‹ Les vies enclosesChapitre 55 sur 90 · II.

II.

Pourquoi les yeux, étant limpides, mentent-ils? Comment la vérité, dans leur indifférence, Meurt-elle en diluant ses frissons volatils? Nul n'en a vu le fond malgré leur transparence Et ce n'est que cristal fluide, à l'infini, Qui toujours se tient coi, l'air sincère et candide. Aucune passion, aucun crime ne ride Ce pouvoir dangereux d'être un étang uni. Ah! savoir!... s'y peut-on fier, sources de joie, Quand ils ont l'air d'un peu promettre de l'amour, Ou ne sont-ils qu'un clair mirage où l'on se noie? Ah! savoir!... démêler l'ombre d'avec le jour, Et connaître à la fin ce qu'ils peuvent enclore Derrière leur surface et derrière leur flore, Sous leurs nénuphars blancs -- frileuse puberté -- Plus loin, dans le recul de leur ambiguïté. En vain veut-on trier le réel du mensonge; Les yeux, nus comme l'eau, resteront clairs aussi, Bien que l'âme souvent où, pour savoir, on plonge Soit une vase au fond de leur azur transi; Mystère de cette eau des yeux toujours placide En qui l'âme dépose et si peu s'élucide.

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