Livre II · ARISTIPPE
Le sage ne songe qu’à lui-même et à quelques amis qui lui rendent joie pour joie. Mais celui qui se préoccupe de ses concitoyens mène une vie de labeur continuel, de fatigue, d’inquiétude. Il faut qu’il contente les caprices du peuple. Or ces caprices sont changeants comme la mer et souvent impossibles à prévoir. L’homme politique doit toujours craindre la tempête et l’accusation. Il se croit le maître du peuple. Dis-moi, Antiphon, suis-je le maître de celui dont je dois satisfaire les caprices, de celui dont je dois deviner les sentiments pour les exprimer comme s’ils étaient mes sentiments ; de celui qui, si par hasard je me trompe, m’enverra en prison, en exil ou me mettra à mort ? L’esclave est d’autant plus malheureux que son maître est plus méchant et plus capricieux. Mais Démos est le plus capricieux et le plus méchant des maîtres. Et le serviteur de Démos m’apparaît le plus infortuné de tous les hommes.