LXXVIII
Samedi matin, octobre 1854.
Mon cher, très cher ami,
Je suis vraiment effrayé de tous les sourires que me prodigue la fortune depuis quinze jours; vous manquiez à mon auditoire, et vous voilà!
C'est demain à deux heures précises, chez Herz, rue de la Victoire. Je vous envoie deux places de pourtour où vous pourrez vous faire accompagner; car je crains que vous ne puissiez encore vous passer d'un bras. Je n'ai plus de stalles numérotées; mais vous serez bien en arrivant de bonne heure.
Je voulais vous prier de venir dîner avec moi aujourd'hui; mais ma femme est si malade, qu'il n'y aura pas moyen (vous ne savez peut-être pas encore que je suis remarié depuis deux mois).
Je crève de joie de vous faire entendre mon nouvel ouvrage[8]. Il a un succès énorme; toutes les presses françaises, anglaises, allemandes, belges, chantent hosanna sur tous les tons, et il y a ici deux individus qui se gangrènent de rage. Rien ne manquait que votre présence.
Il faut absolument que je vous voie demain après le concert.