‹ Lettres d'un innocentChapitre 9 sur 9 · III

III

LE CAPITAINE DREYFUS A MAÎTRE DEMANGE

Le 20 janvier 1898.

Madame,

J’ai l’honneur de vous communiquer les lettres que votre malheureux mari m’a écrites il y a trois ans, la veille et le soir même de sa dégradation. C’est bien la preuve qu’il n’a jamais cessé de protester de son innocence.

Votre respectueusement,

EDGARD DEMANGE.

· · ·

Le 3 janvier 1895. (Jeudi, midi.)

Cher Maître,

Je viens d’être prévenu que je subirai demain l’affront le plus sanglant qui puisse être fait à un soldat.

Je m’y attendais, je m’y étais préparé, le coup a cependant été terrible. Malgré tout, jusqu’au dernier moment, j’espérais qu’un hasard providentiel amènerait la découverte du véritable coupable.

Je marcherai à ce supplice épouvantable, pire que la mort, la tête haute, sans rougir.

Vous dire que mon cœur ne sera pas affreusement torturé quand on m’arrachera les insignes de l’honneur que j’ai acquis à la sueur de mon front, ce serait mentir.

J’aurais certes mille fois préféré la mort.

Mais vous m’avez indiqué mon devoir, cher Maître, et je ne puis m’y soustraire, quelles que soient les tortures qui m’attendent. Vous m’avez inculqué l’espoir, vous m’avez pénétré de ce sentiment qu’un innocent ne peut rester éternellement condamné, vous m’avez donné la foi.

Merci encore, cher Maître, de tout ce que vous avez fait pour un innocent.

Demain, je serai transféré à la Santé.

Mon bonheur serait grand si vous pouviez m’y apporter la consolation de votre parole chaude et éloquente et ranimer mon cœur brisé.

Je compte toujours sur vous, sur toute ma famille pour déchiffrer cet épouvantable mystère.

Partout où j’irai, votre souvenir me suivra, ce sera l’étoile d’où j’attendrai mon bonheur, c’est-à-dire ma réhabilitation pleine et entière.

Agréez, cher Maître, l’expression de ma respectueuse sympathie.

A. DREYFUS.

J’apprends à l’instant que la dégradation n’aura lieu que samedi. Je vous envoie quand même cette lettre.

· · ·

Prison de la Santé. (Samedi.)

Cher Maître,

J’ai tenu la promesse que je vous avais faite.

Innocent, j’ai affronté le martyre le plus épouvantable qu’on puisse infliger à un soldat; j’ai senti autour de moi le mépris de la foule; j’ai souffert la torture la plus terrible qu’on puisse s’imaginer. Et que j’eusse été plus heureux dans la tombe! Tout serait fini, je n’entendrais plus parler de rien, ce serait le calme, l’oubli de toutes mes souffrances.

Mais hélas! le devoir ne me le permet pas, comme vous me l’avez si bien montré.

Je suis obligé de vivre, je suis obligé de me laisser encore martyriser pendant de longues semaines pour arriver à la découverte de la vérité, à la réhabilitation de mon nom.

Hélas! quand tout cela sera-t-il fini, quand serai-je de nouveau heureux?

Enfin, je compte sur vous, cher Maître. Je tremble encore au souvenir de tout ce que j’ai enduré aujourd’hui, à toutes les souffrances qui m’attendent encore.

Soutenez-moi, cher Maître, de votre parole chaude et éloquente; faites que ce martyre ait une fin, qu’on m’envoie le plus vite possible là-bas où j’attendrai patiemment, en compagnie de ma femme, que l’on fasse la lumière sur cette lugubre affaire et qu’on me rende mon honneur.

Pour le moment, c’est la seule grâce que je sollicite. Si l’on a des doutes, si l’on croit à mon innocence, je ne demande qu’une seule chose pour le moment: c’est de l’air, c’est la société de ma femme; et alors j’attendrai que tous ceux qui m’aiment aient déchiffré cette lugubre affaire. Mais qu’on fasse le plus vite possible, car je commence à être à bout de résistance. C’est vraiment trop tragique, trop cruel, d’être innocent et d’être condamné pour un crime aussi épouvantable.

Pardon de ce style décousu, je n’ai pas encore mes idées à moi, je suis profondément abattu physiquement et moralement. Mon cœur a trop saigné aujourd’hui.

Pour Dieu donc, cher Maître, qu’on abrège mon supplice immérité.

Pendant ce temps, vous chercherez et j’en ai la foi, la conviction intime, vous trouverez.

Croyez-moi toujours votre dévoué et malheureux

A. DREYFUS.

· · ·

A LA MÊME LIBRAIRIE

L’AFFAIRE DREYFUS.--=Le Procès Zola= devant la Cour d’assises de la Seine et la Cour de cassation (7 février-23 février, 31 mars-2 avril 1898). Compte rendu sténographique _in extenso_ et documents annexes. Deux volumes in-8 de 500 pages. Prix =7 »=

Capitaine PAUL MARIN.--=Dreyfus?= Un fort vol. in-18 =3 50=

--=Esterhazy?= Un fort vol. in-18 =3 50=

--=Le lieutenant-colonel Picquart?= Un fort vol. in-18 =3 50=

--=Le capitaine Lebrun-Renault.= Un vol. in-18 =3 50=

A. RÉVILLE.--AFFAIRE DREYFUS.--=Les étapes d’un intellectuel.= Une brochure in-18 =1 »=

JUSTIN VANEX.--DOSSIER DE L’AFFAIRE DREYFUS. (Les points éclaircis). =Coupable ou non.= Une brochure in-8 =1 »=

E. DUCLAUX, membre de l’Institut. L’AFFAIRE DREYFUS. =Propos d’un Solitaire.= Une brochure in-18 =» 50=

--=Avant le Procès.= L’AFFAIRE DREYFUS. Une brochure in-18 =» 50=

YVES GUYOT.--=La revision du procès Dreyfus.= Faits et documents juridiques. Une brochure in-8 =2 »=

BERNARD LAZARE.--=Comment on condamne un innocent.= L’acte d’accusation contre le capitaine Dreyfus. Une brochure in-8 =» 50=

--=L’Affaire Dreyfus.= Une erreur judiciaire. (Deuxième mémoire, avec des expertises d’écritures de MM. Crépieux-Jamin, Gustave Bridier, de Rougemont, P. Moriaud, E. de Marneffe, du Gray Birch, Th. Gurrin, J.-H. Schooling, D. Carvalho, etc.) Un volume in-8 =3 50=

--=La Vérité sur l’Affaire Dreyfus.= Une erreur judiciaire. Premier mémoire (1897). Une brochure in-18 =» 50=

YVES GUYOT.--L’INNOCENT ET LE TRAÎTRE. =Dreyfus et Esterhazy.= Le devoir du garde des sceaux, ministre de la Justice. Une plaquette in-12 =» 25=

SAINT-GEORGES DE BOUHÉLIER.--AFFAIRE DREYFUS. =La Révolution en marche.= Une brochure in-18 =» 50=

JEAN TESTIS.--LA TRAHISON. =Esterhazy et Schwartzkoppen.= Une brochure in-18 =» 50=

ED. HEMEL et HENRI VARENNES.--=Le dossier du lieutenant Fabry.= Pages d’histoire judiciaire. Une brochure in-18 =1 »=

JOSEPH REINACH.--=Le Curé de Fréjus ou les preuves morales.= Une plaquette in-18 =» 25=

--=A l’île du Diable.= Une plaquette in-18 =» 10=

RAOUL ALLIER.--UNE ERREUR JUDICIAIRE AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE. =Voltaire et Calas.= Une jolie brochure in-18 =» 50=

ALFRED MEYER.--LE BÂILLON EN 1766. =Lally-Tollendal et son procès de trahison.= Un volume in-18 =1 »=

PIERRE LEDROIT.--=A la France.= Hommage à un innocent. Poème. Une plaquette in-8 =» 25=

Vincennes, Imprimerie Lucien LÉVY, 2 rue Lejemptel.