‹ Les voix intimes: Premières PoésiesChapitre 3 sur 44 · L'ORPHELINE ET SA MÈRE

L'ORPHELINE ET SA MÈRE

Une orpheline, un jour, demandait à sa mère Pourquoi, soir et matin, elle priait Jésus? C'est que, répondit-elle, en lui je vois un père Qui remplace celui que tu n'embrasse plus!

LE DOIGT DE DIEU

Par un froid de décembre, une tremblante mère Chez un riche orgueilleux alla tendre la main; Le riche en blasphémant repoussa sa prière, Mais l'ange de la mort le foudroya soudain.

LA RECONNAISSANCE

Tout bienfaiteur a droit à la reconnaissance; L'être suprême à qui nous devons l'existence A les prémices de ce droit. C'est un devoir auquel chaque bienfait nous lie, Et l'ingrat est un monstre indigne de la vie, Un être à l'esprit trop étroit!

MA POLITIQUE

Ma politique à moi, voulez-vous la connaître? --Non, dites-vous?--Alors, ce sera plus tôt fait! D'ailleurs, je vous dirais qu'elle est encore à naître: Quoi! cela vous étonne? et pourtant c'est un fait.

A NOS FRÈRES EXILÉS

O frères, qui vivez loin de notre patrie Et qui gardez encore avec idolâtrie Les coutumes, les moeurs et la foi des aïeux, Soyez bénis! Nos coeurs caressent l'espérance Qu'un jour vous reviendrez dans la Nouvelle-France Partager nos travaux et leurs fruits glorieux!

AH! LES ENFANTS!

Bébé fait le malin depuis une heure entière, Et la faible maman ne peut le maîtriser. Soudain le père arrive et se met en colère, Mais bébé l'adoucit avec un seul baiser...

LES PARVENUS

Il est des parvenus qui croient, dans leur folie, Que la toilette et l'or éclipsent le génie, Et que tous leurs désirs doivent être exaucés. Erreur! car ici-bas le génie est le maître, Et quand ces pauvres sots s'efforcent de paraître, Ils sont pris en pitié par les hommes sensés!

TEL PÈRE, TEL FILS

Autrefois, j'ai connu, tout près de cette ville, Un gamin de neuf ans qui blasphémait déjà. «Enfant, lui dis-je un jour, cette habitude est vile. «Monsieur, répondit-il, je fais comme papa!»

LE MOT PATRIE

Le mot patrie est doux à l'oreille de l'homme; L'enfant, sans le comprendre, avec amour le nomme; L'adulte en l'entendant sent palpiter son coeur. A ce mot nous volons sur le champ de bataille, Et pour lui nous bravons le fer de la mitraille; Ce mot veut dire enfin: pays, famille, honneur!

22 octobre 1887.

LA SAINT-JEAN-BAPTISTE

A M. AMÉDÉE ROBITAILLE Président général de la société St-Jean-Baptiste.

Quand brille à l'horizon le jour de la patrie, Les Canadiens-Français, l'âme toute attendrie, Célèbrent des aïeux les vertus, les exploits; Et, léguant à l'oubli tout ce qui les divise, Ils suivent l'étendard qui porte leur devise: «Nos institutions, notre langue et nos lois!»

Ils marchent, le front haut, sur ce sol où leurs pères Ont posé les jalons de ces villes prospères Que le touriste admire aux bords du Saint-Laurent. Ils s'arrêtent parfois dans leur pèlerinage Pour saluer le nom d'un noble personnage Buriné sur l'airain d'un humble monument.

Ils vont se recueillir un instant dans le temple Sous le tendre regard de Dieu qui les contemple Et les fait triompher d'ennemis dangereux; Ils retrempent leur foi--la foi des leurs ancêtres-- Que savent leur transmettre une foule de prêtres Aussi braves et saints que Brébeuf et Buteux.

Et lorsqu'ils ont offert au ciel un pur hommage, Ils retournent chacun festoyer sous l'ombrage Des érables plantés en l'honneur de saint Jean. O les joyeux refrains que chantent les poitrines Que de mots répétés par des voix argentines Et qui mettent la joie au coeur de l'indigent...

Puis, le soir, ils s'en vont sur la place publique Où d'éloquents tribuns, à la voix sympathique, Redisent la valeur de ceux qui ne sont plus; Il sont heureux d'entendre exalter la mémoire De ces fameux héros dont nous parle l'histoire, Et jurent d'imiter leurs brillantes vertus!

O Canadiens-Français d'une même croyance, Vous dont le fier esprit égale la vaillance, Fêtez avec éclat ce jour! Portant de Carillon l'immortelle bannière Allez au champ d'honneur vénérer la poussière Des guerriers morts pour votre amour!

Juin 1889

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