VII. - VIII.
Les yeux sont des bassins d'eau changeante qui dort, Où, parmi des frissons de moires remuées, Appareille une flotte éparse de nuées, Voiles blanches qui vont vers un horizon d'or; Mais parfois certains grands nuages couleur d'encre S'immobilisent comme en quarantaine, au fond De tels beaux yeux de qui l'étiage est profond Et qui portent en eux ces nuages à l'ancre.
L'agate arborisée est pleine d'une flore Sous-marine; ainsi l'oeil -- on dirait des lacis, Une géographie aux fleuves indécis Que le verre, veiné d'ombres, aime d'enclore. Splendeur mate de la pierre opaque sous quoi Tout un spectacle intérieur qui se tient coi: Sang, feuillages, coraux, à travers de la pluie; Gazes d'insectes morts dont l'aile mal enfuie Dans ce prisme à jamais figea son petit vol; Reflets momifiés comme dans de l'alcool! Or si telle apparaît l'agate translucide C'est qu'elle est millénaire et garde en ses parois Les vestiges des très antiques désarrois... Ainsi l'oeil -- plein d'anciens rêves dont il s'oxyde, Plein de passé dont pour toujours il est imbu, Souvenirs conservés dans ses pierres charnelles Que, pareil à l'agate, il agglomère en elles... Ah! tout ce qui survit sous son cristal embu!