‹ L’Hôtel du libre échangeChapitre 34 sur 59 · Scène XIV

Scène XIV

BASTIEN, puis PAILLARDIN

Bastien, sur le palier, entend le timbre. — Allons, bon ! encore quelqu’un (Apercevant Paillardin.) Ah ! c’est monsieur l’expert !…

Paillardin, apparaissant. — Mon Dieu, oui !

Bastien. — Monsieur l’expert va se coucher ?

Paillardin. — Si vous n’y voyez pas d’inconvénient !… vous avez mon bougeoir ?

Bastien. — Voilà, monsieur l’expert !

Paillardin. — Messieurs les esprits n’ont pas encore signalé leur présence ?

Bastien. — Pas que je sache, monsieur l’expert.

Il lui donne son bougeoir.

Paillardin. — Que de regrets !

Il entre à droite. Jour dans la chambre.

Bastien, à part. — Fais le matamore, va ! Fais le matamore !…

Il suit Paillardin.

Paillardin, regardant autour de lui en riant. — Eh ! bien, voilà ! C’est une chambre hantée, ça ! Ça n’en a pas l’air, mais c’est une chambre hantée ! Allons, j’espère que si les esprits sont un peu hommes du monde, ils ne feront pas trop de bruit pour me laisser dormir !

Bastien. — Que les esprits vous entendent, Monsieur l’expert !

Paillardin, voyant la boîte ouverte. — Tiens !… Eh ! bien, mes cigares !

Bastien. — Monsieur l’expert ?

Paillardin. — Je dis : mes cigares !… La boîte était pleine tout à l’heure et il en manque la moitié !… Où sont-ils passés ?

Bastien. — Je ne sais pas, Monsieur !

Paillardin. — Comment, vous ne savez pas !… Ils ne sont pas partis tous seuls !

Bastien. — Je vois ce que c’est, monsieur : c’est les esprits !

Paillardin. — Ah ! ouat !… Vous me faites rire avec vos esprits !… Des esprits fumeurs ?…

Bastien. — Pourquoi pas !… Monsieur l’est bien !…

Paillardin. — Et tenez ! tenez ! mes peignes ! mes brosses ! tout sens dessus dessous !

Bastien. — Vous voyez bien, monsieur ! Vous voyez bien !

Paillardin. — Oui ! Je commence à être édifié sur la nature des esprits qui viennent ici !… Quelque malin rançonne tout le monde sous le couvert de revenants !…

Bastien, à part. — Il n’a pas de croyances, cet homme-là !

Paillardin. — C’est bien ! laissez-moi ! Je m’expliquerai demain avec votre patron.

Bastien. — Bien, monsieur ! Bonne nuit !

Paillardin. — Bonne nuit !

Bastien, passant sur le palier. — Ce que je donnerais pour que les esprits lui flanquent une bonne tripotée, à celui-là !

Il disparaît dans l’escalier.

Paillardin. — Il y a un filou ici, c’est clair ! il y a un filou ! (Regardant sa brosse.) Ils ont même laissé des cheveux après ma brosse.

Il remet la brosse et les peignes dans son sac.

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