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CHAPITRE IV

JOURNAL DE MARGUERITE TRIEL

15 novembre.

La santé de Charlotte me tourmente: depuis son entrée à l’École, elle a de subits malaises, des étouffements; elle m’assure que ce n’est rien, que l’internat est cause de ces souffrances passagères.

Charlotte s’oppose à toute visite du docteur, elle m’a suppliée de n’en rien dire à Henri.

Que faire?

25 novembre, soir.

Pauvre petite, je l’ai tenue là dans mes bras, étouffant. J’ai une peur affreuse qu’elle mente, qu’elle me cache une névrose, une maladie de cœur peut-être.

L’infirmière est venue lui donner de l’éther, elle me dit que ces symptômes ne révèlent rien de grave; beaucoup de nos compagnes paient ce tribut de souffrance, au changement de régime et d’habitudes que Sèvres apporte dans leur vie.

26 novembre.

O le brave cœur! Henri est venu: il était ennuyé et, comme tous les artistes, si accablé par une déception, par un effort inutile, que, pendant sa visite, il n’a su que nous parler de son découragement.

Charlotte a oublié qu’elle souffrait, pour lui dire, à lui, les mots qui font jaillir la force. Il est parti réconforté:--«Vois-tu, Marguerite, il vaut mieux ne rien lui dire, il ne pourrait plus travailler, et puis me voilà guérie, puisqu’il s’en va content.»--

Brave petit cœur.

21 décembre.

Je reçois une longue lettre de Renée Diolat; je la pique à cette page de mon journal, pour l’y retrouver, quand, à mon tour, je serai professeur.