IX.
L'aquarium d'abord ne semble pas vivant, Inhabité comme un miroir dans un couvent; Crépuscule où toujours se reforme une brume; Il dort si pâlement qu'on le croirait posthume Et que les reflets noirs qui viennent et s'en vont Ne sont qu'ombres sans but sur un lit mortuaire Et jeux furtifs de veilleuse sur le plafond.
Pourtant dans l'eau, de temps en temps, quelque chose erre, Circule, se déplie, ou bouge obliquement; Des frissons lumineux crispent cette eau qui mue, -- Tels les spasmes de lumière du diamant! -- Un poisson sombre ondule, une herbe en deuil remue; Le sable mou du fond s'éboule comme si C'était le sablier bouleversé de l'Heure; Et quelquefois aussi, sur le cristal transi, Un monstre flasque, en trouble imagerie, affleure, Cependant que l'eau souffre, en paraissant dormir, Et sent passer, dans sa morose léthargie, Mille ombres dont elle ne cesse de frémir Qui font de sa surface une plaie élargie!
Or n'est-ce pas l'image du sommeil humain Où, dans l'eau du cerveau qu'on croit vidée et nue, Des rêves sous-marins sont sans cesse en chemin, Ah! cette vie occulte, et qui se continue!