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CHAPITRE III - CHAPITRE III

LES SYMBOLISTES

LES SYMBOLISTES

Joris-Karl Huysmans.--Paul Adam.--Jean Moréas.--Edouard Dujardin.--Gustave Kahn.--Francis Poictevin.--Maurice de Fleury.--Léo d'Arkaï.--Charles Vignier.

Le symbolisme date, à proprement parler, de la création des langues. L'anthropopithèque qui s'avisa le premier de désigner un objet par une onomatopée fit du symbolisme, et il ne paraît pas que le symbolisme contemporain diffère sensiblement du symbolisme de ce primitif.

Dans sa forme définitive (Jean Moréas, Poictevin, Kahn, etc.), le symbolisme consiste en ceci: qu'une pensée étant donnée, avec l'image qui la traduit, l'image seule sera mise en valeur. C'est de l'art sensationnel, et il est au moins curieux qu'avec une pareille formule il ait des prétentions à l'idéalisme. On pourra voir, tout au contraire, que le symbolisme est né directement du naturalisme qui le contenait mêlé à d'autres éléments.

Les symbolistes s'appellent quelquefois aussi décadents, décadistes et déliquescents[41]. En poésie, ils se réclament de M. Paul Verlaine; mais M. Verlaine avait fait de bien beaux vers avant de s'apercevoir qu'il était symboliste[42]. En prose, ils relèvent de M. Joris-Karl Huysmans et de M. Arthur Rimbaud. Mais M. Huysmans n'est qu'un demi-symboliste, et M. Rimbaud est mort.

[41] Remarquons pourtant que M. Moréas proteste contre ces qualifications: «Cette manifestation (la manifestation symboliste), couvée depuis longtemps, vient d'éclore. Et toutes les anodines facéties des joyeux de la presse, toutes les inquiétudes des critiques graves, toute la mauvaise humeur du public surpris dans ses nonchalances moutonnières ne font qu'affirmer chaque jour davantage la vitalité de l'évolution actuelle dans les lettres françaises, cette évolution que des juges pressés notèrent, par une inexplicable antinomie, de décadence. Remarquez pourtant que les littératures décadentes se révèlent essentiellement coriaces, filandreuses, timorées et serviles... Et que peut-on reprocher, que reproche-t-on à la nouvelle école? L'abus de la pompe, l'étrangeté de la métaphore, un vocabulaire neuf où les harmonies se combinent avec les couleurs et les lignes: caractéristiques de toute renaissance...» (Manifeste des symbolistes.)

[42] Et d'autres grands poètes avant lui. «C'est à mon avis, dit M. Paul Bourget, une des preuves les plus frappantes de la hauteur de vue d'Alfred de Vigny que d'avoir deviné la valeur poétique du symbolisme. La beauté poétique pure réside en effet dans la suggestion plus encore que dans l'expression... Il faut, pour que le sortilège des beaux vers s'accomplisse, du rêve et de l'au-delà, de la pénombre morale et du mystérieux.» (Journal des Débats, 24 mars 1885.) Mais mystérieux n'est pas synonyme d'obscur.

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