‹ Les Romanciers d'Aujourd'huiChapitre 21 sur 42 · CHAPITRE IV - CHAPITRE IV

CHAPITRE IV - CHAPITRE IV

LES PHILOSOPHES

LES PHILOSOPHES

Paul Bourget.--Edmond Haraucourt.--Maurice Barrès.--Robert de Bonnières.--Marcel Prévost.--Édouard Rod.--Narcisse Quellien.--François Sauvy.--Mme Alphonse Daudet.--Mme Juliette Adam.--Jules Lemaître.--Anatole France.--Jules Tellier.--Gilbert-Augustin Thierry.--Alexandre Dumas fils.--Louis Ulbach.--Arsène Houssaye.--Octave Uzanne.--Aurélien Scholl.--Pierre Véron.--Émile Blavet.--Quatrelles.--Mouton (Mérinos).--Glosclaude.--Eugène Chavette.--Henri Rochefort.--H. Taine.--A. de Pontmartin.--Paul Hervieu.--Gustave Claudin.--Alphonse Karr.

Il y a de la psychologie dans le dernier des romans. M. Alexis Bouvier et M. Georges Ohnet sont des psychologues. Je ne les rangerai pourtant point dans cette catégorie, parce que ce n'est point la psychologie qui frappe d'abord dans leurs œuvres. Au contraire, chez les romanciers dont je parlerai plus loin, psychologues proprement dits, moralistes et même humoristes, il est très sensible que l'étude des âmes et de leurs lois morales est la grande affaire, et que le roman lui-même n'est qu'un prétexte ou une occasion.

Comme le réalisme est surtout représenté par les naturalistes, l'idéalisme me paraît trouver sa vraie forme chez les meilleurs de ces écrivains[54]. Il n'est pas, je le sais, que le grand courant d'observation qui a entraîné ces quinze dernières années n'ait agi sur eux pour les contraindre à une précision plus grande dans l'analyse des sentiments et des passions. Ce qu'il y avait de romanesque dans l'œuvre des idéalistes de la vieille école (M. Feuillet, Sandeau, George Sand même), et ce qu'il reste de romanesque encore dans les disciples attardés de cette école (M. Duruy, M. Droz) a disparu ici presque entièrement: vous remarquerez que, pareillement aux naturalistes, ils répugnent aux complications d'intrigue; la plupart de leurs romans se résumeraient en dix mots. Serrer la réalité au plus près, les deux écoles y prétendent également; c'est sur l'explication de la formule qu'elles diffèrent. Quand les naturalistes rejettent l'âme comme une entité métaphysique, les idéalistes repoussent le monde extérieur comme une vanité du sens. Les uns n'accordent de fondement qu'à la matière; les autres n'en accordent qu'à la pensée. Les termes extrêmes de ces deux conceptions pourraient bien être, pour les naturalistes, A vau-l'eau, de M. Joris-Karl Huysmans, et, pour les idéalistes, Sous l'œil des barbares, de M. Maurice Barrès. Mais, entre ces deux extrêmes, il y a place à des tempéraments, et, de fait, ni M. Bourget, ni M. Rod, ni M. Haraucourt, ne poussent aussi loin. Leurs idées ont figure et se meuvent dans un décor; mais à ces emprunts du dehors, qui sont l'accessoire, ils mettent une infinie sobriété. Le livre gagne ainsi en vie apparente, sans perdre de sa vie intime. C'est là une conception très saine de l'idéalisme, et il faut bien reconnaître qu'elle est un peu due aux habitudes de précision que les réalistes ont introduites dans le roman contemporain. Deux autres causes encore semblent y avoir contribué pour une part assez forte, l'influence du public, d'abord, soucieux d'une vérité plus étroite, et l'influence (par delà l'école de M. Feuillet, Sandeau, etc.) de quelques devanciers, tels que Benjamin Constant, Beyle, Sainte-Beuve, Fromentin, dont le rayonnement n'a commencé à se faire sentir qu'en ces dernières années.

[54] Sur tels d'entre eux, consulter les recueils critiques de M. Jules Lemaître (Les contemporains), de M. Philippe Gille (La bataille littéraire), de M. Anatole France (La vie littéraire), de M. Paul Ginisty (L'année littéraire), les articles au jour le jour de M. Francisque Sarcey, F. Lhomme, Adolphe Brisson, Edmond Lepelletier, Édouard Petit, Charles Maurras, etc.

Page 1