LETTRE CLI.
Je finis la lecture de deux morceaux de votre préface 456, monsieur, et je prends la plume pour vous dire que j’en ai été enchanté ; et quoique je ne l’aie vue qu’au travers de mon amour-propre, parce que je m’y trouve paré comme dans un jour de fête, je ne crois pas que j’eusse pu y trouver tant de beautés, si elles n’y étaient pas. Il y a un endroit que je vous supplie de retrancher : c’est l’article qui concerne les Anglais 457, et où vous dites que j’ai fait mieux sentir la beauté de leur gouvernement que leurs auteurs même. Si les Anglais trouvent que cela soit ainsi, eux qui connaissent mieux leurs livres que nous, on peut être sûr qu’ils auront la générosité de le dire ; ainsi renvoyons leur cette question. Je ne puis m’empêcher, monsieur, de vous dire combien j ai été étonné de voir un étranger posséder si bien notre langue ; et j’ai encore des remerciements à vous faire sur mon apologie que vous faites, vous qui m’entendez si bien, contre des gens qui m’ont si mal entendu, qu’on pourrait gager qu’ils ne m’ont pas seulement lu. D’ailleurs, je dois me féliciter de ce que quelques endroits de mon livre vous ont fourni une occasion de faire l’éloge de la grande reine 458. J’ai, Monsieur, l’honneur d’être, avec des sentiments remplis de respect et de considération, etc.
De la Brède, le 5 décembre 1754.
Il n’a paru que ce discours ; nous l’avons reimprimé en tête du premier volume de l’Esprit des Lois.
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