LIVRE III.
CENTRES DE RAYONNEMENT.
Dans tout le Sahara, l’existence matérielle et morale des nomades n’est assurée qu’au moyen d’annexes sédentaires, assises dans des lieux d’élection, au centre de leurs pérégrinations ou sur la périphérie de leurs terres de parcours.
Ces annexes, organes essentiels de la vie intérieure et des relations extérieures des tribus, appellent tout d’abord l’attention.
Parmi ces centres, les uns sont exclusivement commerciaux, les autres exclusivement religieux.
Les centres commerciaux sont des villes : Ghadâmès et Rhât, en territoire târgui ; Mourzouk, Ouarglâ et In-Sâlah, sur les frontières de leurs parcours, mais dans le rayon des relations journalières des Touâreg.
Les centres religieux, au nombre de quatre, sont ou des confréries organisées en vastes associations ou des familles princières de marabouts exerçant une sorte de pouvoir spirituel sur leurs clients.
Les confréries sont : celle des Tedjâdjna, dont le siége principal est à Temâssîn, dans l’Ouâd-Rîgh (Algérie), et celle des Senoûsi, dont la métropole est à Jerhâjîb, dans un désert situé entre la Tripolitaine et l’Égypte.
Les familles princières de marabouts sont les Bakkây, à Timbouktou, et les Oulâd-Sîdi-Cheïkh, à El-Abiodh, dans le cercle de Géryville (Algérie).
Dans les confréries, les chefs sont des cheïkh, vénérables, des moqaddem, gardiens ; les disciples sont des khouân, frères.
Dans les familles de marabouts, l’autorité souveraine est exercée par l’aîné, cheïkh, vénérable, mais avec le concours des autres membres de sa famille, marabouts comme lui ; les clients sont des khoddâm, serviteurs.
Ces quatre centres religieux embrassent dans leurs juridictions, à peu près sans exception, toutes les populations des villes et des campagnes du Sahara central.
Leur action s’exerce, dans chaque groupe, soit par des zâouiya, sanctuaires fixes, à la fois églises ou lieux de réunion et écoles ou académies d’enseignement, vers lesquelles convergent les disciples et les serviteurs, soit par des missionnaires ambulants qui vont, de tribu en tribu, pour diriger les consciences et rappeler aux nomades les liens qui les rattachent à leurs chefs spirituels.
Ce livre sera donc divisé en deux chapitres : les centres commerciaux et les centres religieux ; et chaque chapitre subdivisé en autant de paragraphes qu’il y a de centres d’attraction.