‹ Les petites filles modèlesChapitre 27 sur 34 · L'HOMME. - L'HOMME.

L'HOMME. - L'HOMME.

Bah! il n'y pas de quoi; faut que je m'en retourne chez nous; j'ai encore deux lieues à faire.

ÉLISA.

Où demeurez-vous? Comment vous appelez-vous?

Je demeure à Aube; je m'appelle Hurel le boucher.

ÉLISA.

Nous irons vous remercier, mon brave Hurel; au revoir, puisque vous ne pouvez attendre.»

Pendant cette conversation Marguerite et Sophie avaient couru au salon. En entrant, Marguerite se jeta dans les bras de Mme de Rosbourg; Sophie s'était jetée à ses pieds; toutes deux sanglotaient.

La surprise et la joie faillirent être fatales à Mme de Rosbourg; elle pâlit, retomba sur son fauteuil et ne trouva pas la force de prononcer une parole.

«Maman, chère maman, s'écria Marguerite, parlez-moi, embrassez-moi, dites que vous me pardonnez.

--Malheureuse enfant, répondit Mme de Rosbourg d'une voix émue, en la saisissant dans ses bras et en la couvrant de baisers, comment as-tu pu me causer une si terrible inquiétude? Je te croyais perdue, morte; nous t'avons cherchée jusqu'à la nuit; maintenant encore on vous cherche avec des flambeaux dans toutes les directions. Où as-tu été? Pourquoi reviens-tu si tard?

--Chère madame, dit Sophie, qui était restée à genoux aux pieds de Mme de Rosbourg, c'est à moi à demander grâce, car c'est moi qui ai entraîné Marguerite à m'accompagner. Je voulais aller chez une pauvre femme qui demeure de l'autre côté de la forêt, et je voulais y aller seule avec Marguerite, pour ne partager avec personne la gloire de cet acte de charité. Marguerite a résisté; je l'ai entraînée; elle m'a suivie avec répugnance, et nous avons été bien punies, moi surtout qui avais sur la conscience la faute de Marguerite ajoutée à la mienne. Nous avons bien souffert; et jamais, à l'avenir, nous ne ferons rien sans vous consulter.

--Relève-toi, Sophie, répliqua Mme de Rosbourg avec douceur, je pardonne à ton repentir; mais désormais je m'arrangerai de manière à n'avoir plus à souffrir ce que j'ai souffert aujourd'hui.... Et toi, Marguerite, je te croyais plus raisonnable et plus obéissante, sans quoi je t'aurais toujours fait accompagner par ta bonne quand Madeleine et Camille ne pouvaient sortir avec toi; c'est ce que je ferai à l'avenir.»

Camille et Madeleine, qu'on avait envoyées se coucher depuis une heure (car il était près de minuit), mais qui n'avaient pu s'endormir, tant elles étaient inquiètes, accoururent toutes déshabillées, poussant des cris de joie; elles embrassèrent vingt fois leurs amies perdues et retrouvées.

CAMILLE.

Où avez-vous été? que vous est-il arrivé?

MARGUERITE.

Nous nous sommes perdues dans la forêt.

MADELEINE.

Pourquoi avez-vous été dans la forêt? Comment avez-vous eu le courage d'y aller seules?

SOPHIE.

Nous espérions arriver jusque chez une pauvre petite mère Toutain pour lui donner de l'argent.

CAMILLE.

Mais pourquoi ne nous avez-vous pas prévenues? Nous y aurions été toutes ensemble.»

Sophie et Marguerite baissèrent la tête et ne répondirent pas. Avant qu'on eût eu le temps de demander et de donner d'autres explications, Élisa entra, apportant deux grandes tasses de bouillon avec une bonne croûte de pain grillée. Elle les posa devant Sophie et Marguerite.

ÉLISA.

Mangez, mes pauvres enfants; vous n'avez peut-être pas dîné!

MARGUERITE.

Non, nous avons bu seulement à un ruisseau que nous avons trouvé dans la forêt.

ÉLISA.

Pauvres petites! vite, mangez ce que je vous apporte; vous boirez ensuite un petit verre de malaga; et puis, ajouta-t-elle en se tournant vers Mme de Rosbourg et Mme de Fleurville, il faudrait les faire coucher; elles doivent être épuisées de fatigue.

MADAME DE FLEURVILLE.

Élisa a raison. Les voici retrouvées; à demain les détails; ce soir, contentons-nous de remercier Dieu de nous avoir rendu ces pauvres enfants, qui auraient pu ne jamais revenir.»

Sophie et Marguerite avaient avalé avec voracité tout ce qu'Élisa leur avait apporté; après avoir embrassé tendrement tout le monde, elles allèrent se coucher. Aussitôt qu'elles eurent la tête sur l'oreiller, elles tombèrent dans un sommeil si profond, qu'elles ne s'éveillèrent que le lendemain à deux heures de l'après-midi!

Page 1