‹ Les quatre livres de philosophie morale et politique de la ChineChapitre 8 sur 74 · CHAPITRE VIII.

CHAPITRE VIII.

Sur le devoir de mettre le bon ordre dans sa famille, en se perfectionnant soi-même.

1. Ce que signifient ces mots, _mettre le bon ordre dans sa famille consiste auparavant à se corriger soi-même de toutes passions vicieuses_, le voici: Les hommes sont partiaux envers leurs parents et ceux qu'ils aiment; ils sont aussi partiaux ou injustes envers ceux qu'ils méprisent et qu'ils haïssent; envers ceux qu'ils respectent et qu'ils révèrent, ils sont également partiaux ou serviles; ils sont partiaux ou trop miséricordieux[13] envers ceux qui inspirent la compassion et la pitié; ils sont aussi partiaux ou hautains envers ceux qu'ils traitent avec supériorité. C'est pourquoi aimer et reconnaître les défauts de ceux que l'on aime, haïr et reconnaître les bonnes qualités de ceux que l'on hait, est une chose bien rare sous le ciel[14].

2. De là vient le proverbe qui dit: _Les pères ne veulent pas reconnaître les défauts de leurs enfants, et les laboureurs la fertilité de leurs terres_.

3. Cela prouve qu'un homme qui ne s'est pas _corrigé lui-même de ses penchants injustes_ est incapable de _mettre le bon ordre dans sa famille_.

Voilà le huitième chapitre du Commentaire. Il explique ce que l'on doit entendre par _mettre le bon ordre dans sa famille, en se corrigeant soi-même de toute habitude, de toutes passions vicieuses._

[13] C'est le sens que donnent les commentateurs chinois. L'_Explication_ du _Kiang-i-pi-tchi_ dit: «Envers les hommes qui sont dans la peine et la misère, qui sont épuisés par la souffrance, quelques-uns s'abandonnent à une excessive indulgence, et ils sont _partiaux_.»

[14] Le _Ji-kiang_ s'exprime ainsi sur ce chapitre: «_Thsêng-tseu_ dit: Ce que le saint Livre (le texte de KHOUNG-TSEU) appelle _mettre le bon ordre dans sa famille consiste auparavant à se corriger soi-même de toutes passions vicieuses_, signifie: Que la personne étant le fondement, la base de la famille, celui qui veut _mettre le bon ordre dans sa famille_ doit savoir que tout consiste dans les sentiments d'amitié et d'aversion, d'amour et de haine qui sont en nous, et qu'il s'agit seulement de ne pas être _partial_ et _injuste_, dans l'expression de ces sentiments. L'homme se laisse toujours naturellement entraîner aux sentiments qui naissent en lui, et, s'il est dans le sein d'une famille, il perd promptement la règle de ses devoirs naturels. C'est pourquoi, dans ce qu'il aime et dans ce qu'il hait, il arrive aussitôt à la _partialité_ et à l'_injustice_, et sa _personne n'est point corrigée et améliorée_.»