‹ Les Véritables Entretiens de SocrateChapitre 77 sur 376 · Livre II · SOCRATE

Livre II · SOCRATE

Ce n’est pas moi qui ai désiré venir auprès de vous. Maintenant tu ordonnes que je m’éloigne de deux hommes méchants, et je suis heureux de t’obéir.

On vient de voir quels sentiments Socrate et Critias conservaient l’un pour l’autre. Or l’enseignement philosophique est inutile si tu ne le reçois pas d’un maître que tu aimes.

Critias et Alcibiade étaient-ils capables d’aimer quelqu’un, et surtout d’aimer un homme simple, doux et pauvre ? d’aimer, eux méchants, le meilleur des hommes ? d’aimer, eux dont toutes les vues se portaient vers le gouvernement de la République, un homme qui méprisait avec justice tout gouvernement ? eux, qui ne rêvaient que de commander, un homme qui méprisait le crime de commander plus encore que le crime d’obéir ?

Dans le temps même où ils fréquentaient Socrate, leur grand plaisir était de s’entretenir avec les hommes influents. Ils allaient vers Socrate comme vers un maître de gymnase et ils lui demandaient non de guider leur pensée mais d’assouplir leur parole. Ils ne l’écoutaient pas quand il disait contre quoi il convient de combattre, mais ils apprenaient avec lui l’art de combattre. On sait que, en manière d’exercice, Alcibiade aimait, au sortir des entretiens de Socrate, à embarrasser son tuteur Périclès. Il était très fier de telles victoires ; le lendemain, il les contait avec toute sa grâce grasseyante. Nous applaudissions par de grands rires. Je retrouve sur mes tablettes plusieurs de ces discussions telles qu’Alcibiade les récitait.

En voici une qui n’est ignorée de personne. On l’a souvent répétée et Xénophon l’a écrite au premier livre des Entretiens mémorables. Mais, encore qu’il se soit manifesté ici plus fidèle qu’à l’ordinaire, il a oublié certains traits et il en a affaibli ou déformé quelques autres. Surtout, par une négligence aussi grave qu’un mensonge, il a omis le précieux entretien entre Socrate et Alcibiade qui suivit le récit du fils de Clinias. Je copie donc mes vieilles tablettes.

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