‹ Les quatre livres de philosophie morale et politique de la ChineChapitre 60 sur 74 · CHAPITRE XX,

CHAPITRE XX,

COMPOSÉ DE 3 ARTICLES.

1. _Yao_ dit: O _Chun!_ le ciel a résolu que la succession de la dynastie impériale reposerait désormais sur votre personne. Tenez toujours fermement et sincèrement le milieu de la droite voie. Si les peuples qui sont situés entre les quatre mers souffrent de la disette et de la misère, les revenus du prince seront à jamais supprimés.

_Chun_ confia aussi un semblable mandat à _Yu_. [Celui-ci] dit: Moi humble et pauvre _Li_, tout ce que j'ose, c'est de me servir d'un taureau noir [dans les sacrifices]; tout ce que j'ose, c'est d'en instruire l'empereur souverain et auguste. S'il a commis des fautes, n'osé-je [moi, son ministre] l'en blâmer? Les ministres naturels de l'empereur [les sages de l'empire][57] ne sont pas laissés dans l'obscurité; ils sont tous en évidence dans le cœur de l'empereur. Ma pauvre personne a beaucoup de défauts qui ne sont pas communs [aux sages] des quatre régions de l'empire. Si les [sages] des quatre régions de l'empire ont des défauts, ces défauts existent également dans ma pauvre personne.

_Tcheou_ (_Wou-wang_) eut une grande libéralité; les hommes vertueux furent à ses yeux les plus éminents.

[Il disait]: Quoique l'on ait des parents très-proches [comme des fils et des petits-fils], il n'est rien comme des hommes doués de la vertu de l'humanité[58]! je voudrais que les fautes de tout le peuple retombassent sur moi seul.

[_Wou-wang_] donna beaucoup de soin et d'attention aux poids et mesures. Il examina les lois et les constitutions, rétablit dans leurs emplois les magistrats qui en avaient été privés, et l'administration des quatre parties de l'empire fut remise en ordre.

Il releva les royaumes détruits [il les rétablit et les rendit à leurs anciens possesseurs][59]; il renoua le fil des générations interrompues [il donna des rois aux royaumes qui n'en avaient plus][60]; il rendit leurs honneurs à ceux qui avaient été exilés. Les populations de l'empire revinrent d'elles-mêmes se soumettre à lui.

Ce qu'il regardait comme de plus digne d'attention et de plus important, c'était l'entretien du peuple, les funérailles et les sacrifices aux ancêtres.

Si vous avez de la générosité et de la grandeur d'àme, alors vous vous gagnez la foule; si vous avez de la sincérité et de la droiture, alors le peuple se confie à vous; si vous êtes actif et vigilant, alors toutes vos affaires ont d'heureux résultats; si vous portez un égal intérêt à tout le monde, alors le peuple est dans la joie.

2. _Tseu-tchang_ fit une question à KHOUNG-TSEU en ces termes: Comment pensez-vous que l'on doive diriger les affaires de l'administration publique? Le Philosophe dit: Honorez les cinq choses excellentes[61], fuyez les quatre mauvaises actions[62]; voilà comment vous pourrez diriger les affaires de l'administration publique. _Tseu-tchang_ dit: Qu'appelez-vous les cinq choses excellentes? Le Philosophe dit: L'homme supérieur [qui commande aux autres] doit répandre des bienfaits, sans être prodigue; exiger des services du peuple, sans soulever ses haines; désirer des revenus suffisants, sans s'abandonner à l'avarice et à la cupidité; avoir de la dignité et de la grandeur, sans orgueilleuse ostentation, et de la majesté sans rudesse.

_Tseu-tchang_ dit: Qu'entendez-vous par être bienfaisant sans prodigalité? Le Philosophe dit: Favoriser continuellement tout ce qui peut procurer des avantages au peuple, en lui faisant du bien, n'est-ce pas là être bienfaisant sans prodigalité? Déterminer, pour les faire exécuter par le peuple, les corvées qui sont raisonnablement nécessaires, et les lui imposer: qui pourrait s'en indigner? Désirer seulement tout ce qui peut être utile à l'humanité, et l'obtenir, est-ce là de la cupidité? Si l'homme supérieur [ou le chef de l'État] n'a ni une trop grande multitude de populations, ni un trop petit nombre; s'il n'a ni de trop grandes ni de trop petites affaires; s'il n'ose avoir de mépris pour personne: n'est-ce pas là le cas d'avoir de la dignité sans ostentation? Si l'homme supérieur compose régulièrement ses vêtements, s'il met de la gravité et de la majesté dans son attitude et sa contenance, les hommes le considéreront avec respect et vénération; n'est-ce pas là de la majesté sans rudesse?

_Tseu-tchang_ dit: Qu'en tendez-vous par les quatre mauvaises actions? Le Philosophe dit: C'est ne pas instruire le peuple et le tuer [moralement, en le laissant tomber dans le mal][63]: on appelle cela cruauté ou tyrannie; c'est ne pas donner des avertissements préalables, et vouloir exiger une conduite parfaite: on appelle cela violence, oppression; c'est différer de donner ses ordres, et vouloir l'exécution d'une chose aussitôt qu'elle est résolue: on appelle cela injustice grave; de même que, dans ses rapports journaliers avec les hommes, montrer une sordide avarice, on appelle cela se comporter comme un collecteur d'impôts.

3. Le Philosophe dit: Si l'on ne se croit pas chargé de remplir une mission, un mandat, on ne peut pas être considéré comme un homme supérieur.

Si l'on ne connaît pas les rites ou les lois qui règlent les relations sociales, on n'a rien pour se fixer dans sa conduite.

Si l'on ne connaît pas la valeur des paroles des hommes, on ne les connaît pas eux-mêmes.

[57] _Commentaire._

[58] Chapitre _Taï-tchi_, du _Chou-king_. Voyez la traduction que nous en avons publiée dans les _Livres sacrés de l'Orient_. Paris, F. Didot, 1840.

[59] _Commentaire._

[60] _Ibid._

[61] «Ce sont des choses qui procurent des avantages au peuple.» (_Commentaire_.)

[62] «Ce sont celles qui portent un détriment au peuple.» (_Commentaire_.)

[63] _Commentaire._

FIN DU LUN-YU.

MENG-TSEU,

QUATRIÈME LIVRE CLASSIQUE.

PREMIER LIVRE.