XXII
LE NAIN A L'OEUVRE
Nous sommes obligés de revenir momentanément à l'un de nos personnages dont les faits et gestes prennent une importance qui sollicite notre attention.
Voici donc le nain El Chico--car c'est de lui que nous voulons parler--promu au rang de protagoniste.
Celui-ci est une réduction d'homme--gracieuse, il est vrai, et nous avons entendu Fausta, qui doit s'y connaître, lui dire qu'il est beau dans sa petitesse. Il est sinon délicat, car il a été élevé à la dure, du moins faible comme un enfant qu'il est par la taille. Il est placé tout au bas de l'échelle sociale, puisqu'il n'est qu'un pauvre diable de bout d'homme, sans père ni mère, élevé on ne sait comment ni par qui, venu on ne sait d'où, gîtant on ne sait dans quel trou, vivant. Dieu sait comme! de la charité publique, rie reculant pas devant certaines besognes louches pour assurer sa pitance, et pourtant, malgré tout, ne manquant pas d'une vague dignité, d'une inconsciente fierté.
Donc, El Chico sortit en courant du cabinet de Fausta. Il était fou de joie--ou de douleur, car on n'aurait pu, en conscience, affirmer lequel de ces deux sentiments dominait en lui. Toujours courant, il se rendit au fond du jardin, du côté du fleuve. Il paraissait d'ailleurs connaître admirablement ce jardin et, à travers le labyrinthe des allées et des bosquets, dans la nuit accrue de l'ombre opaque des arbres en quantité considérable, il se dirigeait sans hésitation.
Arrivé à la ceinture de cyprès, il grimpa sur un de ces arbres avec dextérité et s'engagea dans le cône de verdure sombre où sa petite taille pouvait lui permettre de pénétrer et de se dissimuler. Sans doute, il avait là quelque cachette connue de lui seul, car il se débarrassa du sac d'or qu'il devait à la munificence de Fausta, après quoi il se laissa glisser à terre.
Sans se presser maintenant, l'air grave et méditatif, il longea l'enceinte de verdure et s'arrêta de nouveau devant un jeune cyprès que le hasard avait sorti de l'alignement et fait pousser tout près du mur. Cet arbre, placé là, c'était une échelle naturelle toute trouvée pour franchir l'obstacle élevé. En effet, El Chico grimpa là jusqu'à ce qu'il fût arrivé à dominer le mur. Alors, il imprima un léger balancement au tronc frêle de l'arbuste et, avec l'adresse et la souplesse d'un chat, il sauta sur la crête du mur. Il se suspendit par les mains et se laissa tomber doucement hors de la propriété.
Il s'éloigna du mur et alla s'asseoir dans l'herbe qui poussait haute et drue. Les coudes appuyés sur les genoux ramenés au corps, la tête dans ses mains, il resta longtemps ainsi, immobile. Peut-être pensait-il à des choses que lui seul savait. Peut-être obéissait-il à des instructions reçues dans la maison des Cyprès. Peut-être enfin, et plus simplement, S'était-il endormi.
Les vibrations lointaines d'un bronze religieux laissant tomber dans la nuit douze coups solennellement espacés le tirèrent de sa torpeur.
C'était à peu près vers ce même moment que Fausta, précédée de Centurion, s'engageait dans les sous-sols de sa mystérieuse maison de campagne.
El Chico se leva, s'ébroua et dit tout haut:
--Tiens! il est temps... Allons!
Et il se mit en route à pas lents, faisant le tour de la propriété, ne cherchant nullement à se cacher. On eût même dit qu'il souhaitait attirer l'attention sur lui, car il faisait le plus de bruit qu'il pouvait.
Et, tout à coup, il entendit des gémissements étouffés et vit deux masses déposées au pied du mur et qui s'agitaient éperdument en des soubresauts fantastiques.
El Chico ne parut nullement effrayé. Il eut même un de ces sourires rusés qui illuminaient parfois sa physionomie, et, allongeant le pas, il s'approcha de ces deux masses. Il reconnut alors qu'il se trouvait en présence de deux corps humains étroitement roulés dans des capes et congrûment ficelés des pieds à la tête.
Sans perdre un instant, il se pencha sur le premier de ces corps et se mit à trancher les liens qui l'enserraient, à le débarrasser des plis de la cape oui l'étouffait.
--El señor Torero! s'exclama El Chico, lorsque le visage de la victime fut enfin dégagé.
Et le visage du petit homme exprimait une surprise si évidente, l'intonation était si naturelle, si sincère que le plus méfiant s'y fût laissé prendre.
Mais le Torero avait sans doute autre chose à faire, car, sans perdre le temps de remercier son sauveur--ou prétendu tel--il s'écria:
--Vite! aide-moi!
Et, sans plus attendre, il se rua à son tour sur son compagnon d'infortune qu'il eut tôt fait de dégager.
--Le seigneur Cervantes! s'écria le nain avec un ébahissement croissant.
C'était, en effet, Cervantes qui se mit péniblement sur son séant et, d'une voix enrouée, s'écria:
--Mort de tous les diables! j'étouffais là-dedans! Merci, don César.
--Venez, s'écria le Torero, bouleversé, il n'y a pas un instant à perdre!... s'il n'est pas trop tard déjà!
C'était plus facile à dire qu'à faire. L'écrivain avait été fort malmené et don César, non sans angoisse, vit bien qu'il fallait, de toute nécessité, lui laisser le temps de se remettre:
--Une minute!... mon cher, laissez-moi respirer un peu... On m'a à moitié étranglé, bredouilla-t-il.
Ce n'était que trop vrai. Le Torero ne pouvait abandonner son ami dans cet état. Il en prit stoïquement son parti mais, comme chaque minute qui s'écoulait diminuait les chances qui lui restaient d'arriver à temps pour aider Pardaillan et délivrer la Giralda, il fit la seule chose qu'il avait à faire, c'est-à-dire qu'aidé d'El Chico et de Cervantes lui-même il se mit à frictionner énergiquement son ami, qui, tout en s'aidant lui-même, ne perdait pas la tête pour cela et, reconnaissant le nain:
--Que fais-tu là, toi? dit-il en fronçant le sourcil. Ne devais-tu pas guetter du côté de la porte?
Le petit homme, sans interrompre ses frictions, répondit:
--Tiens! j'ai vu que vous ne reveniez pas... j'étais inquiet, j'ai voulu savoir. J'ai fait le tour de la maison... heureusement pour vous, car, sans moi...
Et, du coin de l'oeil, il montrait les cordes et les capes restées à terre.
El Chico était sans doute un comédien de première force, car Cervantes, qui ne le perdit pas de vue, ne put rien démêler de suspect dans son attitude.
D'un air plutôt piteux, l'aventurier écrivain soupira:
--Il est de fait que, sans toi, j'étranglerais encore sous ce maudit bâillon.
-Enfin, il se mit debout et fit quelques pas.
--Venez donc! s'écria le Torero, qui bouillait d'impatience.
Et il s'élança enfin, expliquant tout en marchant ce qui lui était arrivé au moment où il allait bondir avec Pardaillan à la poursuite du ravisseur de la Giralda.
--En sorte, dit Cervantes, que le chevalier a attaqué seul? S'ils ne sont pas trop nombreux contre lui, il y a des chances pour qu'il s'en tire.
--Hélas! soupira le Torero.
Tout en s'expliquant, ils étaient revenus à la porte bâtarde. Cervantes monta sur la borne, et, en un clin d'oeil, le Torero fut sur le mur. Cervantes allait le suivre, lorsque ses yeux tombèrent sur le nain qui les avait suivis, et assistait à l'escalade. Il sauta à terre, prit El Chico dans ses bras, et le passa à don César qui le fit glisser de l'autre côté du mur. Ceci fait, il saisit la main que lui tendait le Torero et se hissa sur le mur:
--J'aime mieux l'avoir avec nous. Je serai plus tranquille, grommela-t-il.
Le nain, pourtant, n'avait opposé aucune résistance, et Cervantes vit avec satisfaction qu'il les attendait bien tranquillement au pied du mur.
Les deux amis sautèrent ensemble et s'élancèrent en courant, accompagnés du nain qui, décidément, paraissait de bonne foi et animé des meilleures intentions.
Il ne s'agissait plus cette fois de ruser et de s'attarder à des précautions, utiles peut-être, mais qui leur eussent fait perdre un temps précieux.
Ils avaient mis l'épée à la main, et, l'oeil aux aguets, ils couraient droit devant eux.
Le hasard fit qu'ils aboutirent au perron.
Nous disons le hasard. En réalité, ils y furent conduits par le nain, qui avait fini par les précéder. Ils le suivirent machinalement, sans se rendre compte peut-être.
En quelques bonds, ils franchirent les marches et furent devant la porte. Ils s'arrêtèrent un moment, hésitants. A tout hasard, le Torero porta la main au loquet. La porte s'ouvrit.
Une lampe d'argent, suspendue au plafond, éclairait d'une lueur tamisée les splendeurs du vestibule.
--Oh! diable! murmura Cervantes émerveillé, à en juger par le vestibule, c'est ici la demeure d'un prince.
Don César lui, ne s'attarda pas à admirer ces merveilles. Une portière était devant lui. Il la souleva et passa résolument. Ils se trouvèrent tous les trois dans ce cabinet où Fausta, peu d'instants plus tôt, avait remis au nain la somme de cinq mille livres.
Comme le vestibule, ce cabinet était éclairé. Seulement, ici, c'était un flambeau d'argent massif garni de cires rosés qui distribuait une lumière discrète.
--Pour le coup, songea Cervantes, nous sommes dans une petite maison du roi!... Il va nous tomber dessus une nuée d'hommes d'armes déguisés en laquais.
En effet, à moins de supposer qu'ils étaient attendus et qu'on avait voulu leur faciliter la besogne--ce qui eût été une pure folie--il fallait bien admettre que ce merveilleux palais était actuellement habité. Or, le propriétaire d'une aussi somptueuse demeure ne pouvait être qu'un grand personnage, entouré de nombreux domestiques, voire de gardes et de gens d'armes. De plus, il était évident que ce personnage n'était pas encore couché, sans quoi les lumières eussent été éteintes. Lui, ou quelqu'un de ses gens, pouvait donc apparaître d'un instant à l'autre, et, alors, il était à présumer que les coups pleuvraient drus comme grêle sur les indiscrets visiteurs.
Tout en se faisant ces réflexions judicieuses, quoique peu encourageantes, Cervantes ne lâchait pas d'une semelle don César. Tous deux se rendaient parfaitement compte du danger couru. Ils n'en étaient pas moins résolus à l'affronter jusqu'au bout.
En ce qui concerne don César, la délivrance de la Giralda--qui lui paraissait plus que compromise--passait au second plan. Pardaillan, qu'il croyait aux prises avec les gens du ravisseur, s'était exposé par amitié pour lui. La pensée qui dominait en lui était donc de retrouver le chevalier s'il n'était pas trop tard.
Pour Cervantes, c'était plus simple encore. Il avait accompagné ses amis, il devait les suivre jusqu'au bout, dussent-ils y laisser leur peau, tous. Ils allaient donc, avec prudence, mais parfaitement résolus...
Du cabinet, ils passèrent dans le couloir.
Ce couloir, assez vaste, comme nous avons pu le voir en suivant Fausta, était, comme le vestibule et le cabinet, éclairé par des lampes suspendues au plafond de distance en distance.
Et toujours la solitude. Toujours le silence. C'était à se demander si cette opulente demeure était habitée.
Le Torero, qui marchait en tête, ouvrit résolument la première porte qu'il rencontra.
--Giralda! cria-t-il dans un transport de joie.
Et il se rua à l'intérieur de la pièce, suivi de Cervantes et du nain. La Giralda, nous l'avons dit, sous l'empire d'un narcotique, dormait profondément.
Don César la prit dans ses bras, inquiet déjà de voir qu'elle ne répondait pas à son appel.
--Giralda! balbutia-t-il angoissé, réveille-toi!
En disant ces mots, il lâchait le buste, s'agenouillait devant la jeune fille et lui saisissait les deux mains. Le buste n'étant plus soutenu, s'abandonna mollement sur les coussins.
--Morte! sanglota l'amoureux livide.
--Non pas, corps du Christ! s'écria vivement Cervantes. Elle n'est qu'endormie. Voyez comme le sein se soulève régulièrement.
--C'est vrai! s'écria don César, passant du désespoir le plus affreux à la joie la plus vive. Elle vit!
A ce moment, la Giralda soupira et commença à s'agiter. Presque aussitôt, elle ouvrit les yeux. Elle ne parut nullement étonnée de voir le Torero à ses pieds et elle lui sourit.
--Mon cher seigneur! dit-elle très doucement.
Et sa voix ressemblait au gazouillis d'un oiseau.
Ils se prirent les mains, et, oubliant le reste de la terre, ils se parlèrent des yeux en se souriant, extasiés. Et c'était un tableau d'une fraîcheur exquise.
Avec son éclatant costume: mélange de soie, de velours, de satin, de tresses, de houppettes multicolores, avec son opulente chevelure, aux mèches indisciplinées retombant en désordre sur le front, la raie cavalièrement jetée sur le côté, la tache pourpre d'une fleur de grenadier au-dessus de l'oreille, avec ses grands yeux ingénus, son teint éblouissant, son sourire gracieux découvrant l'écrin perlé de sa bouche; avec son air à la fois candide et mutin, et dans sa pose chastement abandonnée, la Giralda, surtout, était adorable.
Il est probable qu'ils seraient restés indéfiniment à se parler le langage muet des amoureux, si Cervantes n'avait été là. Il n'était pas amoureux, lui, et, sans se soucier de troubler l'extase des jeunes gens, il s'écria donc, sans façon:
--Et M. de Pardaillan! Il ne faudrait pourtant pas l'oublier!
Ramené brutalement à terre par cette exclamation, le prince se redressa aussitôt, honteux d'avoir oublié un moment l'ami sous la caresse des yeux de l'amante.
--Où est donc M. de Pardaillan? dit-il à son tour.
Cette question s'adressait à la Giralda, qui ouvrit de grands yeux étonnés.
--M. de Pardaillan, dit-elle, mais je ne l'ai pas vu!
--Comment! s'écria le Torero troublé. Ce n'est donc pas lui qui vous a délivrée?
--Mais, mon cher seigneur, fit la Giralda de plus en plus étonnée, je n'avais pas à être délivrée!... J'étais parfaitement libre.
Cette fois, ce fut au tour de don César et de Cervantes d'être stupéfaits.
--Vous étiez libre! Mais, alors, comment se fait-il que je vous ai trouvée ici, endormie?
--Je vous attendais.
--Vous saviez donc que je devais venir?
--Sans doute!
La Giralda, le Torero et Cervantes étaient plongés dans un étonnement sans cesse grandissant. Il était évident qu'ils ne comprenaient rien à la situation.
Seul le nain, spectateur muet de cette scène, gardait un calme inaltérable. Il paraissait, d'ailleurs, se désintéresser complètement de ce qui se passait autour de lui.
Cependant, le Torero s'exclamait:
--Ah! par exemple! ceci est trop fort! Qui vous avait dit que je viendrais ici?
--La princesse.
--Quelle princesse?
--Je ne sais pas, dit naïvement la Giralda. Elle ne m'a pas dit son nom. Je sais qu'elle est aussi bonne que belle; qu'elle m'avait promis de vous aviser du moment où vous pourriez venir me chercher sans danger; qu'elle a tenu parole... puisque vous voilà!
--Voilà qui est étrange! murmura don César.
--Oui, plutôt! dit Cervantes. Mais il me semble, don César, que le mieux serait de nous mettre incontinent à la recherche du chevalier.
--Par Dieu! vous avez raison. Nous perdons un temps précieux. Mais, emmener Giralda avec nous ne me paraît guère prudent, surtout s'il faut en découdre. La laisser seule ici ne me semble guère plus prudent!
--Mais, seigneur, fit la Giralda très simplement, il n'y a plus personne dans cette maison... C'est la princesse qui me l'a dit. N'avez-vous pas trouvé toutes les portes ouvertes?
--C'est vrai, corps du Christ! dit Cervantes.
--Et cette fameuse princesse, où est-elle pour l'heure? reprit doucement le Torero.
--Elle est retournée à sa maison de la ville, escortée de ses gens... Du moins me l'a-t-elle assuré.
--Visitons toujours la maison, trancha Cervantes.
Don César considéra la jeune fille avec un reste d'incertitude.
--Je vous assure, cher seigneur, dit la Giralda, que je peux aller sans crainte avec vous. Il n'y a plus personne ici. La princesse me l'a assuré et j'ai bien vu à son air que cette femme ne connaît pas le mensonge.
--Allons! décida brusquement El Torero.
Sans mot dire, El Chico prit un flambeau allumé sur une petite table et se disposa à éclairer la petite troupe.
La visite commença. D'abord avec prudence, ensuite plus ouvertement, sans nulle précaution, au fur et à mesure qu'ils s'apercevaient que la maison mystérieuse était en effet vide de tout habitant. Des caves, où ils descendirent, au grenier, ils ne trouvèrent pas une porte fermée à clef. Ils pénétrèrent partout, fouillèrent tout.
Nulle part ils ne trouvèrent la trace de Pardaillan.
Le chevalier ayant sauté seul dans cette sorte de boudoir d'où ils avaient vu un homme emporter la Giralda endormie, don César revenait obstinément à cette pièce, pensant, avec raison que, là, il trouverait l'explication de cette inquiétante disparition. Ils étaient donc encore une fois réunis tous les quatre dans cette pièce, déplaçant les quelques meubles que Fausta y avait laissés, sondant les murs et le plancher, ne laissant pas un pouce inexploré. Et toujours rien.
Et, cependant, sans qu'ils s'en doutassent, là, sous leurs pieds, celui qu'ils cherchaient avec tant d'acharnement dormait, peut-être, de l'éternel sommeil.
Le nain les suivait passivement, avec une indifférence absolue. Il aurait pu se retirer depuis longtemps s'il avait voulu. Cervantes, qui avait conservé quelques soupçons à son égard, revenu de ses présomptions, ne le surveillait plus et, tout comme Giralda et don César, paraissait avoir oublié sa présence. Cependant, le petit homme restait. Malgré son indifférence apparente, on eût dit qu'un intérêt puissant l'obligeait à rester. Parfois, lorsque le nom de Pardaillan était prononcé, une lueur s'allumait dans l'oeil du petit homme.
Devant le résultat négatif de leurs recherches, Cervantes et don César décidèrent d'accompagner la Giralda chez elle, de rentrer chacun chez soi et de revenir au grand jour s'informer auprès de la mystérieuse princesse qui, sans doute, serait de retour dans sa somptueuse maison de campagne.
Ceci bien décidé, ils traversèrent le jardin et parvinrent à la porte que Giralda assurait devoir être ouverte. En effet, elle n'était pas fermée à clef.
--C'était bien la peine d'escalader le mur, remarqua Cervantes, nous n'avions qu'à entrer tranquillement.
Ils se mirent en route, encadrant la Giralda, précédés du nain, qui marchait en éclaireur.
Au bout de quelques pas, El Chico s'arrêta brusquement, et, se campant dans sa pose accoutumée devant la Giralda et ses deux cavaliers:
--Le Français!... Il est peut-être rentré à l'auberge, tiens! dit-il avec cette brièveté de langage qui lui était particulière.
Don César et Cervantes échangèrent un coup d'oeil.
--Au fait, dit le romancier, c'est possible, après tout.
--Je ne le crois pas... N'importe, allons à l'auberge de la Tour.
L'oeil du nain eut une lueur de contentement. Et, sans ajouter une parole, changeant de direction, il prit le chemin de l'hôtellerie du chevalier. Cependant, El Torero marchait sombre et silencieux à côté de la Giralda qui, remarquant bientôt cet air morose et chagrin, demanda avec une tendre inquiétude:
--Qu'avez-vous, César? Se peut-il que la disparition de M. de Pardaillan vous affecte à ce point? Le chevalier, croyez-moi, est homme à sortir sain et sauf des pires situations. Il est si fort! si bon! si courageux!
El Torero répondit doucement:
--Je chercherai M. de Pardaillan jusqu'à ce que je sache ce qu'il est devenu, parce que, en dehors de l'affection fraternelle que je lui porte, l'honneur me le commande impérieusement. Mais je sais bien qu'il saura se tirer d'affaire sans notre assistance.
--C'est certain, appuya, avec conviction, Cervantes, qui ne perdait pas un mot de l'entretien des deux amoureux. Pardaillan est de ces êtres privilégiés qui prêtent sans marchander l'appui de leur bras à quiconque fait appel à eux. Mais, lorsque, par aventure, ils se trouvent eux-mêmes dans l'embarras, ils se démènent si bien que, lorsqu'on accourt à leur secours, ils ont déjà accompli toute la besogne!
Et c'était admirable la confiance et l'admiration que ces trois êtres manifestaient à l'égard de Pardaillan, qu'ils connaissaient depuis quelques jours à peine.
Voyant que don César, après avoir approuvé les paroles de Cervantes d'un air convaincu, retombait dans son morne abattement, la Giralda reprit:
--Alors, mon doux seigneur, qu'est-ce donc qui vous rend soudain si chagrin?
--Giralda, fit El Torero, qu'est-ce donc cette histoire d'enlèvement qu'El Chico est venu nous raconter?
--C'est la vérité pure, dit la Giralda, qui cherchait à démêler où il voulait en venir.
--Vous avez été enlevée? Réellement? Par Centurion?
--Par Centurion.
--Mais Centurion, dans ces sortes d'affaires, n'agit pas pour son propre compte.
--Je vous entends. César. Centurion est le bras droit de don Almaran.
Ayant prononcé ce nom, elle perçut le frémissement de son amant, qui la tenait par le bras.
Simplement, don César était jaloux.
Cependant, El Torero, après un instant de silence, reprenait d'une voix qui tremblait:
--Comment se fait-il que, vous sachant au pouvoir de ce monstre que vous prétendiez abhorrer, je vous ai vue si calme et si tranquille, ne cherchant même pas à vous sauver, ce qui vous eût été pourtant très facile.
Giralda aurait pu répondre que, pour fuir comme le disait son amant, il aurait fallu qu'elle n'eût pas été endormie par un narcotique'assez puissant pour que lui-même l'ai crue morte un moment. Elle se contenta de répondre en souriant:
--C'est que, cette fois. Centurion n'agissait pas pour le compte de celui que vous savez.
--Ah! fit El Torero plus inquiet encore, pour qui donc alors?
--Pour la princesse, dit Giralda en riant.
--La princesse!... Je ne comprends plus.
--Vous allez comprendre, dit la Giralda soudain sérieuse. Écoutez-moi, César. Vous savez que j'étais partie à la recherche de mes parents?
--Eh bien? Vous avez été encore déçue?
--Non, César, cette fois je sais, dit tristement la Giralda.
--Vous connaissez votre famille?
--Je sais que mon père et ma mère ne sont plus, sanglota la jeune fille.
--Hélas! c'était à prévoir, dit El Torero en la prenant tendrement dans ses bras. Et ce père, cette mère, étaient-ce des gens de qualité, comme vous le pensiez?
--Non, César, cette fois je sais, dit tristement la jeune fille. Mon père et ma mère étaient des gens du peuple. Des pauvres gens, très pauvres, puisqu'ils durent m'abandonner, ne pouvant me nourrir. Votre fiancée. César, n'est même pas fille de petite noblesse. C'est une fille du peuple.
Don César la serra plus fortement dans ses bras.
--Pauvre Giralda! dit-il avec une tendresse infinie. Je vous aimerai davantage, puisqu'il en est ainsi. Je serai tout pour vous, comme vous êtes tout pour moi.
La Giralda releva son gracieux visage et, à travers ses larmes, elle eut un sourire à l'adresse de celui qui lui pariait si tendrement. El Torero reprit:
--Êtes-vous bien sûre, cette fois-ci, Giralda? Vous avez été si souvent leurrée.
--Il n'y a pas de doute, cette fois-ci. On m'a donné des preuves. Ce que je gagne dans cette affaire, c'est de savoir que j'ai été baptisée, autrefois, avant d'être la Bohémienne que je suis devenue. Vous voyez que l'avantage n'est pas bien grand.
La Giralda était à moitié païenne. C'est ce qui expliqué qu'elle parlait de son baptême avec une telle désinvolture.
--Ne dites pas cela, Giralda, fit gravement El Torero. C'est beaucoup, au contraire. Vous échappez de ce fait à la menace d'hérésie suspendue sur votre tête. Mais ne m'avez-vous pas dit que vous avez été enlevée sur l'ordre de cette princesse inconnue?
--Pas tout à fait. Quand je me suis vue aux mains de Centurion et de ses hommes, je fus prise d'un désespoir affreux. C'est que je pensais qu'on allait me livrer à l'horrible Barba Roja. Jugez de ma surprise et de ma joie lorsque je me vis en présence d'une grande dame que je n'avais jamais vue, laquelle, avec des paroles de douceur, me rassura, me jura que je ne courais aucun danger et, mieux, que j'étais libre de me retirer à l'instant si je le désirais.
--Vous êtes restée, pourtant! Pourquoi? Pourquoi cette princesse vous a-t-elle fait enlever? De quoi se mêle-t-elle et qu'avez-vous à faire avec elle?
--Que de questions, monseigneur! La princesse me connaissait. Comment? Celle qu'on a appelée la Giralda, parce qu'elle a vécu ses premières années à l'ombre de la tour de ce nom, un peu à cause de la facilité avec laquelle elle tournait en dansant sur les places publiques, celle-là n'est-elle pas connue de tout Séville?
--C'est vrai, murmura don César, dépité.
--A proprement parler, la princesse ne m'a pas fait enlever. Elle m'a plutôt délivrée. Voici: vous savez que Centurion me guettait depuis longtemps. Sans l'intervention de M. de Pardaillan, il m'aurait même arrêtée tout récemment. Or, je ne sais pourquoi il se trouve que Centurion est employé aussi par la princesse et qu'il est sous sa dépendance beaucoup plus qu'il n'est sous celle de Barba Roja. Centurion a dû dire à la princesse qu'il avait ordre de m'enlever et celle-ci lui a, à son tour, donné l'ordre de me conduire directement à elle. Ce qu'il a été contraint de faire.
--Pourquoi? Pourquoi cette princesse que vous ne connaissiez pas s'intéresse-t-elle ainsi à vous?
--Pur hasard! La princesse m'a vue. Elle a été frappée--c'est elle qui parle--de la grâce de mes danses et s'est informée de moi, sans que j'en aie jamais rien su. Riche et puissante comme elle est, elle a eu tôt fait de découvrir ce que je n'avais pu trouver en des années de recherches. Intéressée, elle a désiré me connaître de près; elle a profité de la première occasion, avec d'autant plus d'empressement et de joie que, ce faisant, elle me tirait d'un grand danger.
--En sorte, dit El Torero en hochant la tête, que je lui suis redevable d'un grand service.
--Plus que vous ne croyez. César, dit gravement la Giralda. Enfin, pourquoi je suis restée quand j'étais libre de me retirer? Parce que la princesse m'a affirmé qu'il y avait danger de mort, pour quelqu'un que vous connaissez, à me rencontrer pendant une période de deux fois vingt-quatre heures. Parce que j'aime ce quelqu'un plus que ma propre vie et que, dès l'instant où ma présence pouvait lui être mortelle, je me serais plutôt ensevelie vive. Parce que la princesse, enfin, m'avait assuré que, lorsque tout danger serait conjuré, ce quelqu'un serait avisé et viendrait me chercher lui-même. Faut-il aussi vous nommer ce quelqu'un, don César? ajouta la Giralda avec son sourire malicieux.
Autant El Torero s'était montré inquiet, autant il était maintenant radieux.
Aussi accabla-t-il sa fiancée de remerciements et de protestations qui la firent rougir de plaisir.
Mais son humeur jalouse dissipée par les franches explications de la Giralda, ses transports un peu calmés, les paroles de sa fiancée ne laissèrent pas que de l'étonner grandement, et il s'écria:
--Cette princesse me connaît donc aussi? Et quel danger pouvait bien me menacer? Savez-vous que tout cela est fort étrange?
--Pas tant que vous le supposez. Je vous ai dit que la princesse est aussi bonne que belle, et elle sait qui vous êtes, elle connaît votre famille.
--Elle sait qui je suis? Elle connaît le nom de mon père?
--Oui, César, dit la Giralda, gravement.
--Elle vous a dit ce nom?
--Non! Ceci, elle ne le dira qu'à vous.
--Elle vous a dit qu'elle me révélerait le mystère de ma naissance? demanda El Torero, frémissant d'espoir.
--Oui, seigneur, quand il vous plaira de le lui demander.
--Ah! s'écria El Torero, il me tarde d'être à demain pour aller voir cette princesse et l'interroger. Oh! savoir enfin qui je suis et ce qu'étaient les miens!
Pendant que les deux amoureux échangeaient leurs confidences sans prêter attention à lui, Cervantes se disait:
«Ouais! Qu'est-ce que cette princesse qui connaît tant de gens et possède tant de secrets? Et de quoi se mêle-t-elle d'aller révéler qui il est à ce malheureux prince? Elle ne se doute donc pas qu'une pareille révélation le condamne sûrement à mort! Comment empêcher cette inconnue de parler?»
Cependant, ils arrivèrent à l'auberge de la Tour sans qu'il leur fût survenu rien de fâcheux.
Il était environ une heure du matin. L'auberge, par conséquent, était silencieuse et obscure. El Chico, qui paraissait en proie à une morne tristesse, frappa à la porte extérieure du patio d'une manière spéciale, connue seulement des intimes de la maison.
Contrairement à son attente, comme s'ils eussent été attendus, la porte s'ouvrit aussitôt et la petite Juana, la jolie fille de l'hôtelier Manuel, montra dans l'encadrement son fin visage à la fois inquiet et curieux.
En apercevant la jeune fille, El Chico devint très pâle. Il faut croire pourtant qu'il savait dissimuler soigneusement ses impressions et ses sentiments, car, à part la teinte terreuse qui se répandit brusquement sur son visage bronzé, rien, dans son attitude, ne trahit l'émotion intense qui s'était emparée de lui.
Il redressa fièrement sa petite taille et adressa à la jeune fille ce sourire amical qu'on a pour les amis de longue date.
Cependant, malgré sa fierté native, un observateur attentif eût démêlé dans l'attitude du nain, dans le sourire résigné, cette pointe d'admiration à la fois humble et ardente que l'on a pour les êtres considérés comme d'une essence supérieure.
Par contre, les manières de Juana, quoique très franches, très cordiales, avaient un air à la fois supérieur et protecteur, apparent malgré sa discrétion. Un indifférent eût pensé que la jolie Andalouse, fille d'un notable bourgeois dont les affaires étaient prospères, savait garder la distance qui la séparait de ce mendiant. Un plus attentif eût aisément découvert dans ces manières une affection réelle, quasi maternelle.
De fait, Juana avait un peu de ces manières brusques, tendres, quoique grondeuses, empreintes d'une coquetterie enfantine, telles que les ont les petites filles jouant à la petite maman avec leur poupée préférée. Oui, c'était bien cela. Le nain devait être pour elle comme un jouet vivant que l'enfant aime de tout son coeur tout en le maltraitant, sans méchanceté d'ailleurs, dans un instinctif besoin de jouer au petit maître, au petit tyran.
Le plus étonnant, c'est que le nain, dont la susceptibilité était grande pourtant, acceptait franchement ces manières. Non pas avec la passivité d'un jouet, mais avec un plaisir réel, quoique dissimulé. Il trouvait cela très naturel. Et, de la part de Juana, rien ne l'offensait, c'était Juana. Tout lui était permis, à elle. Ses rebuffades et ses vivacités d'enfant espiègle et gâtée, assurée de son despotique pouvoir, lui paraissaient douces, et, en tout cas, préférables à son indifférence.
Était-ce là l'effet d'une habitude contractée dès l'enfance? Peut-être.
En tout cas, il faut convenir que cette adoration et cette admiration étaient parfaitement justifiées.
Juana avait seize ans. C'était le type de l'Andalouse dans toute sa pureté. Elle était petite, mignonne, et ses mouvements vifs et enjoués étaient empreints d'une grâce mutine qui n'était pas sans une élégance naturelle remarquable. Elle avait le teint chaud de l'Andalouse, des yeux noirs superbes, la bouche petite, aux lèvres pourpres un peu sensuelles. Elle avait les attaches d'une finesse aristocratique, et ses mains fines et blanches eussent fait envie à plus d'une dame de la noblesse.
Elle était méticuleusement propre, et sa mise, fort au-dessus de sa condition, dénotait une coquetterie raffinée que l'indulgent orgueil paternel, loin de chercher à la modérer, se plaisait à exciter, car ce brave Manuel ne reculait devant aucune dépense pour satisfaire les caprices de cette enfant gâtée.
Juana portait casaque de velours, corsage de soie claire, moulant avantageusement une taille fine et souple, basquine de soie assortie au corsage, laissant à découvert un mollet nerveux, laissant ressortir la finesse de la cheville, la petitesse d'un pied d'enfant mince et cambré, chaussé de satin, et dont elle se montrait très fière, comme toute vraie Andalouse. Elle portait un riche tablier surchargé de tresses, de noeuds et de houppettes, comme le reste du costume, d'ailleurs.
Ainsi parée, elle surveillait les serviteurs de son père, et il fallait être un bien grand seigneur--comme ce Français--ou un bon vieil ami--comme M. de Cervantes--pour qu'elle condescendît à servir elle-même.
Juana s'effaça pour laisser entrer les nocturnes visiteurs, et, bien qu'elle parût inquiète, elle répondit au sourire d'El Chico par un sourire de satisfaction visible souligné d'un geste bienveillant, avec cet air de petite souveraine qu'elle avait, malgré elle, avec lui.
Et cela suffit pour amener sur les joues du petit homme un peu de cette rougeur qui avait disparu soudain à la vue de la jeune fille. Cela suffit pour illuminer son regard d'une joie intérieure.
Lorsque Cervantes, qui fermait la marche, eut pénétré dans le patio, Juana eut une seconde d'hésitation et, avant de repousser la porte, elle se pencha et regarda au-dehors, dans la nuit claire.
Elle paraissait étrangement émue, la petite Juana.
On eût dit vraiment qu'elle attendait quelqu'un qu'elle s'inquiétait de ne pas voir apparaître. Quand il fut bien avéré qu'il n'y avait plus personne, elle eut un soupir qui ressemblait à un sanglot, poussa tristement les verrous et introduisit le groupe dans la cuisine.
Pendant que la servante, encore à moitié endormie, s'activait en marmottant de sourdes imprécations contre les coureurs de nuit qui venaient troubler son sommeil, Juana la suivait d'un regard machinal. Mais elle ne la voyait même pas. Elle était bien trop émue, la petite Juana. Ses jolis yeux, si gais d'habitude, étaient comme embués de larmes refoulées. Une question lui brûlait les lèvres, qu'elle n'osait formuler, et personne ne remarqua l'étrange émotion de la jeune fille.
Personne, hormis la duègne, précisément, qui se hâta de mâchonner des réflexions empreintes d'acrimonie, non exemptes pourtant d'affection bourrue, à l'adresse des jeunes maîtresses qui se mêlent de passer les nuits à s'abîmer les yeux inutilement alors que, Dieu merci! il y a de dignes matrones pour s'acquitter en conscience de devoirs d'hospitalité qui ne sont pas le fait de mains blanches de petite dame.
Personne, hormis Chico, qui ne la perdait pas de vue et qui, à mesure, voyait toute sa joie s'envoler, et la regardait avec ses bons yeux de chien fidèle, prêt à tout pour ramener le sourire sur les lèvres du maître.
--M. de Pardaillan est-il rentré? demanda le Torero.
La petite Juana tressaillit violemment, et c'est à peine si elle put balbutier d'une voix étranglée:
--Non, seigneur César.
--J'en étais sûr! murmura le Torero en regardant Cervantes d'un air consterné.
La petite Juana put faire un gros effort, et, pâle comme une cire, elle demanda:
--Le sire de Pardaillan était avec vous pourtant. J'espère qu'il ne lui est rien arrivé de fâcheux.
--Nous l'espérons aussi, petite. Juana, mais nous ne le saurons que demain, dit Cervantes d'un air préoccupé.
Juana chancela. Elle fût tombée si elle n'avait rencontré une table à laquelle elle se cramponna. Et personne ne remarqua cette défaillance soudaine.
Personne, hormis la servante, qui clama:
--Vous tombez de fatigue, notre demoiselle!
El Chico avait vu, lui aussi. Il ne dit rien, mais il s'approcha vivement, comme s'il eût voulu lui prêter l'appui de sa faiblesse.
Sans rien remarquer, Cervantes reprit:
--Mon enfant, faites-nous préparer des lits. Nous achèverons la nuit ici, et, demain, nous reprendrons nos recherches.
Le Torero approuva d'un signe de tête.
Juana, heureuse peut-être d'échapper à une contrainte pénible, suivit la servante.
Cervantes, après un geste amical à l'adresse de Chico, se hâta de regagner la chambre qui lui était destinée.
Le Torero ne voulut pas le suivre avant d'avoir chaudement remercié et de l'avoir assuré encore une fois qu'il se chargeait désormais de pourvoir à ses besoins. La Giralda joignit ses protestations à celles de son fiancé. Le petit homme accueillit ces marques d'amitié avec cet air fier et détaché qui lui était particulier. Mais l'éclat de son regard montrait clairement qu'il était content de cette amitié.