‹ Les RévoltésChapitre 21 sur 22 · Scène IX.

Scène IX.

LES PRÉCÉDENTS, LA COMTESSE, LE CONSEILLER.

LA COMTESSE.

Que se passe-t-il ici ?

LE CONSEILLER.

Que faites-vous ?

FRÉDÉRIQUE, au Bailli.

Ne remuez pas, ou vous êtes mort ! Où est-il enfermé ?

LE BAILLI.

Dans mon pupitre.

FRÉDÉRIQUE.

Et où dans le pupitre ?

LE BAILLI.

Dans un double fond.

FRÉDÉRIQUE.

Où est la clef ?

LE BAILLI.

Dans ma poche.

FRÉDÉRIQUE.

Et comment s’ouvre le double fond ?

LE BAILLI.

En pressant du côté droit.

FRÉDÉRIQUE.

La clef ?

LE BAILLI.

La voici.

FRÉDÉRIQUE.

Jetez-la par terre. (Le Bailli la jette à terre.) Et la chambre ?

LE BAILLI.

Est ouverte.

FRÉDÉRIQUE.

Qui s’y trouve ?

LE BAILLI.

Ma servante et mon copiste.

FRÉDÉRIQUE.

Vous avez tout entendu, monsieur le conseiller. Je vous ai épargné un long entretien. Prenez la clef et allez chercher le document. Si vous ne le rapportez pas, il aura menti, et je lui casserai la tête.

LE CONSEILLER.

Laissez-le venir avec moi : songez à ce que vous faites.

FRÉDÉRIQUE.

Je sais ce que je fais. Ne me mettez pas en fureur et courez. (Le Conseiller sort.)

LA COMTESSE.

Ma fille, tu m’effrayes. Mets ce fusil de côté !

FRÉDÉRIQUE.

Non certes pas avant que je voie le document.

LA COMTESSE.

N’entends-tu pas ? Ta mère l’ordonne.

FRÉDÉRIQUE.

Quand mon père sortirait du tombeau, je n’obéirais pas.

LA COMTESSE.

Si le coup partait…

FRÉDÉRIQUE.

Quel mal y aurait-il ?

LE BAILLI.

Vous auriez à vous en repentir.

FRÉDÉRIQUE.

Point du tout. Souviens-toi, misérable, qu’il y a une année, comme, dans ma colère, j’avais tiré sur le piqueur, qui battait mon chien, souviens-toi qu’au moment où je fus réprimandée, et où tout le monde bénissait l’heureux hasard qui m’avait fait manquer, tu fus le seul qui riait malicieusement, et tu disais : « Qu’en serait-il résulté ?… Un enfant de noble maison !… On aurait arrangé l’affaire avec de l’argent. » Je suis encore un enfant, je suis encore de noble maison : cela s’arrangerait aussi avec de l’argent,

LE CONSEILLER, qui revient.

Voici le document.

FRÉDÉRIQUE.

C’est cela ! (Elle met le fusil au repos.)

LA COMTESSE.

Est-ce possible ?

LE BAILLI.

Malheureux que je suis !

FRÉDÉRIQUE.

Va, misérable ! Que ta présence ne trouble pas ma joie !

LE CONSEILLER.

C’est l’original.

FRÉDÉRIQUE.

Donnez-le-moi. Demain je veux le montrer moi-même aux communes, et leur dire que je l’ai conquis pour elles.

LA COMTESSE, embrassant Frédérique.

Ma fille !

FRÉDÉRIQUE.

Pourvu que cette plaisanterie ne m’ôte pas le goût de la chasse ! Je ne tirerai plus sur un pareil gibier.

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