‹ L’Instruction populaire et le suffrage universelChapitre 7 sur 19 · VI

VI

La France a trente-sept millions d’habitants. Voyons le degré d’instruction générale auquel ils sont parvenus jusqu’à présent.

Il résulte de la statistique militaire, dressée en 1857, que sur 310 289 jeunes gens maintenus sur les tableaux de recensement et sur les listes de tirage, il y en avait :

C’est donc environ le tiers de ces jeunes gens qui n’avait point reçu l’instruction primaire.

La même année, 475 000 garçons sur 2 250 000 et 533 000 filles sur 2 593 000 ne fréquentaient pas les écoles.

Mais, malheureusement pour un grand nombre d’élèves inscrits, la fréquentation de l’école est presque stérile. La maladie des parents ou des enfants, la moisson, mille autres causes occasionnent des absences si fréquentes que le bénéfice de l’enseignement est entièrement perdu. La moitié au moins des enfants inscrits n’appartiennent à l’école que sur le papier.

Si l’on ajoute enfin que la plus grande partie des pères et mères sont nés dans un temps où il existait peu d’écoles, on ne s’écartera pas sensiblement de la réalité en posant comme un fait que le nombre d’hommes, de femmes et d’enfants qui savent lire et écrire en France ne dépasse pas de beaucoup la moitié de la population.

Mais si l’on demande maintenant combien dans cette moitié il y a d’individus qui utilisent cet admirable instrument de la lecture mis dès l’enfance entre leurs mains, et qui s’en servent pour étendre leurs connaissances et développer en eux le goût du vrai et le sentiment du beau et du bien, on sera bien obligé de répondre que l’instrument reste sans emploi et se rouille chez les neuf dixièmes au moins de ceux qui le possèdent, et qu’un dixième seulement, soit deux millions de Français au plus, en font réellement usage.

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