‹ Les trois mousquetaires, Volume 2 (of 2)Chapitre 36 sur 36 · XXXVI - L’EXÉCUTION

XXXVI - L’EXÉCUTION

Il était minuit à peu près; la lune, échancrée par sa décroissance et ensanglantée par les dernières traces de l’orage, se levait derrière la petite ville d’Armentières, qui découpait sur sa lueur blafarde la silhouette sombre de ses maisons et le squelette de son haut clocher découpé à jour. En face, la Lys roulait ses eaux pareilles à une rivière d’étain fondu; tandis que sur l’autre rive on voyait la masse noire des arbres se profiler sur un ciel orageux envahi par de gros nuages cuivrés qui faisaient une espèce de crépuscule au milieu de la nuit. A gauche s’élevait un vieux moulin abandonné, aux ailes immobiles, dans les ruines duquel une chouette faisait entendre son cri aigu, périodique et monotone. Çà et là dans la plaine, à droite et à gauche du chemin que suivait le lugubre cortège, apparaissaient quelques arbres bas et trapus, qui semblaient des nains difformes accroupis pour guetter les hommes à cette heure sinistre.

De temps en temps un large éclair ouvrait l’horizon dans toute sa largeur, serpentait au-dessus de la masse noire des arbres et venait comme un immense cimeterre couper le ciel et l’eau en deux parties. Pas un souffle de vent ne glissait dans l’atmosphère alourdie. Un silence de mort écrasait toute la nature, le sol était humide et glissant de la pluie qui venait de tomber, et les herbes ranimées jetaient leur parfum avec plus d’énergie.

Deux valets entraînaient milady, qu’ils tenaient chacun par un bras; le bourreau marchait derrière, et lord Winter, d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis marchaient derrière le bourreau.

Planchet et Bazin venaient les derniers.

Les deux valets conduisaient milady du côté de la rivière. Sa bouche était muette; mais ses yeux parlaient avec leur inexprimable éloquence, suppliant tour à tour chacun de ceux qu’elle regardait.

Comme elle se trouvait de quelques pas en avant, elle dit aux valets:

--Mille pistoles à chacun de vous si vous protégez ma fuite; mais si vous me livrez à vos maîtres, j’ai ici près des vengeurs qui vous feront payer cher ma mort.

Grimaud hésitait. Mousqueton tremblait de tous ses membres.

Athos, qui avait entendu la voix de milady, s’approcha vivement, lord Winter en fit autant.

--Renvoyez ces valets, dit-il, elle leur a parlé, ils ne sont plus sûrs.

On appela Planchet et Bazin, qui prirent la place de Grimaud et de Mousqueton.

Arrivés au bord de l’eau, le bourreau s’approcha de milady et lui lia les pieds et les mains.

Alors elle rompit le silence pour s’écrier:

--Vous êtes des lâches, vous êtes des misérables assassins, vous vous mettez à dix pour égorger une femme; prenez garde, si je ne suis point secourue, je serai vengée...

--Vous n’êtes pas une femme, dit froidement Athos, vous n’appartenez pas à l’espèce humaine, vous êtes un démon échappé de l’enfer et que nous allons y faire rentrer.

--Ah! messieurs les hommes vertueux! dit milady, faites attention que celui qui touchera un cheveu de ma tête est à son tour un assassin.

--Le bourreau peut tuer, sans être pour cela un assassin, madame, dit l’homme au manteau rouge en frappant sur sa large épée; c’est le dernier juge, voilà tout.

[Illustration: Arrivés au bord de l’eau, le bourreau lui lia les pieds et les mains.]

Et, comme il la liait en disant ces paroles, milady poussa deux ou trois cris sauvages, qui firent un effet étrange en s’envolant dans la nuit et en se perdant dans les profondeurs du bois.

--Mais si je suis coupable, si j’ai commis les crimes dont vous m’accusez, hurlait milady, conduisez-moi devant un tribunal; vous n’êtes pas des juges, vous, pour me condamner.

--Je vous avais proposé Tyburn, dit lord Winter, pourquoi n’avez-vous pas voulu?

--Parce que je ne veux pas mourir! s’écria milady en se débattant, parce que je suis trop jeune pour mourir!

--La femme que vous avez empoisonnée à Béthune était plus jeune encore que vous, madame, et cependant elle est morte, dit d’Artagnan.

--J’entrerai dans un cloître, je me ferai religieuse, dit milady.

--Vous étiez dans un cloître, dit le bourreau, et vous en êtes sortie pour perdre mon frère.

Milady poussa un cri d’effroi et tomba sur ses genoux.

Le bourreau la souleva sous les bras, et voulut l’emporter vers le bateau.

--Oh, mon Dieu! s’écria-t-elle, mon Dieu! allez-vous donc me noyer!

Ces cris avaient quelque chose de si déchirant, que d’Artagnan, qui d’abord était le plus acharné contre milady, se laissa aller sur une souche, et pencha la tête, se bouchant les oreilles avec la paume de ses mains; et cependant, malgré cela, il l’entendait encore menacer et crier.

D’Artagnan était le plus jeune de tous ces hommes, le cœur lui manqua.

--Oh! je ne puis voir cet affreux spectacle! je ne puis consentir à ce que cette femme meure ainsi!

Milady avait entendu ces quelques mots, et elle s’était reprise à une lueur d’espérance.

--D’Artagnan! d’Artagnan! cria-t-elle, souviens-toi que je t’ai aimé!

Le jeune homme se leva et fit un pas vers elle.

Mais Athos se leva, tira son épée, se mit sur son chemin.

--Si vous faites un pas de plus, d’Artagnan, dit-il, nous croiserons le fer ensemble.

D’Artagnan tomba à genoux et pria.

[Illustration: D’Artagnan tomba à genoux et pria.]

--Allons, continua Athos, bourreau, fais ton devoir.

--Volontiers, monseigneur, dit le bourreau, car aussi vrai que je suis bon catholique, je crois fermement être juste en accomplissant ma fonction sur cette femme.

--C’est bien.

Athos fit un pas vers milady.

--Je vous pardonne, dit-il, le mal que vous m’avez fait; je vous pardonne mon avenir brisé, mon honneur perdu, mon amour souillé et mon salut à jamais compromis par le désespoir où vous m’avez jeté. Mourez en paix.

Lord Winter s’avança à son tour.

--Je vous pardonne, dit-il, l’empoisonnement de mon frère, l’assassinat de Sa Grâce lord Buckingham; je vous pardonne la mort du pauvre Felton, je vous pardonne vos tentatives sur ma personne. Mourez en paix.

--Et moi, dit d’Artagnan, pardonnez-moi, madame, d’avoir, par une fourberie indigne d’un gentilhomme, provoqué votre colère; et, en échange, je vous pardonne le meurtre de ma pauvre amie et vos vengeances cruelles pour moi, je vous pardonne et je pleure sur vous. Mourez en paix.

--_I am lost!_ murmura en anglais milady, _I must die_.

Alors elle se releva d’elle-même, jeta tout autour d’elle un de ces regards clairs qui semblaient jaillir d’un œil de flamme.

Elle ne vit rien.

Elle écouta, elle n’entendit rien.

Elle n’avait autour d’elle que des ennemis.

--Où vais-je mourir? dit-elle.

--Sur l’autre rive, répondit le bourreau.

Alors il la fit entrer dans la barque, et, comme il allait y mettre le pied, Athos lui remit une somme d’argent.

--Tenez, dit-il, voici le prix de l’exécution; que l’on voie bien que nous agissons en juges.

--C’est bien, dit le bourreau; et que maintenant, à son tour, cette femme sache que je n’accomplis pas mon métier, mais mon devoir.

Et il jeta l’argent dans la rivière.

Le bateau s’éloigna vers la rive gauche de la Lys, emportant la coupable et l’exécuteur; tous les autres demeurèrent sur la rive droite, où ils étaient tombés à genoux.

Le bateau glissait lentement le long de la corde du bac, sous le reflet d’un nuage pâle qui surplombait l’eau en ce moment.

On le vit aborder sur l’autre rive; les personnages se dessinaient en noir sur l’horizon rougeâtre.

[Illustration: Alors on vit de l’autre rive le bourreau lever lentement les deux bras.]

Milady, pendant le trajet, était parvenue à détacher la corde qui liait ses pieds: en arrivant sur le rivage, elle sauta légèrement à terre et prit la fuite. Mais le sol était humide; en arrivant au haut du talus, elle glissa et tomba sur ses genoux.

Une idée superstitieuse la frappa sans doute; elle comprit que le ciel lui refusait son secours et resta dans l’attitude où elle se trouvait, la tête inclinée et les mains jointes.

Alors on vit, de l’autre rive, le bourreau lever lentement ses deux bras, un rayon de la lune se refléta sur la lame de sa large épée, les deux bras retombèrent; on entendit le sifflement du fer et le cri de la victime, puis une masse tronquée s’affaissa sous le coup.

[Illustration: «--Laissez passer la justice de Dieu.»]

Alors le bourreau détacha son manteau rouge, l’étendit à terre, y coucha le corps, y jeta la tête, puis le noua par les quatre coins, le rechargea sur son épaule et remonta dans le bateau. Arrivé au milieu de la Lys, il arrêta la barque, et suspendant son fardeau au-dessus de la rivière:

--Laissez passer la justice de Dieu! cria-t-il à haute voix.

Et il laissa tomber le cadavre au plus profond de l’eau, qui se referma sur lui.

Trois jours après, les quatre mousquetaires rentraient à Paris; ils étaient restés dans les limites de leur congé, et le même soir ils allèrent faire leur visite accoutumée à M. de Tréville.

--Eh bien! messieurs, leur demanda le brave capitaine, vous êtes-vous bien amusés dans votre excursion?

--Prodigieusement! répondit Athos en son nom et au nom de ses camarades.

CONCLUSION

Le 6 du mois suivant, le roi, tenant la promesse qu’il avait faite au cardinal de quitter Paris pour revenir à La Rochelle, sortit de sa capitale tout étourdi encore de la nouvelle qui venait de se répandre que Buckingham venait d’être assassiné. Quoique prévenue que l’homme qu’elle avait tant aimé courait un danger, la reine, lorsqu’on lui annonça cette mort, ne voulut pas la croire; il lui arriva même de s’écrier imprudemment:

--C’est faux! il vient de m’écrire.

Mais le lendemain il lui fallut bien croire à cette fatale nouvelle; La Porte, retenu comme tout le monde en Angleterre par les ordres du roi Charles Ier arriva porteur du dernier et funèbre présent que Buckingham envoyait à la reine.

La joie du roi avait été très vive; il ne se donna pas la peine de la dissimuler et la fit même éclater avec affectation devant la reine. Louis XIII, comme tous les cœurs faibles, manquait de générosité. Mais bientôt le roi redevint sombre et mal portant: son front n’était pas de ceux qui s’éclaircissent pour longtemps; il sentait qu’en retournant au camp il allait reprendre son esclavage, et cependant il y retournait.

Le cardinal était pour lui le serpent fascinateur, et il était l’oiseau qui voltige de branche en branche sans pouvoir lui échapper.

Aussi le retour vers La Rochelle était-il profondément triste. Nos quatre amis surtout faisaient l’étonnement de leurs camarades; ils voyageaient ensemble côte à côte, l’œil sombre et la tête baissée. Athos relevait seul de temps en temps son large front; un éclair brillait dans ses yeux, un sourire amer passait sur ses lèvres, puis, pareil à ses camarades, il se laissait de nouveau aller à ses rêveries.

Dès l’arrivée de l’escorte dans une ville, lorsqu’ils avaient conduit le roi à son logis, les quatre amis se retiraient ou chez eux ou dans quelque cabaret écarté, où ils ne jouaient ni ne buvaient; seulement ils parlaient à voix basse en regardant avec attention si nul ne les écoutait.

Un jour que le roi avait fait halte sur la route pour voler la pie, et que les quatre amis, selon leur habitude, au lieu de suivre la chasse, s’étaient arrêtés dans un cabaret sur la grande route, un homme, qui venait de La Rochelle à franc étrier, s’arrêta à la porte pour boire un verre de vin, et plongea son regard dans l’intérieur de la chambre où étaient attablés les quatre mousquetaires.

--Holà! monsieur d’Artagnan! dit-il, n’est-ce point vous que je vois là-bas?

D’Artagnan leva la tête et poussa un cri de joie. Cet homme qu’il appelait son fantôme, c’était son inconnu de Meung, de la rue des Fossoyeurs et d’Arras.

D’Artagnan tira son épée et s’élança vers la porte.

Mais cette fois, au lieu de fuir, l’inconnu s’élança à bas de cheval, et s’avança à la rencontre de d’Artagnan.

--Ah! monsieur, dit le jeune homme, je vous rejoins donc enfin; cette fois vous ne m’échapperez pas.

--Ce n’est pas mon intention non plus, monsieur, car cette fois je vous cherchais. Au nom du roi, je vous arrête. Je dis que vous ayez à me rendre votre épée, monsieur, et cela sans résistance; il y va de votre tête, je vous en avertis.

--Qui êtes-vous donc? demanda d’Artagnan en baissant son épée, mais sans la rendre encore.

--Je suis le chevalier de Rochefort, répondit l’inconnu, l’écuyer de monsieur le cardinal de Richelieu, et j’ai ordre de vous ramener à Son Éminence.

--Nous retournons auprès de Son Éminence, monsieur le chevalier, dit Athos en s’avançant, et vous accepterez bien la parole de M. d’Artagnan, qui promet de se rendre en droite ligne à La Rochelle.

--Je dois le remettre entre les mains des gardes qui le ramèneront au camp.

--Nous lui en servirons, monsieur, sur notre parole de gentilshommes; mais sur notre parole de gentilshommes aussi, ajouta Athos, M. d’Artagnan ne nous quittera pas.

Le chevalier de Rochefort jeta un coup d’œil en arrière et vit que Porthos et Aramis s’étaient placés entre lui et la porte; il comprit qu’il était complètement à la merci de ces quatre hommes.

--Messieurs, dit-il, si M. d’Artagnan veut me rendre son épée, et joindre sa parole à la vôtre, je me contenterai de votre promesse de conduire M. d’Artagnan au quartier de monseigneur le cardinal.

--Vous avez ma parole, monsieur, dit d’Artagnan, et voici mon épée.

--Cela me va d’autant mieux, ajouta Rochefort, qu’il faut que je continue mon voyage.

--Si c’est pour rejoindre milady, dit froidement Athos, c’est inutile, vous ne la retrouverez pas.

--Qu’est-elle donc devenue? demanda vivement Rochefort.

--Revenez au camp et vous le saurez.

Rochefort demeura un instant pensif, puis, comme on n’était plus qu’à une journée de Surgères, jusqu’où le cardinal devait venir au-devant du roi, il résolut de suivre le conseil d’Athos et de revenir avec eux.

D’ailleurs ce retour lui offrait un avantage, c’était de surveiller lui-même son prisonnier.

On se remit en route.

Le lendemain, à trois heures de l’après-midi, on arriva à Surgères. Le cardinal y attendait Louis XIII. Le ministre et le roi y échangèrent force caresses, se félicitèrent de l’heureux hasard qui débarrassait la France de l’ennemi acharné qui ameutait l’Europe contre elle. Après quoi, le cardinal, qui avait été prévenu par Rochefort que d’Artagnan était arrêté, et qui avait hâte de le voir, prit congé du roi en l’invitant à venir visiter le lendemain les travaux de la digue qui étaient achevés.

En revenant le soir à son quartier du pont de la Pierre, le cardinal trouva debout devant la porte de la maison qu’il habitait d’Artagnan sans épée et les trois mousquetaires armés.

Cette fois, comme il était en force, il les regarda sévèrement, et fit signe de l’œil et de la main à d’Artagnan de le suivre.

D’Artagnan obéit.

--Nous t’attendons, d’Artagnan, dit Athos assez haut pour que le cardinal l’entendit.

Son Éminence continua son chemin sans prononcer une seule parole.

D’Artagnan entra derrière le cardinal, et derrière d’Artagnan la porte fut gardée.

Son Éminence se rendit dans la chambre qui lui servait de cabinet, et fit signe à Rochefort d’introduire le jeune mousquetaire.

Rochefort obéit et se retira.

D’Artagnan resta seul en face du cardinal; c’était sa seconde entrevue avec Richelieu, et il avoua depuis qu’il avait été bien convaincu que ce serait la dernière.

Richelieu resta debout, appuyé contre la cheminée, une table était dressée entre lui et d’Artagnan.

--Monsieur, dit le cardinal, vous avez été arrêté par mes ordres.

--On me l’a dit, monseigneur.

--Savez-vous pourquoi?

--Non, monseigneur; car la seule chose pour laquelle je pourrais être arrêté est encore inconnue de Son Éminence.

Richelieu regarda fixement le jeune homme.

--Holà! dit-il, que veut dire cela?

--Si monseigneur veut m’apprendre d’abord les crimes qu’on m’impute, je lui dirai ensuite les actes que j’ai commis.

--On vous impute des crimes qui ont fait choir des têtes plus hautes que la votre, monsieur! dit le cardinal.

--Lesquels, monseigneur? demanda d’Artagnan avec un calme qui étonna le cardinal lui-même.

--On vous impute d’avoir correspondu avec les ennemis du royaume, on vous impute d’avoir surpris les secrets de l’État, on vous impute d’avoir essayé de faire avorter les plans de votre général.

--Et qui m’impute cela, monseigneur? dit d’Artagnan, qui se doutait que l’accusation venait de milady: une femme flétrie par la justice du pays, une femme qui a épousé un homme en France et un autre en Angleterre, une femme qui a empoisonné son second mari et qui a tenté de m’empoisonner moi-même!

--Que dites-vous donc là? monsieur, s’écria le cardinal étonné, et de quelle femme parlez-vous ainsi?

--De milady de Winter, répondit d’Artagnan; oui, de milady de Winter, dont, sans doute, Votre Éminence ignorait tous les crimes lorsqu’elle l’a honorée de sa confiance.

--Monsieur, dit le cardinal, si milady de Winter a commis les crimes que vous dites, elle sera punie.

--Elle l’est, monseigneur.

--Et qui l’a punie?

--Nous.

--Elle est en prison.

--Elle est morte.

--Morte! répéta le cardinal, qui ne pouvait croire à ce qu’il entendait: morte! n’avez-vous pas dit qu’elle était morte?

--Trois fois elle avait essayé de me tuer, et je lui avais pardonné; mais elle a tué la femme que j’aimais. Alors, mes amis et moi, nous l’avons prise, jugée et condamnée.

D’Artagnan alors raconta l’empoisonnement de madame Bonacieux dans le couvent des Carmélites de Béthune, le jugement dans la maison isolée, l’exécution sur les bords de la Lys.

Un frisson courut par tout le corps du cardinal, qui cependant ne frissonnait pas facilement.

Mais tout à coup, comme subissant l’influence d’une pensée muette, la physionomie du cardinal, sombre jusqu’alors, s’éclaircit peu à peu et en arriva à la plus parfaite sérénité.

--Ainsi, dit te cardinal avec une voix dont la douceur contrastait avec la sévérité de ses paroles, vous vous êtes constitués en juges, sans penser que ceux qui n’ont pas mission de punir et qui punissent sont des assassins!

[Illustration: «--Morte! répéta le cardinal, n’avez-vous pas dit qu’elle était morte?»]

--Monseigneur, je vous jure que je n’ai pas eu un instant l’intention de défendre ma tête contre vous. Je subirai le châtiment que Votre Éminence voudra bien m’infliger. Je ne tiens pas assez à la vie pour craindre la mort.

--Oui, je le sais, vous êtes un homme de cœur, monsieur, dit le cardinal avec une voix presque affectueuse: je puis donc vous dire d’avance que vous serez jugé, condamné même.

--Un autre pourrait répondre à Votre Éminence qu’il a sa grâce dans sa poche; moi je me contenterai de vous dire: Ordonnez, monseigneur; je suis prêt.

--Votre grâce? dit Richelieu surpris.

--Oui, monseigneur, dit d’Artagnan.

--Et signée de qui? du roi?

Et le cardinal prononça ces mots avec une singulière expression de mépris.

--Non, de Votre Éminence.

--De moi? vous êtes fou, monsieur?

--Monseigneur reconnaîtra sans doute son écriture.

Et d’Artagnan présenta au cardinal le précieux papier qu’Athos avait arraché à milady, et qu’il avait donné à d’Artagnan pour lui servir de sauvegarde.

Son Éminence prit le papier et lut d’une voix lente et en appuyant sur chaque syllabe:

_C’est par mon ordre et pour le bien de l’État que le porteur du présent papier a fait ce qu’il vient de faire._

RICHELIEU.

_Au camp de la Rochelle, ce 5 août 1628._

Le cardinal, après avoir lu ces deux lignes, tomba dans une rêverie profonde, mais il ne rendit pas le papier à d’Artagnan.

--Il médite de quel genre de supplice il me fera mourir, se dit tout bas d’Artagnan; eh bien, ma foi! il verra comment meurt un gentilhomme.

Le jeune mousquetaire était en excellente disposition pour trépasser héroïquement.

Richelieu pensait toujours, roulait et déroulait le papier dans ses mains. Enfin il leva la tête, fixa son regard d’aigle sur cette physionomie loyale, ouverte, intelligente, lut sur ce visage sillonné de larmes toutes les souffrances qu’il avait endurées depuis un mois, et songea pour la troisième ou quatrième fois combien cet enfant avait d’avenir, et quelles ressources son activité, son courage et son esprit pouvaient offrir à un bon maître. D’un autre côté, les crimes, la puissance, le génie infernal de milady l’avaient plus d’une fois épouvanté. Il sentait comme une joie secrète d’être à jamais débarrassé de ce complice dangereux.

Il déchira lentement le papier que d’Artagnan lui avait généreusement remis.

--Je suis perdu, dit en lui-même d’Artagnan.

Et il s’inclina profondément devant le cardinal en homme qui dit: «Seigneur, que votre volonté soit faite!»

Le cardinal s’approcha de la table, et, sans s’asseoir, écrivit quelques lignes sur un parchemin dont les deux tiers étaient déjà remplis et y apposa son sceau.

--Ceci est ma condamnation, dit d’Artagnan; il m’épargne l’ennui de la Bastille et les lenteurs d’un jugement. C’est encore fort aimable à lui.

--Tenez, monsieur, dit le cardinal au jeune homme, je vous ai pris un blanc seing et je vous en rends un autre. Le nom manque sur ce brevet et vous l’écrirez vous-même.

D’Artagnan prit le papier en hésitant et jeta les yeux dessus.

C’était une lieutenance dans les mousquetaires.

D’Artagnan tomba aux pieds du cardinal.

--Monseigneur, dit-il, ma vie est à vous, disposez-en désormais; mais cette faveur que vous m’accordez, je ne la mérite pas: j’ai trois amis qui sont plus méritants et plus dignes...

--Vous êtes un brave garçon, d’Artagnan, interrompit le cardinal en lui frappant familièrement sur l’épaule, charmé qu’il était d’avoir vaincu cette nature rebelle. Faites de ce brevet ce qu’il vous plaira. Seulement rappelez-vous que, quoique le nom soit en blanc, c’est à vous que je le donne.

--Je ne l’oublierai jamais, répondit d’Artagnan, Votre Éminence peut en être certaine.

Le cardinal se retourna et dit à haute voix:

--Rochefort!

Le chevalier, qui sans doute était derrière la porte, entra aussitôt.

[Illustration: «--Monseigneur, ma vie est à vous, disposez-en désormais.»]

--Rochefort, dit le cardinal, vous voyez M. d’Artagnan; je le reçois au nombre de mes amis; ainsi donc que l’on s’embrasse et que l’on soit sage si l’on tient à conserver sa tête.

Rochefort et d’Artagnan s’embrassèrent du bout des lèvres; mais le cardinal était là, qui les observait de son œil vigilant.

Ils sortirent de la chambre en même temps.

--Nous nous retrouverons, n’est-ce pas, monsieur?

--Quand il vous plaira, fit d’Artagnan.

--L’occasion viendra, répondit Rochefort.

--Hein? fit Richelieu en ouvrant la porte.

Les deux hommes se sourirent, se serrèrent la main et saluèrent Son Éminence.

--Nous commencions à nous impatienter, dit Athos.

--Me voilà, mes amis! répondit d’Artagnan, non seulement libre, mais en faveur.

--Vous nous conterez cela?

--Dès ce soir.

En effet, dès le soir même d’Artagnan se rendit au logis d’Athos, qu’il trouva en train de vider sa bouteille de vin d’Espagne, occupation qu’il accomplissait religieusement tous les soirs.

Il lui raconta ce qui s’était passé entre le cardinal et lui, et tirant le brevet de sa poche.

--Tenez, mon cher Athos, voilà, dit-il, qui vous revient naturellement.

Athos sourit de son doux et charmant sourire.

--Ami, dit-il, pour Athos c’est trop; pour le comte de La Fère, c’est trop peu. Gardez ce brevet, il est à vous, hélas, mon Dieu! vous l’avez acheté assez cher.

D’Artagnan sortit, de la chambre d’Athos, et entra dans celle de Porthos.

Il le trouva vêtu d’un magnifique habit, couvert de broderies splendides, et se mirant devant une glace.

--Ah! ah! dit Porthos, c’est vous, cher ami! comment trouvez-vous que ce vêtement me va?

--A merveille, dit d’Artagnan, mais je viens vous proposer un habit qui vous ira mieux encore.

--Lequel? demanda Porthos.

--Celui de lieutenant aux mousquetaires.

D’Artagnan raconta à Porthos son entrevue avec le cardinal, et tirant le brevet de sa poche:

--Tenez, mon cher, dit-il, écrivez votre nom là-dessus, et soyez bon chef pour moi.

Porthos jeta les yeux sur le brevet, et le rendit à d’Artagnan, au grand étonnement du jeune homme.

--Oui, dit-il, cela me flatterait beaucoup, mais je n’aurais pas assez longtemps à jouir de cette faveur. Pendant notre expédition de Béthune, le mari de ma duchesse est mort; de sorte que, mon cher, le coffre du défunt me tendant les bras, j’épouse la veuve. Tenez, j’essayais mon habit de noces; gardez la lieutenance, mon cher; gardez.

Et il rendit le brevet à d’Artagnan.

Le jeune homme entra chez Aramis.

Il le trouva agenouillé devant un prie-Dieu, le front appuyé contre son livre d’heures ouvert.

Il lui raconta son entrevue avec le cardinal, et tirant pour la troisième fois son brevet de sa poche:

--Vous, notre ami, notre lumière, notre protecteur invisible, dit-il, acceptez ce brevet; vous l’avez mérité plus que personne, par votre sagesse et vos conseils toujours suivis de si heureux résultats.

--Hélas, cher ami! dit Aramis, nos dernières aventures m’ont dégoûté tout à fait de la vie et de l’épée. Cette fois, mon parti est pris irrévocablement: après le siège j’entre chez les Lazaristes. Gardez le brevet, d’Artagnan, le métier des armes vous convient, vous serez un brave et aventureux capitaine.

D’Artagnan, l’œil humide de reconnaissance et brillant de joie, revint à Athos, qu’il trouva toujours attablé et mirant son dernier verre de malaga à la lueur de la lampe.

--Eh bien! dit-il, et eux aussi ont refusé ce brevet!

--C’est que personne, cher ami, n’en est plus digne que vous.

Et il prit une plume, écrivit sur le brevet le nom de d’Artagnan, et le lui remit.

--Je n’aurai donc plus d’amis, dit le jeune homme; hélas! plus rien, que d’amers souvenirs...

Et il laissa tomber sa tête entre ses deux mains, tandis que deux larmes roulaient le long de ses joues.

--Vous êtes jeune, vous, répondit Athos, et vos souvenirs amers ont le temps de se changer en doux souvenirs!

[Illustration: Il prit une plume, écrivit sur le brevet le nom de d’Artagnan et le lui remit.]

[Illustration: «--Je vous tuerai probablement à la quatrième,» lui dit-il en lui tendant la main.]

ÉPILOGUE

La Rochelle, privée du secours de la flotte anglaise et de la division, promise par Buckingham, se rendit, après un siège d’un an, le 28 octobre 1628. On signa tout aussitôt la capitulation.

Le roi fit son entrée à Paris le 23 décembre de la même année. On lui fit un triomphe comme s’il revenait de vaincre l’ennemi et non des Français. Il entra par le faubourg Saint-Jacques dans un magnifique apparat.

[Illustration: Le roi entra par le faubourg Saint-Jacques dans un magnifique apparat.]

Le cortège précédé de chars symboliques passa sous douze arcs de triomphe, où tous les dieux de l’Olympe célébraient les vertus innombrables de Louis le Victorieux. Une foule innombrable groupée sur tout le parcours du cortège acclama par des vivats enthousiastes, le retour du triomphateur.

D’Artagnan prit possession de son grade. Porthos quitta le service et épousa, dans le courant de l’année suivante, madame Coquenard: le coffre tant convoité contenait huit cent mille livres.

Mousqueton eut une livrée magnifique, et la satisfaction qu’il avait ambitionnée toute sa vie, de monter derrière un carrosse doré.

Aramis, après un long voyage en Lorraine, disparut tout à coup et cessa d’écrire à ses amis. On apprit beaucoup plus tard, par madame de Chevreuse, qui le dit à deux ou trois de ses amants, qu’il s’était décidé à prendre l’habit dans un couvent de Nancy.

Bazin devint frère lai.

Athos resta mousquetaire sous les ordres de d’Artagnan jusqu’en 1631, époque à laquelle, à la suite d’un voyage qu’il fit en Touraine, il quitta aussi le service sous prétexte qu’il venait de recueillir un petit héritage en Roussillon.

Grimaud suivit Athos.

D’Artagnan se battit trois fois avec Rochefort et le blessa trois fois.

--Je vous tuerai probablement à la quatrième, lui dit-il en lui tendant la main pour le relever.

--Il vaut donc mieux pour vous et pour moi que nous en restions là, répondit le blessé. Corbleu! je suis plus votre ami que vous ne pouvez le penser, car dès la première rencontre j’aurais pu, en disant un mot au cardinal, vous faire couper le cou.

Ils s’embrassèrent cette fois, mais de très bon cœur et sans arrière-pensée.

Planchet obtint de Rochefort le grade de sergent dans les gardes.

M. Bonacieux vivait fort tranquille, ignorant parfaitement ce qu’était devenue sa femme et ne s’en inquiétant guère. Un jour, il eut l’imprudence de se rappeler au souvenir du cardinal; le cardinal lui fit répondre qu’il allait pourvoir à ce qu’il ne manquât jamais de rien désormais.

En effet, le lendemain, M. Bonacieux, étant sorti à sept heures du soir de chez lui pour se rendre au Louvre, ne reparut plus rue des Fossoyeurs; l’avis de ceux qui parurent les mieux informés fut qu’il était nourri et logé dans quelque château royal aux frais de sa généreuse Éminence.

[Illustration: Les quatre vocations.]

[Illustration: Entrée du roi Louis XIII à La Rochelle le 28 octobre 1628.]

TABLE DES CHAPITRES DU TOME SECOND

Pages.

I.--Anglais et Français 1 II.--Un dîner de procureur 12 III.--Soubrette et maîtresse 24 IV.--Où il est traité de l’équipement d’Aramis et de Porthos 37 V.--La nuit tous les chats sont gris 49 VI.--Rêve de vengeance 60 VII.--Le secret de milady 70 VIII.--Comment, sans se déranger, Athos trouva son équipement 80 IX.--Vision 93 X.--Une vision terrible 108 XI.--Le siège de La Rochelle 118 XII.--Le vin d’Anjou 134 XIII.--L’auberge du Colombier-Rouge 145 XIV.--De l’utilité des tuyaux de poêle 156 XV.--Scène conjugale 167 XVI.--Le bastion Saint-Gervais 175 XVII.--Le conseil des mousquetaires 185 XVIII.--Affaire de famille 210 XIX.--Fatalité 229 XX.--Entre frère et sœur 240 XXI.--Officier 250 XXII.--Première journée de captivité 264 XXIII.--Deuxième journée de captivité 274 XXIV.--Troisième journée de captivité 284 XXV.--Quatrième journée de captivité 295 XXVI.--Cinquième journée de captivité 306 XXVII.--Un moyen de tragédie classique 326 XXVIII.--Évasion 335 XXIX.--Ce qui se passait à Portsmouth le 23 août 1628 348 XXX.--En France 363 XXXI.--Le couvent des Carmélites de Béthune 372 XXXII.--Deux variétés de démons 389 XXXIII.--La goutte d’eau 397 XXXIV.--L’homme au manteau rouge 417 XXXV.--Jugement 426 XXXVI.--L’exécution 438 CONCLUSION 446 ÉPILOGUE 459

[Cul-de-lampe: Armes de Charles de Bastz de Castelmore comte d’Artagnan.]

[Illustration: Constance Bonacieux--Comtesse de Winter.]

TABLE DES GRAVURES DU TOME SECOND

Pages.

FLEURON DU TITRE: Comtesse de Winter--Constance Bonacieux --Dame Coquenard III D’Artagnan se répandit en propos galants 1 «--Je vous donne la vie pour l’amour de votre sœur.» 4 «--Soyez le bienvenu, monsieur,» dit milady 9 Un grand clerc pâle vint ouvrir 14 Maître Coquenard entra poussé sur son fauteuil à roulettes par madame Coquenard et Porthos 17 Porthos ne vit que des yeux flamboyants dévorant cette sublime poule 19 Il déchira l’enveloppe malgré le cri que poussa Ketty 27 Il le lui dit tant et si bien que la pauvre enfant le crut 30 D’Artagnan prit une plume et écrivit 36 Il tira une à une de ses sales habits cent cinquante doubles pistoles 42 «--Eh bien! mon cher, c’est le cheval sur lequel je suis venu à Paris.» 45 Les deux malheureuses bêtes firent un tel bruit en soulevant le marteau 47 Elle entendit entrer d’Artagnan, mais ne releva point la tête 50 Athos l’examina et devint très pâle 55 «--Me trouver mal, moi, me prenez-vous pour une femmelette?» 59 «--Ainsi, vous m’aimez,» dit-elle 63 Elle n’essaya point d’écarter ses lèvres de son baiser 67 Sur l’une de ses belles épaules, d’Artagnan reconnut la fleur de lis 76 Milady se ruait sur lui avec d’horribles transports 77 Milady, demi-nue, criait par la fenêtre: «N’ouvrez pas!» 79 Les huées de quelques passants ne firent que précipiter sa course 81 «--Ne riez pas, mon ami,» dit d’Artagnan 82 «--Monsieur le chevalier, faites-moi quitter Paris,» dit Ketty 88 M. de Tréville les arrêta pour leur faire compliment de leurs équipages 100 D’Artagnan poussa un léger cri de joie: cette femme était madame Bonacieux 101 D’Artagnan reconnut le cardinal 104 «--Je vous suivrai des yeux, car je serai là-bas.» 112 Elle agita son mouchoir en se penchant hors de la fenêtre 114 D’Artagnan défilait avec sa compagnie et ne vit point milady qui le désignait 116-117 La balle traversa son feutre et le fit voler à dix pas 123 «--Quatre hommes de bonne volonté pour venir se faire tuer avec moi.» 126 L’un d’eux prit son fusil par le canon et s’en servit comme d’une massue 129 D’Artagnan regagna la tranchée et jeta le cadavre auprès du blessé 132 Tous trois sortirent en courant 136 Le roi arrivait avec toute sa maison et un renfort de dix mille hommes 137 Il expira dans un redoublement de tortures 141 «--Votre nom?» reprit pour la troisième fois Son Éminence 151 L’hôte se tenait sur le seuil de la porte 155 Athos fit signe à ses deux compagnons de se taire 157 Le cardinal était occupé à chercher les termes de sa lettre 165 Athos mit l’épée aux dents et suivit la route qui conduisait au camp 166 «--Le comte de La Fère!» murmura milady en pâlissant 169 «--Madame, vous allez à l’instant même me remettre ce papier.» 172 «--Eh bien! je parie que nous allons déjeuner dans le bastion Saint-Gervais.» 178 Athos approcha le canon de l’oreille de Grimaud 182 Athos ôta son chapeau, le mit au bout de son épée et l’agita en l’air 184 Les quatre mousquetaires se mirent à la besogne 186 «--Nous vous prions donc d’attendre que nous ayons fini notre repas.» 190 D’Artagnan déplia le billet d’une main tremblante 192 «--Les aurions-nous écrasés depuis le premier jusqu’au dernier,» dit Athos 197 Il avait placé une dizaine de morts dans les attitudes les plus pittoresques 203 Athos agita son drapeau 205 «--Vivent les gardes! vivent les mousquetaires!» 207 D’Artagnan passa la journée à montrer son habit de mousquetaire 211 D’Artagnan jeta le sac sur la table 217 Athos lut tout haut 224 Athos ne lâcha point la lettre qu’elle ne fût réduite en cendres 227 Milady, ivre de colère, rugissait sur le pont 229 Les huit rames retombèrent dans la mer 234 «--Eh quoi! mon frère, c’est vous?» 238 Milady poussa un rugissement sourd 245 «--Regardez cette femme... eh bien! c’est un monstre.» 248 «--Officier!» cria Grimaud 256 Le cardinal devint pâle comme un mort 259 «--Mon ami, vous allez manger ce morceau de papier.» 263 «--Comment! elle ne dort pas?» 268 «--Oh! mon Dieu, mon Dieu, que j’ai souffert,» murmura milady 270 «--Vois donc, John, comme elle sait bien tenir son couteau.» 272 «--Moi, monsieur, ma messe! lord Winter sait bien que je ne suis pas de sa religion.» 277 Le soldat de garde à sa porte s’était arrêté 281 «--Ordre de conduire à... la nommée Charlotte Backson.» 292 Elle commença le même chant religieux que la veille 294 «--Je me suis amusée à tresser cette corde.» 296 Le baron prit l’officier par le bras 304 «--Je m’aperçus avec terreur qu’un homme était debout à quelques pas de moi.» 314 «--Je le frappai au milieu de la poitrine.» 322 Felton s’appuyait sur un meuble 324 «--Le fer du bourreau s’était imprimé sur mon épaule.» 327 Il finit par tomber à genoux devant elle 329 «--Voyez, milord, voici une femme qui était sous ma garde et qui s’est tuée» 334 «--Felton! s’écria-t-elle, je suis sauvée!» 338 Milady passa tout le haut de son corps par la fenêtre 340 Tous deux restèrent suspendus, immobiles et sans souffle 341 Felton se mit à l’eau jusqu’à la ceinture 343 Felton monta le premier à l’échelle et donna la main à milady 347 «--Vous ne signerez pas cet ordre, milord.» 353 Felton lui enfonça dans le flanc le couteau jusqu’au manche 355 Buckingham put encore mettre le sachet au fond du coffret d’argent 360 Felton pâlit, porta la main à son cœur qui se brisait et comprit toute la trahison 362 Le roi et son ministre prirent congé l’un de l’autre 366 «--C’est lui! s’écria d’Artagnan; laissez-moi le rejoindre.» 369 «--_Armentières_, lut Porthos; je ne connais pas cela.» 371 «J’atteste le Dieu qui nous entend que je suis fervente catholique.» 377 «--Vous connaissez M. d’Artagnan!» s’écria la novice 384 Les deux femmes se tinrent un instant embrassées 385 «--Ah! s’écrièrent ensemble Rochefort et milady, c’est vous!» 390 Rochefort partit au grand galop de son cheval 396 Milady regardait de toute la puissance de son attention 405 «--Buvez, ce vin vous donnera des forces, buvez.» 408 «--Oh! d’Artagnan, mon bien-aimé d’Artagnan, tu viens donc enfin.» 409 Elle tomba haletante dans les bras de Porthos et d’Aramis. 411 D’Artagnan ne tenait plus qu’un cadavre entre ses bras 413 Planchet, Grimaud, Mousqueton et Bazin se présentèrent 418 L’homme eut à peine lu ces deux lignes qu’il s’inclina 421 Au milieu du chœur le corps de la victime était exposé 422 Athos revint accompagné d’un homme masqué 425 Grimaud étendit la main dans la direction de la Lys 428 Milady recula en poussant un cri 430 «--Quel est cet homme! quel est cet homme!» s’écria milady 433 Elle fit quelques pas vers ses juges en se traînant sur ses genoux 437 Arrivés au bord de l’eau, le bourreau lui lia les pieds et les mains 440 D’Artagnan tomba à genoux et pria 442 Alors on vit de l’autre rive le bourreau lever lentement les deux bras 444 «--Laissez passer la justice de Dieu.» 445 «--Morte! répéta le cardinal, n’avez-vous pas dit qu’elle était morte?» 452 «--Monseigneur, ma vie est à vous, disposez-en désormais.» 455 Il prit une plume, écrivit sur le brevet le nom de d’Artagnan et le lui remit 458 «--Je vous tuerai probablement à la quatrième,» lui dit-il en lui tendant la main 459 Le roi entra par le faubourg Saint-Jacques dans un magnifique apparat 460 CUL-DE-LAMPE FINAL: Les quatre vocations 462 TABLE DES CHAPITRES: Entrée du roi Louis XIII à La Rochelle le 28 octobre 1628 463 CUL-DE-LAMPE: Armes de Charles de Bastz de Castelmore, comte d’Artagnan 464 TABLE DES GRAVURES: Constance Bonacieux--Comtesse de Winter 465 CUL-DE-LAMPE: Georges de Villiers, duc de Buckingham 469 ACHEVÉ D’IMPRIMER: La Peinture--la Gravure sur bois--L’Imprimerie 471 COUVERTURE: Mousquetaire et Garde française. PLAT DE COUVERTURE: Le drapeau de la Maison du roi.

[Illustration: Georges de Villiers, duc de Buckingham.]

[Illustration: La Peinture--la Gravure sur bois--L’Imprimerie.]

ACHEVÉ D’IMPRIMER POUR CALMANN LÉVY, ÉDITEUR PAR CHAMEROT ET RENOUARD Le 25 novembre 1893

Tous Droits réservés.

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Corrections:

Page 6: «savait» remplacé par «saurait» (Alors, elle saurait); «faisait» par «ferait» (lui ferait perdre une partie); et «jouait» par «jouerait» (il jouerait avec elle à jeu égal).

Page 29: «interceptation» remplacé par «interception» (interception des lettres adressées).

Page 39: «béni» remplacé par «bénit» (vu que c’est pain bénit).

Page 46: «commision» remplacé par «commission» (sa commission était faite).

Page 57: ordre des paragraphes rétabli:

--Aurez-vous ce courage? dit Athos.

--Je l’aurai, répondit d’Artagnan, et à l’instant même.

--Et vous avez raison, dit d’Artagnan. Aussi, je m’en sépare; je vous avoue que cette femme m’effraye moi-même.

remplacé par:

--Et vous avez raison, dit d’Artagnan. Aussi, je m’en sépare; je vous avoue que cette femme m’effraye moi-même.

--Aurez-vous ce courage? dit Athos.

--Je l’aurai, répondit d’Artagnan, et à l’instant même.

Page 105: «MIRANE» remplacé par «MIRAME» (MIRAME, _tragédie en cinq actes_).

Page 109: «et et» remplacé par «et» (et je n’ai point de raisons).

Page 120 et suiv.: «Toirac» remplacé par «Toiras» (il avait surpris le comte de Toiras).

Page 156: «compagons» remplacé par «compagnons» (il fit signe à ses deux compagnons de se taire).

Page 159: «accompagner» remplacé par «accomplir» (en mesure d’accomplir la menace).

Page 170: d'autres éditions portent «Anne de Breuil» au lieu de «Anne de Bueil».

Page 170: «diamant» remplacé par «diamants» (les deux ferrets de diamants).

Page 179: «être» remplacé par «êtes» (--Mais vous êtes quatre, messieurs).

Page 185: d'autres éditions portent «Aramis» au lieu de «Athos» (Oui, dit Athos, c’est l’affaire de Grimaud).

Page 201: «sœur» remplacé par «belle-sœur» (il y fait mettre sa belle-sœur).

Page 216: inséré «se» (elle-même se doit de reconnaître).

Page 223: «aimai» remplacé par «aimais» (une petite lingère charmante que j’aimais fort).

Page 228: «_Think_» remplacé par «_Thank_» (_Thank you, be easy_).

Page 228: «cendre» remplacé par «cendres» (qu’elle ne fût réduite en cendres).

Page 260: il faut peut-être lire «crié» au lieu de «guetté» (Ce Grimaud a guetté bien tard).

Page 274: «vu» remplacé par «vue» (quelqu’un qui l’eût vue dormant).

Page 291: inséré «de» (Comment donc, chère sœur! dit de Winter).

Page 295: «tissue» remplacé par «tissée» (entre ses mains une corde tissée).

Page 307: «resterait» remplacé par «restait» (il ne lui restait plus que deux jours).

Page 345: «Juda» remplacé par «Judas» (grand comme Judas Macchabée).

Page 351: «demande» remplacé par «demanda» (Pourquoi le baron n’est-il pas venu lui-même? demanda Buckingham).

Page 375: «que» remplacé par «où» (du monde où nous nous trouvons placées).

Page 376: «d’étendre» remplacé par «de tendre» (s’il veut se donner la peine de tendre la main).

Page 382: d'autres éditions portent «Louvigny» au lieu de «Souvigny» (je connais M. de Souvigny).