Chapitre 14 POUR MES FRÈRES INCONNUS
J’ai prêté le facile serment que l’on me demandait, et les Sages de la petite maison silencieuse m’ont admis pour l’un de leurs disciples.
Ce qu’ils ont commencé de m’apprendre, je n’essaiera pourtant pas de le redire.
D’abord, suis-je assuré que l’on me suivrait dans ces régions abstraites, qui paraîtraient si en dehors de ma voie ? On n’attend de moi, je le sais, que l’illusion du voyage, le reflet des mille choses sur lesquelles j’ai promené mes yeux.
Ensuite et surtout, après un semblant d’initiation qui a duré si peu de jours, comment me croirais je capable d’enseigner ? Le peu que je saurais dire ne pourrait que déséquilibrer, mener peut-être jusqu’aux terreurs du seuil, mais non plus loin.
D’ailleurs, pas plus que je n’ai découvert l’Inde, je ne prétends avoir découvert les Védas ; depuis quelques années, commencent à se répandre parmi nous des traductions, — encore bien incomplètes, il est vrai, — de ces écrits surhumains.
A mes frères inconnus, qui se comptent par légions au siècle où nous sommes, je veux donc seulement dire ceci : au fond des doctrines védiques, il y a plus de consolation qu’on ne le pense au premier abord ; et la consolation puisée là, au moins n’est pas destructible par le raisonnement, comme celle des religions révélées.
Ce recueil des Védas, qui est l’œuvre, non pas d’un homme, mais de toute une race ; qui, à côté de choses transcendantes et merveilleuses, contient aussi tant d’obscurités, de contradictions, de naïvetés enfantines ; ce recueil, touffu comme la jungle et insondable comme le gouffre éternel, les Sages de Bénarès, qui l’étudient dans le recueillement jamais troublé, sont peut-être les seuls capables de nous le rendre un peu accessible. Personne avant eux ne m’avait jamais entrouvert de tels abîmes, je n’avais entendu de telles paroles nulle part ; sur les mystères de la vie et de la mort, les Sages de Bénarès détiennent les réponses qui satisfont le mieux à l’interrogation ardente de la raison humaine ; et ils font passer devant vous de telles évidences, que l’on ne doute plus d’une continuation presque indéfinie de sa propre durée, au delà des destructions terrestres.
Cependant, il ne faut pas s’approcher à la légère de la petite maison blanche, toujours si ouverte et accueillante dans son jardin de rosiers, car elle est avant tout l’asile du renoncement et de la mort ; on ne redevient jamais tout à fait soi-même, lorsqu’une fois on a été touché, si légèrement que ce fût, par la paix qui règne là. Et c’est une épreuve terrible que d’entrevoir, même de bien loin et de bien bas, Brahm l’absolu, qui réside au fond de l’abîme obscur ; le dieu sans rapport concevable avec l’univers manifesté ; Brahm l’essentiellement ineffable. Celui qui est au delà de toute pensée, dont rien ne peut être dit, et qui ne s’exprime que par le silence.
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1.C’est la traduction littérale du nom qu’on lui donne dans l’Inde. Anuradhapura fut détruite au commencement de notre ère par la grande invasion malabare.
1.Le rocher de Trichinopoly.
1.Les rats palmistes.
1.En indien : Minakchi.
1.Sous sa forme dérivée ; le pali.
1.La grande enceinte contient deux sanctuaires. Le plus grand est dédié à Siva, sous le nom de Sundareshvar (le béni). L’autre, à gauche, vis-à-vis le Patramaral (l’étang du lys d’or), est dédié à sa femme Parvâti, que l’on appelle aussi Minakchi (la déesse aux yeux de poisson).
1.La légende indienne sur ces blocs du Nizam est que Dieu, ayant fini de créer le monde, se trouva en présence d’un surcroît de matière, non utilisée, et qu’alors il la roula dans ses doigts pour la jeter ici, au hasard, sur la terre.
1.Les grottes d’Ellora.
1.Chitore bâtie en 728 : mise à sac en 1303 par Allaudin, en 1533 par Balladur, shah de Guzerat, et complètement détruite en 1568 par Akbar.
1.L’expédition de Ceylan, relatée dans le Ramayana.
1.La ville de Jeypore.
1.Jeypore fut fondée en 1728.
2.La nourriture frugale d’un Indien coûte à peu près trois sous par jour !
1.A environ quatre-vingts lieues dans l’est de Jeypore.
1.Les plus grandes de ces statues sont celles de Parvasnath et celle du Tirthankar Adinath, fondateur de la religion Jaïna ; elles ne remontent guère au delà du XVe siècle.
2.Mutilations ordonnées par l’empereur Babar, en 1527.
1.Épouse de l’empereur Shah-Jehan, elle mourut en 1629, en donnant le jour à son huitième enfant, après quatorze ans de mariage.
2.Le Taje avait jadis de grandes portes en argent, qui furent enlevées lors du pillage d’Agra par Suraj-Mall.
1.La tour de Kulb.
2.Obélisque de vingt pieds de haut, élevé, dit l’inscription, par Raja Dhava pour célébrer sa victoire sur les peuples Valhikas, probablement vers le IIIe siècle de l’ère chrétienne ; l’unique monument en fer que l’antiquité nous ait légué.
3.Tour de deux cent quarante pieds de haut, l’une des merveilles classiques de l’lnde.
4.Restaurée en 1827.
1.Madame Annie Besant.
2.Madame Blavatzki, à laquelle il serait injuste, malgré tout, de ne pas rendre hommage, car elle a été à peu près la première à nous révéler l’existence de doctrines admirables, qui avaient dormi pendant des siècles dans certains livres sacrés de l’Inde. S’il est vrai, comme on l’affirme, et comme ses disciples mêmes ne redoutent pas de l’avouer, que, sur la fin de sa vie, grisée par son initiation, elle ait voulu jouer du miracle pour frapper certains esprits, cette faiblesse humaine n’infirme point ses mérites de révélatrice, et surtout n’entache en rien une théosophie vieille comme le monde, qui est tout à fait au-dessus de sa personnalité et à laquelle on a le tort, en général, d’associer trop étroitement son nom.
1.Paroles de Brâhmachârin.
Une édition
Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.