‹ Les sentiers dans la montagneChapitre 25 sur 53 · IV

IV

Il est bon de nous dire parfois que nous habitons, sinon un univers, tout au moins une terre qui n'a pas encore épuisé son avenir et ses surprises et qui est bien plus près de son commencement que de sa fin. Elle est née d'hier et vient à peine de débrouiller son chaos. Elle est au début de ses espoirs et de ses expériences. Nous croyons qu'elle va vers la mort; au contraire, tout son passé nous démontre qu'il est beaucoup plus vraisemblable qu'elle s'avance vers la vie. En tout cas, à mesure que s'écoulent ses années, la quantité et surtout la qualité de la vie qu'elle engendre et entretient augmente et s'améliore. Elle ne nous a donné que les prémices de ses miracles; et il n'y a probablement pas plus de rapport de ce qu'elle est à ce qu'elle fut qu'il n'y en a de ce qu'elle est à ce qu'elle sera. Sans doute, quand éclateront ses plus grandes merveilles, n'aurons-nous plus notre vie d'aujourd'hui; mais sous une autre forme, nous serons toujours là, nous existerons toujours quelque part, à sa surface ou dans ses profondeurs, et il n'est pas tout à fait invraisemblable qu'un de ses derniers prodiges ne nous atteigne dans notre poussière, ne nous réveille et ne nous ressuscite pour nous attribuer enfin la part de bonheur que nous n'avions pas eue et nous apprendre que nous avions eu tort de ne plus nous intéresser, par delà nos tombes, aux destinées de cette terre dont nous n'avions pas cessé d'être les fils immortels.

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