‹ Lettres familièresChapitre 129 sur 160 · LETTRE CXXVII 392.

LETTRE CXXVII 392.

Madame,
Comme vous êtes à Crécy, où il ne m’est pas permis d’aller, j’ai l’honneur de vous écrire ce qui se passa hier à l’Académie.
J’y rendis compte des ordres du Roi, et comme M. de Buffon avait prié ses amis de ne le point nommer dans les circonstances, la plupart des académiciens n’ayant plus aucun sujet se trouvèrent embarrassés, et demandèrent qu’on différât l’élection jusqu’à samedi en huit.

Madame, Piron est assez puni pour les mauvais vers qu’on dit qu’il a faits ; d’un autre côté, il en a fait de très bons. Il est aveugle, infirme, pauvre, marié, vieux. Le Roi ne lui accorderait-il pas quelque petite pension ? C’est ainsi que vous employez le crédit que vos belles qualités vous donnent, et parce que vous êtes heureuse, vous voudriez qu’il n’y eût point de malheureux.

Le feu Roi exclut La Fontaine d’une place à l’Académie à cause de ses Contes, et il la lui rendit six mois après à cause de ses Fables. Il voulut même qu’il fût reçu avant Despréaux, qui s’était présenté depuis lui.

Agréez, je vous supplie, le profond respect, etc.

(1752).

Deux jours après, Piron eut une pension de cent pistoles, et a obtenu depuis d’autres grâces. (LA PLACE, Pièces intéressantes, etc., Paris, 1787. t. V. p. 300.)

q

Page 1