‹ L’Instruction populaire et le suffrage universelChapitre 11 sur 19 · X

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Le gouvernement a compris depuis longtemps l’utilité de cette moralisation et de cette culture intellectuelle des masses.

Les ministères de l’intérieur et de l’instruction publique ont patronné et encouragé plusieurs entreprises de bibliothèques communales. Mais les résultats n’ont guère répondu à leur attente. D’abord personne n’ignore que ces entreprises sont en général de véritables spéculations sur les ressources communales. Les bons livres ne se commandent pas et ne se font pas à prix d’argent. La science même est insuffisante pour les produire. Ils naissent dans certaines circonstances et quand le besoin s’en fait sentir. Il se trouve alors des écrivains, quelquefois inconnus, qui comprennent vivement ce besoin, l’étudient sous toutes ses faces et produisent en silence l’œuvre destinée à le satisfaire. Au lieu de faire fabriquer hâtivement et par des plumes inexpérimentées un nombre quelconque de livres pour l’instruction du peuple, l’administration devrait faire rechercher avec soin ces œuvres écloses naturellement, qui se répandant toutes seules grâce à leur valeur réelle et à leur opportunité, ont obtenu sans bruit et sans effort la faveur populaire. Quelques volumes choisis chaque année parmi les publications qui ont la notoriété d’un grand succès, désignés avec un certain éclat à l’attention publique et répandus dans les écoles d’adultes dont on encouragerait ainsi le développement, contribueraient puissamment à la diffusion de l’instruction générale.

Les académies et les sociétés savantes ont également essayé de faire rédiger et même de publier par elles-mêmes des livres populaires. On sait les minces résultats de la publication entreprise en 1848 par l’Académie des sciences morales et politiques. Il ne suffit pas d’être un grand écrivain ou un savant pour écrire un ouvrage de cette nature. Il faut avoir la connaissance profonde des besoins des classes laborieuses pour leur présenter la nourriture intellectuelle qui leur convient. Un homme qui aura pu vivre au milieu des ouvriers et étudier leurs besoins sera souvent mieux préparé qu’un académicien pour écrire le livre qui doit être goûté par eux et développer leur instruction morale et politique.

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