‹ Lettres familièresChapitre 95 sur 160 · LETTRE XCIII.

LETTRE XCIII.

Mon cher Abbé, je ne vous ai point encore remercié de la place distinguée que vous m’avez donnée dans votre Triomphe291 ; vous êtes Pétrarque, et moi pas grand’chose. M. Tercier 292 m’a écrit pour me prier de vous remercier de sa part de l’exemplaire que je lui ai envoyé, et de vous dire que M. de Puylsieux avait reçu le sien avec toute sorte de satisfaction 293. Comme il n’en est venu ici que très-peu d’exemplaires, je ne pourrai pas encore vous marquer le succès de l’ouvrage ; mais j’en ai ouï dire du bien, et il me paraît que c’est de la belle poésie.

Et tefecere poetam

Pierides 294.

Je ne puis pas m’accoutumer, mon cher Abbé, à penser que vous n’êtes plus à Bordeaux : vous y avez laissé bien des amis qui vous regrettent beaucoup : je vous assure que je suis bien de ce nombre. Écrivez-moi quelquefois. J’exécuterai vos ordres à l’égard d’Huart, et du recueil de vos dissertations : vous vous mettez très-fort à la raison, et il doit sentir votre générosité. Je verrai M. de la Curne : je ferai parler à l’abbé Le Beuf ; et, s’il n’est point un bœuf, il verra qu’il y a très-peu à corriger à votre dissertation. Le président Barbot 295 devrait bien vous trouver la dissertation perdue, comme une épingle, dans la botte de foin de son cabinet. Effectivement il est bien ridicule d’avoir fait une incivilité à Madame de Pontac, en faisant tant valoir une augmentation de loyer que nous ne toucherons point, et d’avoir si mal fait les affaires de l’académie 296. Envoyez-moi ce que vous voulez ajouter aux dissertations que j’ai. Adieu, mon cher Abbé ; je vous salue et embrasse de tout mon cœur.

De Paris, le 30 octobre 1750.

Il est mort, il y a environ un an. — Édition parisienne de 1767.

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