux, car, moi-même, je ne serais pas fâché de voir un peu ce qui se passe dans Paris. Avez-vous remarqué, mon cher comte, comme Paris a l'air fiévreux...
--Non, je n'ai pas remarqué, mon ami. Que voulez-vous? le bonheur est égoïste... mais, une chose que je remarque parfaitement, c'est que vous, si gai tous ces jours-ci, vous êtes triste...
--Triste? Non pas... mais inquiet.»
Les deux amis étaient dehors. Il faisait un beau soleil, et, comme le gros de la chaleur était passé, la rue était pleine de gens endimanchés...
--Et le sujet de cette inquiétude? demanda Marillac en prenant le bras du chevalier.
--Voici. Mon père a disparu depuis trois jours et je crains qu'il ne se soit jeté en quelque périlleuse aventure.
--Quoi? Vous n'en avez aucune nouvelle?
--Aucune. Mercredi soir, il est sorti de l'hôtel de Montmorency en disant au suisse que, s'il n'était pas rentré au matin, c'est qu'il aurait entrepris un voyage. Quel peut être ce voyage? Et comment a-t-il pu sortir de Paris?
--C'est un homme d'une rare prudence et, sans aucun doute, vous avez tort de vous inquiéter.
--Je le sais. Aussi, ne suis-je pas trop inquiet pour lui. Et, d'ailleurs, s'il y eût un danger immédiat, il m'eût prévenu. Seulement, pendant qu'il travaillait de son côté, je travaillais du mien et son absence peut compromettre la réussite de mon plan.
--Voyons votre plan, fit Marillac.
--Je suis arrivé à séduire un sergent qui doit être de garde à la porte Saint-Denis, mardi prochain. Il m'a promis de ne défendre que mollement le passage, pourvu que j'attaque avec vigueur. En outre, il s'arrangera pour que le pont soit baissé au moment où je l'attaquerai... Je compte sur vous, mon cher ami.
--Très bien. Mardi, quelle heure?
--Mais, vers les sept heures du soir. Il y aura une voiture dans laquelle seront Loïse et sa mère, ainsi que le maréchal, de qui j'ai pu obtenir qu'il ne se montrât pas. Nous serons une vingtaine...
--Bon. Je vous promets de vous en amener autant.
--Ah! si mon père était là!...
--Il sera rentré d'ici mardi, sans doute... Mais que veut tout ce monde?...
--Ma foi, dit le chevalier, les voilà qui se mettent à genoux!... Avançons.
--En voilà deux! hurla à ce moment une voix qui fit tressaillir le chevalier.
Marillac et Pardaillan, tout en devisant, s'étaient heurtés à une foule qui entourait quelque chose, devant la porte d'un couvent. Et cette foule criait:
«Miracle! Noël!...»
Les deux jeunes gens avaient continué à avancer jusqu'au moment où ils se trouvèrent devant la porte du couvent, au milieu de gens dont les uns entonnaient des cantiques, dont les autres, comme en délire, s'embrassaient sans se connaître, faisaient des signes de croix et se frappaient la poitrine. Puis, tout ce peuple était tombé à genoux, tandis que Marillac et Pardaillan demeuraient debout.
La foule, tout en s'agenouillant, clama d'une voix le cri qu'elle croyait être le plus agréable à tous les saints du paradis:
«Mort aux huguenots!...»
C'est à ce moment que la voix en question cria:
«En voilà deux!...»
Pardaillan reconnut aussitôt Maurevert qui le désignait spécialement. Maurevert était entouré d'une quinzaine de gentilshommes, qui semblaient le considérer comme leur chef. Au signe qu'il fit, ils se précipitèrent sur le chevalier, l'épée à la main.
Déjà, la foule, furieuse, délirante, enveloppait les deux amis qui, serrés de près, étouffés, ne pouvaient même pas tirer leurs épées.
«Place! Place!» vociféraient les gentilshommes en essayant d'arriver jusqu'à leurs deux victimes.
Mais chacun, dans ce peuple, tenait à se distinguer.
C'est pourquoi la foule ne s'ouvrit pas: elle voulait massacrer elle-même les deux huguenots qui, la dague à la main, immobiles, contenaient encore par leur attitude les enragés qui les entouraient.
Les deux jeunes gens échangèrent un regard; ils semblaient se dire:
«Nous allons mourir là, mais, avant de tomber, nous en découdrons bien quelques-uns?»
--Tue! Tue! vociférait Maurevert. Les huguenots à la hart!...»
Il y eut comme un vaste tourbillonnement de la foule; des milliers de poings se levèrent...
Mais, à ce moment, comme si un grand souffle eût abattu toute cette fureur, la foule retomba à genoux en criant:
«Miracle!... Voici le saint!...»
Le saint, c'était frère Lubin qui, ouvrant la porte du couvent où son supérieur l'avait rappelé, la mission laïque du frère étant terminée, le moine Lubin, donc, apparaissait, les bras ouverts, la face rubiconde et, apercevant le chevalier, s'en venait à lui, la larme a l'oeil, en souvenir des innombrables fonds de bouteille dont Pardaillan l'avait gratifié à la Devinière.
«Ce digne chevalier! Ce cher ami!» bégayait le moine qui passait à travers la foule prosternée.
Maurevert et ses acolytes le suivirent en troupe. Pardaillan et Marillac avaient profité de ce répit inespéré pour rengainer leurs dagues et mettre l'épée à la main.
Pardaillan ne se demanda pas pourquoi Maurevert se trouvait parmi cette masse de peuple et pour quelle besogne il était escorté de gentilshommes, dont il en reconnut quelques-uns pour des fervents de la reine Catherine.
--Attention! dit-il à Marillac, voici la meute... Voyez-vous, à votre gauche, cette encoignure sous l'auvent?
--Je la vois, dit Marillac qui, de la pointe de son épée, menaçait déjà un de ses assaillants.
--Allons-y d'un bond. Là, nous pourrons tenir tête... Attention! Vous y êtes?
Les deux amis se fendirent ensemble: un double hurlement éclata; deux des plus avancés tombèrent.
Marillac, alors, obéissant à la manoeuvre indiquée, se rua vers l'encoignure, en fourrageant de l'épée; la foule s'écarta avec des clameurs et se referma sur lui. Lorsque Marillac eut atteint son poste, il s'aperçut qu'il était seul.
--Pardaillan! rugit-il.
Et il se jeta tête baissée sur la muraille vivante.
A ce moment, il fut saisi par-derrière, paralysé, dans l'impossibilité de faire un mouvement, soulevé, entraîné, emporté dans l'intérieur du couvent.
Quant au chevalier, voici ce qui était arrivé:
Au moment où Lubin arrivait près de lui, l'un des gentilshommes, qui escortait Maurevert, lui porta un coup de pointe. Ce fut alors qu'il se fendit à fond et par un coup droit, traversa l'épaule de son adversaire. A l'instant où il se relevait et où il allait se jeter vers l'encoignure qu'il avait montrée à Marillac, le moine fut sur lui et l'enserra dans ses bras, en bégayant:
«C'est donc vous... Ah! que je suis heureux... Venez boire...»
D'une violente secousse, Pardaillan se débarrassa du moine, qui alla rouler à terre en murmurant:
«L'ingrat!...»
A ce moment, cent bras s'abattirent sur le chevalier; son épée fut brisée; en un instant, ses vêtements en lambeaux; le chevalier voulut saisir sa dague: Maurevert l'enleva.
Alors, on vit un spectacle inouï.
Désarmé, sanglant, le chevalier avait sur lui une masse humaine qui s'efforçait de l'écraser.
Et cette masse, il la soulevait, la secouait, la dispersait d'un formidable roulis des épaules; elle se reformait, l'accablait; il l'entraînait, roulait avec elle, se relevait, mordant, frappant de ses deux poings comme de deux béliers; des gens ensanglantés tombaient autour de lui; des hurlements effroyables, tout autour, éclataient dans la foule, tandis que le groupe frénétique attaché à lui luttait dans un silence farouche.
Presque assommé, du sang plein le visage et la bouche, Pardaillan, formidable, secouait la grappe humaine, comme le sanglier, enfin coiffé, peut secouer la meute.
Il soufflait d'un souffle rauque et bref.
Un brouillard flottait devant ses yeux. Il ne songeait plus à rien... à rien qu'à atteindre Maurevert qui, à dix pas, commandait la manoeuvre, à le saisir, à l'étrangler avant de mourir.
Une clameur plus terrible retentit soudain:
Le chevalier venait de tomber une dernière fois et ne se relevait plus: à chacune de ses jambes, à chacun de ses bras, à sa poitrine, deux hommes, trois, quatre, toute une foule pesait.
«Des cordes!» vociféra alors Maurevert.
Quelques secondes plus tard, Pardaillan, solidement lié, était emporté dans le couvent; sur la chaussée, une dizaine de blessés étanchaient leur sang.
Et la foule, saisissant Lubin, le soulevait, le portait en triomphe et l'acclamait. C'était le saint qui avait arrêté l'hérétique! C'était le saint qui, rien qu'en l'enlaçant de ses bras, lui avait ôté sa force!
Maurevert était entré dans le couvent et avait eu une assez longue conférence avec le prieur. A la suite de cette conférence, il s'était fait conduire dans la cellule où le comte de Marillac avait été enfermé. Il portait sous son bras l'épée du comte.
--Monsieur, dit-il en entrant, vous êtes libre, voici votre épée.
Marillac ne témoigna ni joie ni surprise. Il saisit froidement la lame qu'on lui tendait et la remit au fourreau.
--Monsieur de Maurevert, dit-il, j'espère que nous nous retrouverons, dans des conditions meilleures, c'est-à-dire à un moment où vous n'aurez pas pris la précaution de vous entourer de vingt spadassins pour attaquer deux hommes.
--Monsieur le comte, nous nous retrouverons quand il vous plaira, dit Maurevert en grondant.
--Après-demain matin, voulez-vous?
--Soit.
--Dans les prés du passeur?
--Le lieu et l'heure me conviennent; mais laissez-moi vous dire, monsieur le comte, que je ne comprends pas la querellé que vous me faites, au moment où je vous sauve la vie.
--Vous me sauvez la vie, vous! fit Marillac avec un dédain qui fit pâlir Maurevert.
Le bravo eut un éclair de joie dans les yeux. Mais il se contint et reprit:
--C'est sans doute un grand honneur pour moi, mais cela est. Je suis arrivé devant le couvent à l'instant même où la foule, furieuse de je ne sais quoi, allait se ruer sur vous. Avec mes amis, je vous ai pris et transporté ici. Sans moi, vous étiez donc mort, monsieur le comte.»
Marillac avait écouté ces explications avec une surprise étonnée.
--Monsieur, dit-il alors, s'il en est vraiment ainsi, je ne puis qu'être surpris. Je ne suis pas de vos amis, je crois...
--Eh! avais-je besoin que vous fussiez mon ami pour essayer de vous tirer des mains de ces enragés! Qui n'en eût fait autant à ma place?... Et puis, je dois vous l'avouer, j'avais une raison secrète de me jeter à votre secours...
--Quelle est cette raison, monsieur?
--Le désir que j'ai d'être agréable à la reine mère, dit Maurevert en s'inclinant avec un respect outré.
Marillac tressaillit et pâlit. Déjà Maurevert continuait:
--Si je ne suis pas de vos amis, monsieur le comte, si nous nous sommes même un peu regardés de travers à la dernière fête du Louvre, je n'en ai pas moins l'insigne honneur d'être des amis de la reine. Et savez-vous ce que la reine m'a dit tout récemment, à moi et à quelques autres de ses fidèles? Elle a dit, en propres termes, qu'elle vous considérait comme un parfait cavalier, qu'elle avait pour vous une véritable affection et qu'elle priait tous ses amis de vous protéger en toutes mauvaises occasions où vous pourriez vous trouver...
--La reine a dit cela! s'écria Marillac d'une voix altérée.
--Ce sont ses augustes paroles que j'ai l'honneur de vous répéter, monsieur le comte. Aussi, tout en acceptant le rendez-vous que vous me faites l'honneur de me donner, je vous prie de me tenir pour votre très dévoué.
Maurevert, après s'être incliné, fit un pas pour se retirer.
--Attendez, monsieur! dit Marillac.
Sombre, bouleversé, la voix tremblante, malgré tous ses efforts, il reprit:
--Monsieur, les paroles que vous prêtez à Sa Majesté ont pour moi une importance de vie ou de mort. Me jurez-vous que la reine s'est bien exprimée ainsi, en parlant de moi?
--Je vous le jure! dit Maurevert, avec une évidente sincérité. Je dois même ajouter que, si les paroles de la reine étaient affectueuses, le ton l'était plus encore. Ce n'est un secret pour personne, monsieur le comte, que vous êtes fort avant dans les faveurs de Sa Majesté, et qu'elle vous destine un haut commandement dans l'armée que M. l'amiral va conduire aux Pays-Bas.»
Un soupir, qui ressemblait à un rugissement, gonfla la poitrine de Marillac.
«Ma mère! ma mère! balbutia-t-il au fond de lui-même. Serait-ce donc vrai? Me serais-je donc trompé?...»
--Monsieur de Maurevert, reprit-il tout haut, je regrette de vous avoir mal accueilli.
--Tout le monde s'y fût trompé, monsieur le comte!
--Adieu donc et merci. Veuillez, je vous prie, me conduire à M. de Pardaillan, afin que nous partions ensemble.
--Monsieur le comte, je vous le répète: vous êtes libre. Mais, quant à M. de Pardaillan, c'est autre chose, vu que M. de Pardaillan est rebelle, accusé de lèse-majesté et que c'est mon devoir de l'arrêter.
--Vous l'arrêtez?
--C'est fait.
--De quel droit? Êtes-vous donc officier des gardes?
--Non, monsieur. J'ai simplement reçu un ordre d'avoir à me saisir de la personne de M. de Pardaillan, et j'étais justement à sa recherche, quand j'ai eu l'honneur de vous rencontrer.
--Un ordre! gronda Marillac. De qui?
--De la reine mère!
Sur ce mot, Maurevert, saluant une dernière fois le comte, sortit, laissant la porte ouverte. Marillac demeura un moment tout étourdi. Mais bientôt, se frappant le front, il murmura:
«Cette fois, je vais voir quelle peut être l'affection de la reine pour moi!...»
Marillac sortit de la cellule et se trouva dans un couloir en présence d'un moine, qui le salua et lui dit:
--Monsieur le comte, je suis chargé de vous faire sortir du couvent par une porte de derrière.
--Pourquoi pas par la grande porte?
--Écoutez, monsieur, fit le moine en souriant.
Marillac écouta. Au loin, vers la rue, il entendit une rumeur furieuse.
«Cela, reprit le moine, c'est la voix du peuple qui réclame sa victime. Et sa victime, c'est vous. Mais nous savons trop quelle serait la douleur de notre grande reine, s'il vous arrivait malheur... Venez donc, monsieur.»
Marillac, sans plus d'observations, suivit le moine, qui le conduisit jusqu'à une petite porte donnant sur une ruelle solitaire.
Le comte prit aussitôt le chemin du Louvre.