‹ L’EspagnoleChapitre 2 sur 8 · 02

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Que se passe-t-il en Espagne ? Chacun, là-dessus, a son mot à dire, ses histoires à raconter, un jugement à prononcer. C’est la mode, actuellement, d’aller faire un tour là-bas, voir un bout de révolution et de guerre civile, et revenir avec des articles plein sa plume. On ne peut plus ouvrir un journal ou une revue sans y trouver des récits d’événements d’Espagne. Comment tout cela ne serait-il pas superficiel ? Tout d’abord une transformation sociale ne peut être correctement appréciée qu’en fonction de ce qu’elle apporte à la vie quotidienne de chacun de ceux qui composent le peuple. Il n’est pas facile de pénétrer dans cette vie quotidienne. D’ailleurs chaque jour amène du nouveau. Et puis la contrainte et la spontanéité, la nécessité et l’idéal se mêlent de manière à apporter une confusion inextricable non seulement dans les faits, mais encore dans la conscience même des acteurs et spectateurs du drame. C’est même là le caractère essentiel et peut-être le plus grand mal de la guerre civile. C’est aussi la première conclusion qu’on peut tirer d’un examen rapide des événements espagnols, et ce qu’on sait de la révolution russe ne le confirme que trop. Il n’est pas vrai que la révolution corresponde automatiquement à une conscience plus haute, plus intense et plus claire du problème social. C’est le contraire qui est vrai, du moins quand la révolution prend la forme de la guerre civile. Dans la tourmente de la guerre civile, les principes perdent toute commune mesure avec les réalités, toute espèce de critérium en fonction duquel on puisse juger les actes et les institutions disparaît, et la transformation sociale est livrée au hasard. Comment pouvoir rapporter quelque chose de cohérent, après un court séjour et des observations fragmentaires ? Tout au plus si on peut exprimer quelques impressions, tirer au clair quelques leçons.

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