IV. TOURGUENEFF. - XXXIX
Spasskoïé, 30 juillet 1858.
...Voici ce que j'ai fait pendant les neuf jours qui viennent de se passer: J'ai beaucoup travaillé à un roman que j'ai commencé et que j'espère finir pour le commencement de l'hiver[87]; puis je suis allé à la chasse à 150 verstes d'ici et j'y ai perdu inutilement cinq jours, car les marais étaient encore vides, le temps de la migration des doubles et des bécassines n'est pas encore commencé. Je m'occupe en même temps, avec mon oncle, de l'arrangement de mes rapports avec les paysans: à partir de l'automne, ils seront tous mis à l'obroc, c'est-à-dire que je leur céderai la moitié des terres pour une redevance annuelle, et je louerai des travailleurs pour cultiver les miennes. Ce ne sera qu'un état transitoire, en attendant la décision des comités[88]: mais rien de définitif ne saurait être fait d'ici là.
Je viens de vous mentionner un roman que je suis en train d'écrire. Que j'aurais été heureux de vous en soumettre le plan, de vous exposer les caractères, le but que je me suis fixé, etc.; comme j'aurais recueilli précieusement les observations que vous m'auriez faites! Cette fois-ci, j'ai longtemps médité mon sujet, et j'éviterai, je l'espère, les solutions impatientes et brusques qui vous choquaient à bon droit. Je me sens en veine de travail, et pourtant l'ardeur de la jeunesse est déjà loin de moi; j'écris avec un certain calme qui m'étonne: pourvu que l'oeuvre ne s'en ressente pas! Qui dit froid, dit médiocre.
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