III
Pourtant je ne sais rien, rien, pas même ton âge: Mes jours font suite au jour de ton dernier soupir, Les tiens n'ont-ils pas fait quelque immense passage Du temps qui court au temps qui n'a plus à courir?
Ont-ils joint leur durée à l'ancienne durée? Pour toi s'enchaînent-ils aux ans chez nous vécus? Ou dois-tu quelque part, immuable et sacrée, Dans l'absolu survivre à ta chair qui n'est plus?
Certes, dans ma pensée, aux autres invisible, Ton image demeure impossible à ternir, Où t'évoque mon coeur tu luis incorruptible, Mais serais-tu sans moi, hors de mon souvenir?
Servant de sanctuaire à l'ombre de ta vie, Je la préserve encor de périr en entier. Mais que suis-je? Et demain quand je t'aurai suivie, Quel ami me promet de ne pas t'oublier?
Depuis longtemps ta forme est en proie à la terre, Et jusque dans les coeurs elle meurt par lambeaux, J'en voudrais découvrir le vrai dépositaire, Plus sûr que tous les coeurs et que tous les tombeaux.