Chapitre 1
ERNEST PSICHARI
LES VOIX QUI CRIENT DANS LE DÉSERT
SOUVENIRS D’AFRIQUE
PRÉFACE DU GÉNÉRAL CH. MANGIN
PARIS LOUIS CONARD, LIBRAIRE-ÉDITEUR 6, Place de la Madeleine, 6.
MCMXX TOUS DROITS RÉSERVÉS
DU MÊME AUTEUR
_Terres de Soleil et de Sommeil_, ouvrage couronné par l’Académie française. Préface de Monseigneur Le Roy, évêque d’Alinda. 1 vol. 5 fr.
_L’Appel des Armes_. Préface de Monseigneur Baudrillart, de l’Académie française. 1 vol. 5 fr.
_Le Voyage du Centurion_. Préface de Paul Bourget, de l’Académie française. 1 vol. 5 fr.
Copyright by Louis Conard, 1920
AU LECTEUR
Le titre sous lequel nous publions cette confession angoissante figure, écrit de la main même de l’auteur, sur le manuscrit qu’il a laissé après sa mort, survenue, comme on sait, le 22 août 1914, à Saint-Vincent-Rossignol, en Belgique, où il est glorieusement tombé à l’ennemi.
Nul autre que lui n’aurait pu choisir un titre plus approprié au sujet[1]. Ces pages sont un long cri de détresse jusqu’au moment où le jeune Africain, le petit-fils d’Ernest Renan, s’apaise enfin dans la foi catholique. L’intérêt hors pair de cet ouvrage, c’est qu’il se concevait et s’exécutait au fur et à mesure qu’Ernest Psichari se convertissait. Une fois converti, pour plus de modestie, pour plus d’humilité, il se dissimula sous le nom impersonnel de Maxence dans son _Voyage du Centurion_, désormais classique. En réalité, il avait essayé, dans ce _Voyage_, de refondre _les Voix qui crient dans le Désert_. Mais, incapable de se répéter, il tira des richesses de son fond une œuvre toute différente et qui, d’ailleurs, resta inachevée, telle qu’elle fut publiée en 1915.
[1] On a aussitôt compris que le titre de ce livre a été inspiré à Ernest Psichari par le fameux verset d’Isaïe (LX, 3): _La Voix de Celui qui crie dans le Désert_, verset repris ensuite par les quatre Évangélistes successivement.
L’œuvre, au contraire, que l’on va lire--et qui a eu l’honneur de paraître dans le _Correspondant_, du 25 novembre 1919 au 25 janvier 1920--est le récit complet de la conversion d’Ernest Psichari. Comme nous l’avons marqué, _les Voix qui crient dans le Désert_ sont une confession: le _Centurion_ est un roman. C’est un roman plutôt contemplatif, tandis qu’ici l’action militaire, l’événement matériel, le _voyage_ proprement dit se mêlent sans cesse à la contemplation. On a de la sorte tout un drame mouvementé, haut et poignant, où éclate un des plus beaux cris religieux qu’on ait pu recueillir d’un cœur humain.
PRÉFACE
_Les Voix qui crient dans le Désert_.
· · ·
Il faudrait un saint comme le Père de Foucauld, officier de cavalerie, explorateur et moine, pour les annoncer au monde profane, mais le Père de Foucauld a été assassiné par ordre des Allemands dès le début de la guerre, en même temps qu’Ernest Psichari tombait héroïquement sur le champ de bataille.
Par la contemplation de la nature vierge de tout contact humain, par le silence éloquent du Désert, par l’ascétisme des privations consenties, par la magie de l’action et par la pensée longuement creusée dans la solitude, voici que revient aux croyances anciennes un libre esprit moderne, un lettré, une âme d’élite, et qui est bien difficile à convaincre: son cœur est pris, son intelligence s’incline, et il réclame la révélation à lui particulière, le Signe.
Et ce Signe vient.
Et quel décor à ce drame intime et troublant! Rien de moins monotone que le Désert, témoin de ces émouvantes péripéties. Ce soldat est fier de son épée en l’inclinant d’un large geste. Ce Français sent tout l’orgueil de sa nation, tout en respectant la noblesse des vaincus et la profondeur de leur foi. Ce lettré pense que l’œuvre intellectuelle compte bien peu devant la grandeur du sacrifice; il cite le dicton des Talebs arabes: «L’encre des savants est plus agréable à Dieu que le sang des martyrs», et il ajoute: «Malheureuse race qui n’a pas compris ce que valait la goutte de sang d’un martyr, et combien elle pesait plus que tous les livres du monde, et que l’encre s’efface, mais que la goutte de sang ne s’effacera pas!»
Quand de telles paroles s’accompagnent du sacrifice total, elles retentissent profondément dans tous les cœurs.
CH. MANGIN.
Juvisy, 14 janvier 1920.
LES VOIX QUI CRIENT
DANS LE DÉSERT