‹ L’Esprit de l’Institut des filles de Saint LouisChapitre 5 sur 10 · Désintéressement

Désintéressement

UN des grands avantages que vous devez tirer des grands biens de vôtre Fondation, eſt de n’avoir jamais beſoin de recevoir des dots, des legs pieux, des préſens, ce qui eſt le poiſon le plus dangereux des meilleures Communautez. Vous êtes dans une heureuſe impuiſſance de ruiner vôtre œuvre par cet endroit ; vous ne ſerez point expoſées à recevoir de mauvais ſujets, pour avoir des dots qui payent vos dettes, qui ſoutiennent les dépenſes de vos bâtimens, qui vous donnent de beaux ornemens, ou qui vous mettent en état d’étendre vôtre enclos par quelque acquiſition. Quel bonheur d’être à l’abri de tous ces pieges, de n’avoir aucun beſoin du ſiecle, de pouvoir tenir ferme pour ſes Regles, ſans craindre de rebuter des bienfaiteurs. J’eſpere, mes cheres Filles, que vous ſerez fideles à l’intention de vôtre Fondateur, qui vous a deffendu de prendre jamais le moindre petit préſent. On donne, on reçoit, on poſſede, on n’eſt plus pauvre, on veut ménager les gens à qui on donne, & de qui on peut recevoir. On a des appuis mondains hors de la ſolitude ; tout cela ſe tourne en intrigues, en inſinuations, en flatteries, en jalouſies. L’eſprit de proprieté, d’indépendance, de cachoteries, de partialitez, d’enteſtement, de diſſipation égare bientôt l’ame la plus innocente. Je conjure les Supérieures de ne ſe relâcher jamais ſur cette Regle, & j’espere que mes ſucceſſeurs employeront toute leur authorité pour prévenir un ſi grand mal.

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