‹ Lettres intimesChapitre 63 sur 134 · LXIV

LXIV

23 janvier 1836.

Mon cher Humbert,

Excusez-moi de ne vous écrire que quelques mots; je suis horriblement pressé.

Je vous remercie mille fois de vos nouveaux témoignages d'amitié; vous êtes, comme je vous ai toujours connu, un homme excellent au plus généreux coeur. Que voulez-vous! il n'y a qu'heur et malheur.

Cet aimable petit M. Thiers vient de me faire perdre la place de directeur du gymnase musical, qui, d'après mon engagement, m'aurait rapporté douze mille francs par an, et tout cela en refusant d'y laisser chanter des oratorios, des choeurs et des cantates; ce qui aurait fait tort à l'Opéra-Comique!

Vous me demandez ce qu'est mon morceau du Napoléon. Ce sont bien les mauvais vers de Béranger que j'ai pris, parce que le sentiment de cette quasi-poésie m'avait semblé musical. Je crois que la musique vous ferait plaisir, malgré les vers; c'est extrêmement grand et triste, surtout la fin:

Autour de moi pleurent ses ennemis... Loin de ce roc nous fuyons en silence. L'astre du jour abandonne les cieux. Pauvre soldat, je reverrai la France, La main d'un fils me fermera les yeux.

Je voudrais bien avoir le temps de faire la musique de vos vers énergiques; il faudrait quelque chose de SABRANT; malheureusement, je n'ai pas une heure à moi pour composer.

Adieu, mon cher ami.

Tout à vous, comme toujours.

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