Scène XIII
Les Mêmes, VICTOIRE, MATHIEU
Victoire, introduit Mathieu. — Entrez, Monsieur !
Pinglet. — Eh ! le voilà !… Entrez donc, mon cher Mathieu !
Madame Pinglet. — Quelle bonne surprise !
Mathieu embrasse M Pinglet.
Pinglet. — Que c’est gentil à vous d’être venu !
Madame Pinglet, lui indiquant le canapé. — Mais, asseyez-vous donc !
Pinglet. — Donnez-moi donc votre parapluie ! Ce pauvre Mathieu ! il est trempé !
Il va le poser près de la fenêtre.
Mathieu. — Ah ! mes amis, je suis ra… je suis ra…
Pinglet. — Comment ?
Mathieu. — Je dis : je suis ra…vi de vous voir !
Madame Pinglet. — Calmez-vous, mon cher Mathieu !…
Mathieu, assis. — Mais je suis ca… je suis ca… euh !… euh !…
Pinglet. — Qu’est-ce qu’il a donc ?
Mathieu. — Ah ! mes amis ! Vous ne vous a… attendiez pas à me… hum !… voir ?
Pinglet, s’asseyant près du canapé. — Ah ! qu’est-ce qu’il a donc ? (À Mathieu.) Ah çà ! dites donc, est-ce qu’il vous est arrivé quelque chose ?
Mathieu. — Poupour… quoi ?
Pinglet. — Parce qu’il me semble… c’est très peu sensible… mais il me semble que vous vous exprimez avec une certaine difficulté.
Madame Pinglet. — En effet… et cet été, pendant les quinze jours que nous avons passés avec vous, nous ne nous sommes jamais… au contraire !
Mathieu. — Ah ! cet… été… Ah ! c’est que pendant ces quinquin… quinze jours… le temps a été su…
Pinglet. — Le temps a été su… ?
Mathieu. — Attendez, je n’ai pas fini !… Le temps a été su… hum ! (Lançant un coup de pied et hurlant.) perbe !…
Pinglet et Madame Pinglet, qui ne comprennent pas, sursautant. — Ah !… ah !
Mathieu. — Alors quand le temps est su… hum !
Même jeu.
Pinglet. — … perbe !
Mathieu. — Je parle… euh !… comme tout le monde.
Madame Pinglet. — Allons donc !
Mathieu. — Tandis qu’au contraire… quand comme maintenant il tombe des ha… ha… ha…
Pinglet. — … ricots ?
Mathieu. — Non !… llebardes !…
Pinglet. — Ça revient au même !… Ne vous pressez pas.
Mathieu. — Aussitôt mon bébé… mon bébé…
Madame Pinglet. — Votre !… Allez, ne vous pressez pas, nous vous suivons !
Mathieu. — Mon bé… gayement apparaît.
Madame Pinglet. — Oh ! que c’est curieux !
Pinglet. — Avoir comme ça un baromètre à sa disposition !…
Mathieu. — Et quand il fait de l’o… rage, plus un mot !…
Pinglet. — Muet !…
Mathieu. — Ah ! c’est bien em… em…
Pinglet. — … Bêtant !
Mathieu. — Non !
Pinglet, se levant. — Ah ! bon ! oui ! Je vous comprends !
Mathieu. — Non ! En… en… travant dans ma carrière !…
Pinglet. — Ah !… travant dans la carrière !… Et ! bien, non ! ce n’est pas ce que je…
Madame Pinglet. — Oui, oui, en effet… pour un avocat… Comment faites-vous quand vous avez à plaider ?…
Mathieu. — Et… qu’il pleut ?… Eh ! bien je… demande la remise à… à hui…
Pinglet. — … clos ?
Mathieu. — Non ! hui… (Lançant un coup de pied.) taine !…
Pinglet, sursautant. — Alors, les années pluvieuses, vous ne devez pas faire vos frais ?
Mathieu. — Perte sèche !…
Pinglet lui serre les mains. — Ce bon Mathieu !… C’est gentil de ne pas nous avoir oubliés ! À peine arrivé votre première visite est pour nous !
Mathieu. — Dame ! vous pensez bien, mon cher, qu’aucun… hum !… mon cher qu’aucun… hum !
Pinglet. — Qu’est-ce qu’il dit ?
Mathieu. — Qu’aucune visite ne me tenait plus à cœur !
Pinglet. — Ah ! bon !
Madame Pinglet. — Ce cher monsieur Mathieu, il a toujours un mot gracieux !
Mathieu. — Oh ! mais, vous savez, vous n’allez pas être quiqui… quiqui… tte à si bon compte. Je n’ai pas oublié ce que vous m’avez dit cet été : si jamais vous venez à Paris… vous ne descendrez pas ailleurs que chez nous.
Pinglet. — Mais… je l’espère bien !…
Madame Pinglet. — Ah ! c’est une charmante surprise !…
Pinglet. — Mais restez ici tant que vous voudrez : deux jours ! trois jours !… vous resterez bien trois jours ?
Mathieu. — Non !
Madame Pinglet. — Oh ! si ! voyons !
Pinglet. — Pour nous faire plaisir !
Mathieu. — Non !
Pinglet. — Mathieu ! je vais me fâcher !
Mathieu. — Non !… un mois !…
Pinglet et Madame Pinglet, un peu refroidis. — Ah ! ah ! ah ! c’est bien gentil !… bien gentil… bien gentil !
Mathieu. — Et je viens… sans façons… vous demander l’hospitalité.
Madame Pinglet. — On n’est pas plus aimable ! un mois ! vraiment ! c’est trop !
Mathieu. — Non !…
Madame Pinglet. — Je vous assure que nous craindrions d’abuser !
Mathieu. — Pas du tout !
Pinglet. — En tout cas, nous sommes bien heureux ! bien heureux !
Mathieu ôte son paletot.
Madame Pinglet, bas à Pinglet. — Dis donc, un mois ! C’est peut-être beaucoup… Nous ne sommes restés que quinze jours !
Pinglet. — Oui ! mais nous étions deux ! Ça fait le compte ! (À Mathieu.) Ah ! ce cher Mathieu !
Mathieu. — Au… au moins, je ne vous dérange pas ?
Pinglet. — Pas du tout ! voyons ! nous sommes assez largement ici pour recevoir… et puis, quoi ! vous ne tenez pas de place !… Vous arrivez en garçon avec votre valise…
Mathieu. — Ah !… c’est que je… vous réserve une surprise…
Pinglet. — Mais tant mieux, cher ami !… Angélique ! il nous réserve une surprise !…
Madame Pinglet. — Une surprise ! Ah ! que c’est gentil !… Il pense à tout !