‹ Lettres intimesChapitre 113 sur 134 · CXVIII

CXVIII

12 décembre 1864.

Mon cher Ferrand,

Je commençais à être un peu inquiet de vous; ce n'est rien: il ne s'agit que de douleurs nouvelles. Je vais faire graver votre hymne. Il y aura peut-être un peu de retard; les ouvriers graveurs et imprimeurs se sont mis en grève, et il faut que cette crise se passe. J'ai arrangé les paroles dans une mesure où vous les aviez laissées en blanc; mais il faut que vous changiez encore quelques mots; le premier, par exemple, est impossible; la syllabe muette Je est choquante sur une aussi grosse note. Cela gâte tout à fait le début.

Le premier vers du second couplet, au contraire, va très bien. Il faudrait l'imiter. Une autre invocation ô ferait merveille. Et puis, tâchez de corriger en ce jour et dès ce jour dans le même couplet.

Il y a encore une faute de prosodie aux deux parties qui disent:

Inef-fable ivresse.

L'inverse irait mieux:

Ivres-se ineffable.

Mais cela détruit le vers. Revoyez cela; il faut que vos paroles, dont le sentiment est si beau, se collent à la musique d'une façon irréprochable.

Je viens de recevoir de Vienne une dépêche télégraphique du directeur de l'Académie de chant. Il m'apprend que, hier, pour fêter mon jour de naissance, 11 décembre, on a exécuté, au concert de sa société, le double choeur de la Damnation de Faust: «Villes entourées de murs et remparts.--Jam nox stellata velamina pandit.» Le choeur a été bissé avec des acclamations immenses.

N'est-ce pas une cordiale attention allemande?

Adieu; renvoyez-moi vos corrections quand vous les aurez bien faites. Il faut que cela soit pur comme un diamant.

A vous.

· · ·

P.-S.--On ne peut pas dire non plus ve-nez, (ni de ne) pou-voir, c'est énorme.

Pourquoi ne mettez-vous pas votre nom sur le titre? Il faut l'y mettre.

Je crois aussi qu'il est nécessaire de transposer le morceau en fa; il y a des mesures qui montent trop pour les soproni et les ténors; et cela doit se chanter sans le moindre effort.

Que vous fait Jouvin? A-t-il écrit quelques nouvelles injures? C'est un parent des Gauthier de Grenoble, qui fait dans le Figaro.

Louis n'est pas encore revenu du Mexique. Il m'a écrit de la Martinique. Il a sauvé son navire au milieu d'une tempête qui a duré quatre jours et a tout brisé à son bord. En arrivant aux Antilles, il a été félicité par les autorités et nommé capitaine définitif.

Adieu à vous et aux vôtres. Si cela vous fatigue trop d'écrire, priez votre frère de vous remplacer.

Page 1