IV. TOURGUENEFF. - XXXVI
Paris, 16 octobre 1857.
Mon cher ami,
Notre voyage est retardé d'un jour, c'est demain que nous partons. J'ai vu Templier[77], je lui ai parlé de notre traduction[78]. Il dit qu'il ne pourrait pas la faire paraître avant celle de Marmier[79], qui sera un peu retardée par l'envoi des épreuves à Rome.
Il y a dans le Journal des Débats un grand article de M. Ratisbonne sur Manin, très bien fait.
Voici les quelques lignes que je vous propose d'ajouter à la fin des Grands Bois[80]:
«--Allons donc, Yegor», s'écria Kondrate, qui, pendant ce temps, s'était installé sur le devant de la téléga, «viens t'asseoir à côté de moi. A quoi rêves-tu? Est-ce à ta vache?»
«--Sa vache!» répétais-je en levant les yeux sur le grave et placide visage de Yegor. Il semblait rêver en effet et regardait au loin dans la campagne qui commençait à s'assombrir déjà.
«--Oui», continua Kondrate, «il a perdu sa dernière vache cette nuit. Il n'a pas de chance, il faut l'avouer.»
«Yegor s'assit sans mot dire dans la téléga, et nous partîmes... Il savait ne pas se plaindre, lui.»
Quant aux Trois Rencontres[81], je vais tâcher de vous l'envoyer de Rome. Mais le volume est déjà assez rempli comme cela, et vous pouvez le considérer comme terminé, dès à présent.
Mille amitiés à tout Courtavenel. Je vous serre cordialement la main.
Votre tout dévoué.