CXXIX
22 mars 1866.
Mon cher Humbert,
Je suis bien aise que le volume des _Soirées_ n'ait pas mis quinze jours à vous parvenir, comme celui des _Mémoires_. Je vais vous envoyer _les Grotesques de la musique_ et _A travers chants_. Mais je ne puis rien écrire sur ces volumes, on ne les prendrait pas à la poste.
La scène de la révolte de _Cortez_ n'est pas gravée isolément, pas plus que le choeur des _Danaïdes_. Quant au septuor, n'essayez pas, je vous en prie, de le faire chanter par vos jeunes gens. Ce serait affreux, un charivari complet, rien n'est plus certain. On ne peut, d'ailleurs, pas plus se passer du choeur que le choeur ne peut se passer du septuor.
On va jouer au Conservatoire, le dimanche de Pâques, les trois morceaux de _la Fuite en Égypte_. En attendant, voilà mon nigaud de Pasdeloup qui annonce pour Dimanche prochain l'_ouverture_ de _la Fuite en Égypte_, c'est-à-dire la petite symphonie sur laquelle les Bergers sont censés arriver auprès de l'étable de Bethléem. Je viens de lui écrire pour le prier de n'en rien faire; mais je parie qu'il s'obstinera. Cela est absurde, le morceau ne peut se séparer du choeur suivant.
J'ai vu du Boys; il se présente à l'Institut pour remplacer M. Béranger dans l'Académie des sciences morales.
Nous avons enterré hier notre confrère Clapisson. On croit que c'est Gounod qui obtiendra sa succession.
La longueur de votre lettre me fait espérer que vous allez un peu mieux.
Adieu, mon cher ami; je vous serre la main.
Tout à vous.