IV
Ils sont les vrais fils de la France Par le caractère et le coeur, Car ou milieu de la souffrance Ils conservent leur belle humeur! Oui, toujours gais comme leurs pères, Mais plus heureux en vérité, Ils vivent désormais, prospères, Dans la paix et la liberté!
Septembre 1891.
UNE GERBE D'ACROSTICHES
A M. VICTOR BILLAUD Secrétaire de l'Académie des Muses Santones, à Royan, France.
Asile du poète, ô belle Académie, Congrès où siège seul le talent reconnu, Ah! tu daignes offrir, trop généreuse amie, Dans ton temple un fauteuil à moi, barde inconnu! Eh! que pourrais-je faire au milieu de confrères Mûris par la science et le rude labeur, Imberbe que je suis?--J'oubliais: leurs lumières Eclaireront la voie de mon esprit rêveur.
Du reste, pour avoir un titre à leur estime Et le droit précieux de suivre leurs leçons, Souvent je leur dirai dans le langage intime: Ma lyre pour la France aura toujours des sons! Unissant mes accords à ceux de nos poètes, Sulte, Gingras, Gauvreau, Fréchette et Beauchemin, En choeur nous chanterons ses brillantes conquêtes, Sa grandeur, sa richesse et son heureux destin!
Sait-elle assez comment nous l'aimons, cette France? Ah! nous le lui dirons avec un fier accent. Nous avons partagé sa gloire et sa souffrance, Terrassé ses rivaux, lutté vingt contre cent... Oui, j'accepte, Monsieur, vos offres gracieuses! Nos muses désormais franchiront l'océan; Et voyageant ensemble elles diront, joyeuses: Succès, gloire à Québec! Succès, gloire à Royan!
10 avril 1886.
LA CANADIENNE
N'oubliez pas l'héroïque gardienne De nos berceaux et de notre foyer: Chantons en choeur la femme canadienne; Et couronnons sa tête de laurier! PHILÉAS HUOT.
Le touriste qui foule un instant nos rivages Autrefois habités par des hordes sauvages, Craint-il de rencontrer au bord du Saint-Laurent, Armé d'un long poignard, quelque barbare errant? Non, car il nous connaît, admire nos victoires, Aime à venir rêver sur nos fiers promontoires D'où son regard embrasse un féerique tableau, Image suspendue entre le ciel et l'eau! Et lorsqu'il aperçoit la femme canadienne-- Noble coeur, que le ciel nous donna pour gardienne-- Nul autre objet ne peut désormais le ravir, Et son plus grand bonheur serait de la servir! Eh bien, nous qui vivons sous l'attrait de ses charmes, Nous, que sa douce voix console en nos alarmes, Gravissons le Parnasse où fleurissent les vers, Et pour elle cueillons mille bouquets divers. Ne disons pas de mal contre les autres femme, Elle nous cribleraient de fines épigrammes! Rimer en leur honneur, tel n'est pas mon désir, A leurs bardes je laisse aisément ce plaisir... La femme canadienne: oh! quel nom poétique! Et comme il fait vibrer l'âme patriotique! Sulte, Poisson, Fréchette et Legendre ont chanté Tour à tour sur leur luth ce nom si respecté!
Blonde ou brune, ses yeux brillant d'intelligence Eclairent sa figure aux traits pleins d'indulgence; L'incarnat de sa bouche aux roses fait affront L'éclat de ses cheveux pare son joli front; En un mot, d'une reine elle a l'air, l'élégance! Incapable de vivre au sein de l'ignorance-- N'ayant pour cet état que glace et que froideur-- Son esprit au travail se livre avec ardeur, Tourmente la science, et, durant des années, Recueille des moissons de choses raisonnées. Un matin, franchissant la porte du couvent, Instruite et graduée, elle dit: en avant! Travaillant derechef sous le toit domestique, Elle acquiert un art agréable et pratique.
Modestie, ô sublime et trop rare vertu! Où donc te retrouver? dis-nous, où loges-tu? Dix mille voix pourraient me répondre, attendries: Elle est dans tous les coeurs de vos femmes chéries. Silence, il ne faut pas blesser l'humilité; Taisons sur ce sujet, même la vérité, Et que sa modestie envahisse notre âme!
Douce autant que modeste, elle souffre le blâme Ou parfois le relève avec habileté-- Unissant la finesse à la franche gaîté-- Chasse de nos foyers la folle zizanie Et fait régner partout la joie et l'harmonie.
C'est pour elle un bonheur d'assister l'indigent, Hélas! abandonné par le riche souvent. Au chevet du malade, elle accourt la première, Ramène l'espérance au seuil de la chaumière, Inculque dans l'esprit des jeunes et des vieux Tout principe qui doit rendre l'homme pieux. Aux kermesse du pauvre, elle dresse la table, Badine en déployant un courage indomptable; Le riche avec plaisir lui donne à pleine main; Et grâce à son bon coeur, le pauvre aura du pain! Honneur lui soit rendu! car aux jours de souffrance, Escortant le superbe étendard de la France, Riante, elle volait toujours au premier rang. Offrant à son pays son courage et son sang... Ils ne sont plus ces jours où l'humble Canadienne Quelquefois ripostait à la balle indienne. Un autre saint devoir occupe son esprit: Enseigner à ses fils la loi de Jésus-Christ!
Sa voix--sa douce voix à nulle autre pareille-- Inspire le respect et charme notre oreille; L'orateur, le poète et le vieil érudit Ecoutent cette voix que ma muse applaudit... Pour savoir la raison du respect qu'elles inspire, Allons consulter ceux qui sont sous son empire, Et tous nous répondront avec de fiers accents: Nous savons que son coeur est pur comme l'encens! Qui de nous oserait contester à cet être Une telle vertu, la plus grande peut-être? Il serait, celui-là (j'en appelle au lecteur) Honni de tous les siens comme un vil imposteur! Oui, la Canadienne est l'honneur de notre race; Nous sommes très heureux de marcher sur sa trace. Or, le vingt-quatre juin, dans le temple avec nous, Recueillie en son âme, elle prie à genoux. Après avoir longtemps, pour sa chère patrie, Imploré les faveurs de la Vierge-Marie, Triomphante, elle vient voir ses fils, orgueilleux, Déroulant des combats les drapeaux glorieux! Elle les suit des yeux, à l'ombre de l'érable. Sourit à leur bonheur qui semble inénarrable. Ils sont heureux vraiment ces rejetons gaulois, Défenseurs, au besoin, du pays de ses lois! Oh! Dieu, qu'elle est contente et qu'elle est empressée! L'amour de la patrie enflamme sa pensée! Elle voudrait pouvoir--bénissant le Seigneur-- S'élancer dans les rangs, marcher avec honneur! Ah! mais la convenance (arbitre tyrannique Voulant que l'homme seul, sur ce sol britannique, Ait droit de s'affirmer à la face des cieux), Interdit à la femme un rôle aussi pieux. Tandis que nous faisons ce doux pèlerinage, Cher au pauvre artisan comme au grand personnage, Optant pour sa demeure, elle y vole... et bientôt N'a plus pour la patrie une pensée, un mot! Non! car elle contemple une enfant caressante: Une enfant pour son coeur vaut la patrie absente... L'on exalte partout son hospitalité, Autant que ses vertus et sa noble beauté; Car son logis (parfois une humble maisonnette Abritant une blonde ou gentille brunette), Ne saurait contenir ceux qui veulent, le soir Avides de bonheur, à son foyer s'asseoir. Déesse par la grâce et par la courtoisie-- Ignorant du flatteur la tendre hypocrisie-- Elle sait plaire à tous; même les inconnus Ne l'approchent jamais sans être bien venus. Nos ancêtres, comme elle, abhorraient l'étiquette Et savaient s'amuser à la bonne franquette. Ils modulaient gaîment et redisaient en choeur Les modestes refrains qui font battre tout coeur:
Vive la Canadienne, Vole, mon coeur, vole! etc.
La femme canadienne à pour titre de gloire Une fécondité que vantera l'histoire: Immense privilège offert par l'Éternel A celle qui comprend le devoir maternel.
Utile à son pays, cette mère admirable Remplit au Canada son rôle incomparable Avec un héroïsme inflexible, enchanteur, Inspiré par l'amour divin du Créateur. Tendre pour ses enfants, mais tendre sans faiblesse-- Désirant éloigner le vice qui les blesse-- Rébecca d'un autre âge, elle veille sur eux, Et fait naître en leur coeur des germes vigoureux... Ses enfants ont prouvé déjà qu'ils sont des hommes; Soldats, prêtres, tribuns, artisans, agronomes, En mille endroits ils ont--je le dis fièrement-- Défendu notre honneur en luttant vaillamment. Et de nos jours encore, ils combattent ensemble Sur un autre théâtre où la foi les rassemble. Adorant l'Éternel, ils défendent ses droits, Unissent leurs talents dans des combats adroits. Touché de leur amour, Dieu les immortalise En voulant que l'un d'eux soit prince de l'Église...[8] Louons la Canadienne! exaltons sa beauté. Sa gloire, ses vertus et son urbanité!
[Note 8: Son Éminence le cardinal E.-A. Taschereau.]
Juin 1889.
A MES POÉSIES
C'en est fait maintenant, pareil aux hirondelles, Partez; qu'un même but vous retrouve fidèles. Et moi, pourvu qu'en vos combats De votre foi nul coeur ne doute, Et qu'une âme en secret écoute Ce que vous lui direz tout bas... ***
Ah! mes pauvres oiseaux que j'élevais en cage, Mésanges dont les chants dissipaient ma douleur! En essaim vous volez vers un riant bocage Sans savoir que l'aspic se cache sous la fleur...
Pourquoi donc avez-vous ainsi quitté ma chambre Où le mil et l'amour vous étaient prodigués? Et votre nid moelleux toujours chaud quand décembre Saccage la ramure où trônaient vos aînés? Ivres de liberté, de gloire d'aventure: Eh! oui, voilà l'appât qui fascine et capture Si souvent les oiseaux... et même les humains!
1er Avril 1892.
TABLE
POÉSIES DIVERSES
Sujet: Les Voix intimes. Préface. Le bonheur. Renouveau. Samuel de Champlain. Envoi. La presse canadienne. La nuit de Noël. L'hirondelle. A mon père. Bouquet de violettes La St.-Jean-Baptiste. Le faubourg St-Roch. Octave Crémazie. La cité de Champlain. Un orphelin. Le mauvais artisan. Qu'est-ce que la vie? Adieu à la Nouvelle-Écosse. Louis Fréchette. Le mois des morts. Sachons lutter. La misère Aux politiciens. A mon ami M. W. Chapman. Elle est morte! Beauport. Le jour de l'An. Élégie. Au peuple canadien. L'automne. Aux célibataires. Sur l'album de Mlle D. M. A Madame B., cantatrice. Sur l'album de Mlle R. D. Sur l'album de Mlle J. M. F. Sur l'album de Mme Dr. M. F. Sur l'album de Mlle A. H. T. Un héros de 1870.
SONNETS
Montréal. Québec. Rose fanée. A M. E. Aubé, journaliste. A l'amiral Thomasset. A M.-C. Beaulieu. Le lac Beauport. A M. C. Réponse. Le printemps. A l'auteur. Réponse. A l'amiral Cavelier de Cuverville. Un nom glorieux.
HYMNES, ROMANCES, ET CHANSONNETTES
La crèche de Noël. La Canadienne. Aux raquetteurs de Sherbrooke. Chant d'adieu. Blanche, te souvient-il? Chant du club de raquette «Le Frontenac». Hymne à St-François-d'Assise. France et Canada. Chant de l'Ouvrier. Chanson des noces d'or. La Capricieuse La chanson du petit porteur. Rose, écoute-moi. Rayons et ombres. Les Canadiens.
UNE GERBE D'ACROSTICHES
A M. V. Billaud, de l'Académie des Muses Santones. La femme canadienne. A mes poésies.
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TYPOGRAPHIE DE L.-J. DEMERS ET FRÈRE 30--Rue de la Fabrique, Québec--30 ____________________