‹ Les SourcesChapitre 42 sur 96 · CHAPITRE PREMIER - I

CHAPITRE PREMIER - I

Je vous ai autrefois proposé un plan d’études[44]. Je voudrais aujourd’hui vous proposer un plan de vie.

[44] Les Sources (Ire partie).

Ce plan de vie se résume en un mot, que j’ose vous adresser au nom de Dieu: «Mon fils, sois bon!»

Le plan est simple; mais vous verrez qu’il est aussi riche qu’il est simple.

Sans doute, il n’y a que les grands cœurs qui savent ce qu’il y a de gloire à être bon. Mais pourquoi vous, qui que vous soyez, n’auriez-vous pas déjà, ou n’oseriez-vous pas demander à Dieu, votre Père tout-puissant, un grand cœur et de grandes pensées?

Essayons. Voyons si vous saurez comprendre la grandeur et la gloire de la bonté. Voyons si vous voulez cette gloire.

Donc, je vous le demande, voulez-vous être bon? Voulez-vous être l’homme de bonne volonté que Dieu veut[45]?

[45] Et in terra pax hominibus bonæ voluntatis.

Voulez-vous consacrer votre vie à la justice et à la vérité? Voulez-vous vraiment accomplir la mission de l’homme sur la terre?

Voulez-vous être généreux, courageux, désintéressé? Seriez-vous fier de devenir un serviteur des hommes, un ouvrier de Dieu? Sauriez-vous suivre, avec une clairvoyance imperturbable, avec une indomptable résolution, le but humain, l’œuvre de Dieu?

Quels que soient votre état ou votre âge, votre richesse ou votre pauvreté, votre ignorance ou votre science, vous pouvez, si vous avez un cœur vivant, vous pouvez concevoir la royale et divine ambition de mettre dans les destinées du monde votre poids de justice et de bonté.

Laissez-moi vous faire part du perpétuel étonnement de ma vie.

Il m’est entièrement impossible de concevoir pourquoi parmi tant d’hommes qui couvrent la face du monde, il n’en est point qui ait l’idée de prendre pour but réel et unique de sa vie, la justice[46]. Il n’y a pas de but si étrange, si mesquin, si difficile, si dangereux, que ne poursuivent avec ardeur, courage, sagacité, persévérance, des milliers d’hommes. Beaucoup d’hommes se jouent de la vie; quelques-uns même la jettent; et personne n’a l’idée de la poser comme une offrande et comme une force donnée à la justice!

[46] Non est qui faciat bonum, non est usque ad unum.

Je vois des âmes qui semblent d’ailleurs dans l’ordre, dans la morale et la religion. Elles veulent assurément ne pas vivre dans l’iniquité. Mais le but n’est pas la justice. Elles ont un autre but constant, qui absorbe leurs pensées et leurs forces. Elles n’aiment point par-dessus toutes choses Dieu, la Justice, la Vérité.

Et je ne parle pas, en ce moment, de l’homme attaché à la terre pour en tirer par son labeur, le pain du jour. Je parle de l’homme libre, qui possède son temps et sa vie. Je parle de cet homme de vingt ans qui est né riche, qui est instruit, qui sait l’histoire, qui voit l’état du monde, et dont le cœur n’est pas encore éteint. Il entre dans la vie. Que va-t-il faire? Je ne sais. Mais à coup sûr voici ce qu’il ne fera pas. Se tenant humblement et résolument devant Dieu et devant sa conscience, il n’aura point la surprenante audace de dire ceci: «Je ne veux rien; je ne crains rien; et n’ayant autre désir ni autre crainte, je donne ma vie à la justice et à la vérité.»

Voilà, dis-je, ce qui me surprend. Quoi! personne ne comprend ce que veulent dire ces mots: donner vie à la justice et à la vérité! Quoi! votre esprit n’aperçoit pas le réel et le plein de cette sublime carrière! Et votre cœur ne conçoit pas cette immense et simple ambition!

Eh bien! je vous adresse ce livre pour vous aider à concevoir cette ambition. Je vous aiderai, et vous réveillerai peut-être, en vous disant comment Dieu m’a donné l’idée de cette consécration. Vous, de votre côté, aidez-moi, réveillez-moi: demandez-moi comment, ayant dans l’âme ces idées et ces germes, je les ai enfouis presque tous et n’ai pas su produire leurs fruits.

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