‹ Les Touâreg du nordChapitre 2 sur 25 · LIVRE PREMIER. - CHAPITRE PREMIER.

LIVRE PREMIER. - CHAPITRE PREMIER.

DIVISIONS NATURELLES ET POLITIQUES. GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. — SOL ET CLIMAT.

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DIVISIONS ET LIMITES GÉNÉRALES DES CONFÉDÉRATIONS TOUÂREG.

Cette étude est restreinte aux Touâreg du Nord ; mais, pour la circonscrire dans les limites que je lui assigne, quelques lignes sur l’ensemble de la nationalité târguie[10], sur ses divisions territoriales et politiques, semblent un préliminaire indispensable.

Sous le nom général de Touâreg, nom d’origine arabe et adopté par les Européens, quoiqu’il soit repoussé par ceux auxquels il s’applique, on comprend quatre grandes divisions politiques correspondant à quatre grandes divisions territoriales, savoir :

La confédération des AZDJER ou Kêl-Azdjer[11], au Nord-Est, avec le plateau du Tasîli du Nord et dépendances, pour patrie ;

La confédération des AHAGGÂR ou Kêl-Ahaggâr, au Nord-Ouest, dans le mont Ahaggâr ou Hoggâr des Arabes ;

La confédération d’AÏR ou Kêl-Aïr, plus généralement connue sous le nom de KÊL-OUÏ, au Sud-Est, dans le massif d’Aïr, également appelé Azben ;

La confédération des AOUÉLIMMIDEN, au Sud-Ouest, dont le territoire comprend une portion montagneuse, l’Adghagh[12], et une portion plane, l’Ahâouagh.

Les Azdjer et les Ahaggâr constituent les Touâreg du Nord, comme les Aïr et Aouélimmiden ceux du Sud.

Ces derniers ayant été visités et étudiés avec beaucoup de soin par mon savant ami et protecteur, M. le Dr Barth[13], je n’ai pas à m’en occuper, estimant assez belle la part qui m’est dévolue, si je parviens à combler la lacune de l’exploration de mon illustre devancier.

Quoi qu’il en soit, je constate d’abord un caractère commun aux quatre confédérations des Touâreg ; c’est que chacune d’elles a adopté comme centre de sa vie politique un système isolé de montagnes, refuge de son indépendance et foyer de ses libertés.

Deux de ces massifs isolés, ceux occupés par les Touâreg du Nord, embrassent les points culminants du plateau central du Sahara et les points de partage des eaux entre le bassin de la Méditerranée et le bassin de l’Océan Atlantique ; les deux autres, à un gradin inférieur du plateau, appartiennent au bassin du Niger.

Entre les quatre massifs, s’étendent de vastes plaines, véritables déserts arides, tantôt sablonneuses, tantôt rocheuses, tantôt à sol crayeux, parfois affectant la formation alluvionnaire des bassins salins des Sebkha, le plus souvent se présentant sous la forme d’un sol caillouteux, très-dur, d’où le nom arabe de Sahara qui signifie terre dure.

S’il est permis d’assigner à chaque confédération, comme étant son patrimoine propre, le massif de montagnes qu’elle occupe, il devient impossible d’indiquer, dans les plaines, là où commence, là où finit le territoire de chacune d’elles et de préciser les limites qui les séparent de leurs voisins non Touâreg.

Le droit de premier occupant, le seul à invoquer dans ces immenses terres de parcours, n’a de valeur sérieuse que s’il est appuyé sur une force capable de le faire respecter. Néanmoins, sous la réserve d’éventualités qui souvent substituent le fait brutal de l’invasion à la pratique pacifique d’usages consacrés par le temps, on peut assigner comme limites générales aux territoires occupés par les quatre confédérations Touâreg, savoir :

Au Nord, 1o une ligne droite partant d’El-Hesî dans le Hamâda-el-Homra de la Tripolitaine et allant à Ghadâmès ; 2o une ligne, également droite, partant de Ghadâmès et aboutissant à la limite Nord de la confédération indépendante du Touât ;

A l’Ouest, les rebords oriental et méridional du plateau de Tâdemâyt et la route des caravanes d’Aqabli à Timbouktou ;

Au Sud, une ligne partant de Timbouktou et aboutissant à Oungoua- Tsammit, au Nord de Zinder ;

A l’Est, d’abord une ligne parallèle à la route de Koûka à Mourzouk, mais d’un quart de degré à l’occident, puis la route directe de Mourzouk à Tripoli jusqu’à El-Hesî, où nous retrouvons le point de départ.

La limite septentrionale, sur laquelle je devrai revenir, sépare les Touâreg du Nord des tribus algériennes, les Souâfa, les Rouâgha et les Chaánba, avec lesquelles ils sont aujourd’hui en bonnes relations après de longues luttes que l’administration française a fait cesser.

La limite occidentale sépare d’abord les Ahaggâr des oasis du Touât ainsi que des tribus nomades qui en dépendent, entre autres les Oulâd- Bâ-Hammou ; puis elle place d’immenses déserts entre les Ahaggâr, les Aouélimmiden et les tribus nomades, arabes et berbères des rives de l’Océan Atlantique. Malgré la barrière d’affreuses solitudes que la Providence a placées entre des ennemis irréconciliables, ils parviennent néanmoins à se rencontrer quelquefois les armes à la main.

La limite méridionale, telle que je l’ai indiquée, est celle qui séparait autrefois les Touâreg du Sud de l’ancien empire de Zonghay ; mais, depuis quelques années, les Aouélimmiden ayant reconquis sur les Fellâta les deux rives du Niger, jadis occupées par les Zonghay, la limite doit être reportée plus au Sud.

La limite orientale sépare les Touâreg d’Aïr du peuple Teboû, et les Azdjer du Pachalik du Fezzân. En cette dernière partie, les Azdjer occupent des territoires appartenant à la Turquie, mais sans subir sa domination.

Dans ces limites, l’ensemble des territoires des quatre grandes divisions du peuple târgui forme, entre l’Afrique septentrionale et l’Afrique centrale, un immense quadrilatère que le tropique du Cancer partage en deux moitiés à peu près égales, et que les géographes connaissent sous le nom de plateau central du Sahara.

Les Touâreg donnent à leur pays le nom général d’Adjema, synonyme de Sahara.

D’après eux, les points de Timissao sur l’Ouâdi-Tarhît, d’Asiou et d’In- Guezzam sur l’Ouâdi-Tâfasâsset sépareraient les Touâreg du Nord de ceux du Sud et les deux grandes gouttières d’écoulement des eaux de leur pays, l’Ouâdi-Igharghar et l’Ouâdi-Tâfasâsset, l’une au Nord, l’autre au Sud, seraient généralement acceptées, mais non sans quelques exceptions particulières, comme lignes de démarcation entre les confédérations orientales et les confédérations occidentales.

Ces divisions générales posées, je rentre dans l’objet spécial de ce travail : les Touâreg du Nord.

[Note 10 : Touâreg, au singulier Târgui, au féminin târguia, en français târguie.]

[Note 11 : Kêl signifie gens de ; souvent, dans le discours, on dit Azdjer, Ahaggâr, Aïr, pour dire gens d’Azdjer, gens d’Ahaggâr, gens d’Aïr. Pour simplifier, j’imiterai l’exemple des indigènes.]

[Note 12 : Forme emphatique du mot adrâr, montagne.]

[Note 13 : Voir le grand ouvrage de M. le docteur Barth, tomes I, IV et V des éditions anglaise et allemande.]

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