‹ L’Intendant BigotChapitre 18 sur 18 · Épilogue

Épilogue

Malgré son infernal génie et ses combinaisons savamment rusées, il était une chose que Bigot n’avait pas prévue et qui devait pourtant grandement contribuer à causer sa perte. C’était la venue au Canada d’un commissaire chargé de s’enquérir secrètement de l’administration de l’intendant et de ses affidés. Cet homme, M. le Trémis, avait été envoyé ici comme la guerre tirait à sa fin, entre la chute de Québec et la capitulation de Montréal.

« Homme d’esprit et de pénétration, dit M. Ferland, le commissaire découvrit beaucoup de spéculations qui avaient eu lieu, et dans ses observations au ministre, il détailla les circonstances qui confirmaient les inexactitudes dont la compagnie avait si souvent été accusée. »

Aussi Bigot se vit-il menacé d’une disgrâce et d’une ruine complètes, dès son arrivée en France. « C’est vous qui avez perdu la colonie, lui dit M. Berryer, lorsque l’intendant se présenta à Versailles. Vous y avez fait des dépenses énormes ; vous vous êtes permis le commerce, votre fortune est immense… votre administration a été infidèle, elle est coupable 5. »

Bigot, atterré, se retira à Bordeaux, d’où il tâcha de mettre en jeu les influences qu’il avait à la cour, entre autres celles d’un M. de la Porte, bien en place à Versailles, afin qu’elles l’aidassent à éviter l’orage. Mais ce fut en vain ; la mesure était comble, et la moindre circonstance qui la devait faire déborder ne fut pas longue à venir. Pour éviter le mécontentement, l’indignation que le peuple avait ressentis de la perte de la plus belle colonie française, le gouvernement pensa qu’il était de bonne politique de jeter en pâture à la vengeance populaire les principaux fonctionnaires que la rumeur publique accusait d’avoir hâté par leurs prévarications la perte de la Nouvelle-France.

Bigot vivait depuis quelques mois à Bordeaux dans une anxiété facile à comprendre lorsqu’il fut averti qu’il était question de l’arrêter. Que faire ? Fuir, c’était se reconnaître coupable. Mieux valait rester et tâcher de conjurer l’orage en achetant ses juges ; car il était assez riche pour le faire.

Il se rendit en conséquence à Paris pour gagner les ministres. Mais à son grand désespoir, aucun d’eux ne consentit à le recevoir. Et à peine y avait-il quatre jours qu’il était arrivé à la capitale qu’il fut arrêté et jeté à la Bastille, le 17 novembre 1761, en même temps que vingt autres prévenus accusés d’être ses complices, parmi lesquels Péan, Cadet, Corpron, Bréard, Estèbe et Pénissault, dont les noms ont plus ou moins figuré dans ce récit.

Trente autres complices, ou prétendus tels, furent aussi décrétés de prise de corps comme contumaces. Parmi ces absents qui avaient eu soin de se tenir hors des atteintes de la justice à venir, se trouvait le rusé Deschenaux, ex-secrétaire de l’intendant.

Une commission présidée par le lieutenant général de police, M. de Sartine, et composée de vingt-sept juges au Châtelet fut chargée de juger l’affaire en dernier ressort.

Bigot avait été immédiatement mis au secret. Il resta ainsi onze mois entiers sans communiquer avec personne, seul avec ses pensées sombres, le criminel intendant, jusqu’au mois d’octobre 1762, où les accusés obtinrent des conseils pour préparer leur défense.

L’instruction, qui dura jusqu’à la fin de mars 1763, mit enfin à nu toutes les hontes et les turpitudes de l’administration de Bigot. Quand il vit que les charges étaient si lourdes et les preuves si écrasantes, le misérable voulut entraîner au moins, dans sa chute, tous ceux qui avaient pris part à ses pilleries. C’est alors que l’on vit ces escrocs aux abois tourner les uns contre les autres des armes dont les blessures devaient causer leur perte, et qu’ils achevèrent ainsi eux-mêmes de convaincre les juges de leur culpabilité déjà très évidente.

Enfin, le onze janvier 1764, en place de Grève, à Paris, et dans les principales villes du royaume, notamment à Bordeaux, à la Rochelle et à Montauban, le jugement rendu par la commission fut « lu et publié à haute et intelligible voix, à son de trompe et cri public, en tous lieux et endroits ordinaires, par Philippe Rouveau, Huissier à Verge et de Police au Châtelet de Paris, accompagné de Louis-François Ambezar, Claude-Louis Ambezar, jurés-Trompettes, à ce que personne n’en prétendît cause d’ignorance 6 ».

Voici le résumé de ce jugement concernant quelques-uns des acteurs de ce drame :

D’abord, François Bigot était « dûment atteint et convaincu d’avoir, pendant le temps de son administration dans la colonie française du Canada, en l’Amérique septentrionale, toléré, favorisé et commis lui-même les abus, malversations, prévarications et infidélités mentionnés au procès, dans la partie des finances, l’une des plus importantes de celles dont il était chargé, lesquelles sont principalement quant à *l’approvisionnement des Magasins-du-Roy en marchandises 7 ».

Aussi était-il banni à perpétuité du royaume ; ses biens étaient confisqués, et on le condamnait à 1000 livres d’amende ainsi qu’à 1,500,000 livres de restitution.

Quant à ses complices, voici quelle était la teneur du jugement rendu contre les principaux d’entre eux :

Cadet, banni pour neuf ans de Paris, 500 livres d’amende, 6 millions ! de restitution ;

Pénissault, banni pour neuf ans de Paris, 500 livres d’amende, 600,000 de restitution ;

Corpron, condamné à être admonesté en la chambre, 6 livres d’aumône, 30,000 livres de restitution ; et quelques autres dont les noms n’ont point paru dans ce récit.

Bien que Péan fût mis hors de cour, attendu cependant les gains illégitimes faits par lui dans les différentes sociétés auxquelles il avait appartenu, il fut condamné, le 25 juin 1764, à restituer à S. M la somme de 600,000 livres et à garder prison au château de la Bastille jusqu’à ladite restitution.

Quant au contumace Deschenaux, il fut banni pour cinq ans de Paris et condamné à 50 livres d’amende et à 300,000 livres de restitutions 8.

Par une froide soirée de la fin de mars 1764, un homme remontait du port de la Lune, à Bordeaux, et se dirigeait en grande hâte vers le centre de la ville. Enveloppé soigneusement dans un large manteau noir, dont le collet relevé lui montait jusqu’aux oreilles, tandis qu’un feutre à large bord, tiré sur les sourcils, cachait ses traits aux passants, cet homme avançait rapidement et sans jamais regarder en face ceux qui se rencontraient sur son passage. Après avoir ainsi marché quelque temps, les pieds trempés par la neige boueuse, il profita d’un moment où il se trouvait seul pour relever la tête et s’orienter. Apercevant à sa gauche les trois tours de l’église métropolitaine de Saint-André, lesquelles ressortaient à peine du brouillard, il se dirigea de ce côté.

Arrivé en face de la cathédrale, il tourna à droite et s’engagea dans une petite rue sombre et déserte.

Au bout de cinquante pas, il s’arrêta près d’une maison à deux étages, et dont la façade n’était pas plus éclairée que la rue.

— Dieu me damne ! grommela-t-il en levant les yeux jusqu’à l’étage supérieur, tout le monde doit dormir ici. Eh bien ! réveillons-les.

Et sans plus tarder, il monta les degrés, souleva le lourd manteau de fer et frappa brusquement trois coups, dont le son se prolongea sourdement à l’intérieur de la maison.

Il attendit quelques minutes avec assez de patience, mais n’entendant aucun bruit au-dedans, il saisit de nouveau le heurtoir d’une main nerveuse et frappa à plein bras.

Une minute s’écoula bien encore sans qu’on eût paru l’entendre.

Notre homme allait réitérer son appel et se disposait à l’accentuer d’une façon plus vigoureuse encore, lorsqu’un bruissement de pas, qui venait s’approchant, à l’intérieur, frappa son oreille.

Un petit guichet, pratiqué dans la porte, s’ouvrit bientôt, et quelqu’un demanda d’une voix grondeuse et endormie :

— Qui est là ?

— Un ami de madame et qui veut lui parler à l’instant, répondit l’homme du dehors en déguisant sa voix.

— Madame ne reçoit pas à cette heure, reprit le verbe de plus en plus aigre du portier.

Et il allait refermer le guichet, lorsque l’autre lui tendit une pièce d’or, laquelle brilla à la lumière du flambeau, qui éclairait aussi, par l’ouverture, la figure rechignée du concierge.

Le visage du portier s’adoucit, quand il eut pris entre ses doigts la pièce d’or dont le poids acheva de le dérider.

— Faites-moi le plaisir de porter ce billet à madame, lui dit l’inconnu. Si elle n’est pas au lit, elle me recevra sans doute.

— Que monsieur veuille m’attendre.

Et le concierge s’éloigna, après avoir toutefois soigneusement refermé le guichet.

Dix minutes s’écoulèrent, pendant lesquelles l’homme au manteau mâchonna maints jurons tout en frappant le seuil de ses pieds refroidis.

Enfin le bruit de pas résonna de nouveau dans le vestibule, suivi cette fois d’un grincement de verrous. La porte s’ouvrit.

— Entrez, monsieur, dit le concierge.

En homme qui savait les êtres de la maison, l’inconnu traversa rapidement le vestibule et pénétra dans une grande salle du rez-de-chaussée.

Une seule bougie, qu’on venait évidemment d’allumer, éclairait l’appartement, dont les murailles étaient revêtues d’une tapisserie de haute lisse à personnages qui, dans la demi-obscurité où se trouvait la salle, semblaient des êtres vivants enveloppés des ombres silencieuses du sommeil ou des fantômes évoqués par l’approche de minuit.

Le concierge referma la porte et l’inconnu se trouva seul.

Il ôta son feutre qui dégouttait de pluie et le jeta sur un meuble. Ensuite, il rabattit le collet de son manteau dont il finit par se débarrasser entièrement et se laissa retomber dans un fauteuil.

La lumière de la bougie, qui s’épandait en plein sur sa figure, éclaira les traits de François Bigot.

Mais qu’il était changé, l’ex-intendant !

Au lieu de ce teint rosé que nous lui connaissions, ses joues étaient maintenant flasques et pâles, et toutes sillonnées de rides, tandis que sous la poudre perçaient quelques mèches de cheveux grisonnants. Son front soucieux s’était creusé sous la griffe du malheur et de l’infamie, et sur son dos courbé semblaient peser encore les voûtes du cachot de la Bastille.

— Comment va-t-elle me recevoir ? pensa Bigot.

Il passait fiévreusement la main sur son front, comme pour en effacer la tache d’infamie que la justice y avait apposée, quand une porte s’ouvrit au fond de l’appartement pour laisser entrer une femme, dont la figure était cachée par un loup de velours noir.

Bigot l’avait reconnue à sa démarche onduleuse ainsi qu’à sa taille de reine. Il se leva vivement et fit trois pas au-devant d’elle.

Mais la dame s’arrêta et, lui faisant une froide révérence, elle lui enjoignit du geste de reprendre son siège, tout en s’asseyant elle-même à une bonne distance de Bigot.

— Ah ! madame ! s’écria celui-ci, je vois bien à cet accueil glacial que votre amitié n’a pu survivre à ma prospérité disparue !

La dame voilée ne répondit point.

— Je m’en doutais ! poursuivit Bigot d’une voix amère. Aussi m’en a-t-il coûté de venir ici. Mais, en me rappelant vos serments passés, j’ai osé compter sur l’avenir en me disant que tout n’était pas perdu pour moi, puisque vous me restiez encore.

Bigot s’arrêta, pensant que Mme Péan lui répondrait. Mais elle restait muette.

La honte et la rage transportèrent Bigot, qui s’écria d’une voix où perçait la colère :

— Il est une chose, madame, à laquelle je n’avais certes pas raison de m’attendre, c’est ce dédain superbe avec lequel vous m’accueillez. Je suis, il est vrai, ruiné, flétri, taré. Mais enfin, vous le savez, qu’ai-je fait de plus que M. le major Péan, qui attend encore son procès à la Bastille ? Le même malheur ne peut-il pas lui arriver qu’à moi ?

La jeune femme se redresssa sous le coup de cette mordante vérité, puis elle s’écria, mais d’une voix étrange, sourde, et que Bigot reconnut à peine :

— D’abord, monsieur, n’insultez pas d’avance le mari dont j’ai très indignement porté le nom et à l’honneur duquel vous avez fait un si grand tort ; car il n’a pas encore été condamné, lui 9. Ensuite, laissez-moi vous dire que c’est bien mal à vous de me supposer d’aussi sordides sentiments que ceux que vous me prêtez. Fussiez-vous encore plus malheureux que vous n’êtes, je voudrais partager vos souffrances comme j’ai pris part à votre prospérité, si les plus sérieux motifs ne me faisaient maintenant un devoir de vous dire : Monsieur Bigot, tout rapport doit immédiatement cesser entre nous.

— C’est fort bien parlé, madame, répliqua l’autre avec ironie. Et je conçois que l’occasion est bien choisie pour me tourner le dos, sous prétexte de revenir à ce mari, que vous avez pourtant bien négligé jusqu’à ce jour !

— Je ne relèverai pas cette insulte, monsieur Bigot. La colère qui vous aveugle vous empêche de voir l’inconvenance de vos procédés. Je vous dirai plutôt : Oubliez-moi, et tandis qu’il en est temps encore, repentez-vous des fautes de votre vie passée. Car la patience de Dieu s’est lassée de nos crimes et sa colère s’appesantit maintenant sur nous.

— Bon ! il ne manquait plus qu’un sermon de vous pour couronner la sentence de messieurs les juges du Châtelet. Continuez, madame, j’ai acquis énormément de patience durant dix-huit mois de captivité, et j’en ai subi bien d’autres que vos pieuses considérations sur les châtiments de la Providence.

— Ne raillez pas la divinité, monsieur ; car moi, qui vais bientôt mourir, je vous dis que les vengeances de Dieu sont épouvantables !

Cette voix qui lui parlait avait quelque chose de si navrant, que Bigot en ressentit un malaise indéfinissable.

— Que dites-vous, madame ? s’écria-t-il. Vous, mourir ?

— Oui, monsieur. Un mal horrible me consume et dans quelques mois, dans quelques semaines, peut-être, j’irai rendre compte à Dieu de ma coupable vie.

— Ah ! vous voulez me tromper, Angélique ! s’écria Bigot en se jetant à genoux aux pieds de la dame. Je vous en supplie au nom de votre amour passé, ne rejetez pas un infortuné qui n’a plus d’espoir qu’en votre affection ! Ne méprisez pas trop celui qui, pour vous plaire, pour satisfaire vos moindres caprices, a tout outragé, devoir, honneur et patrie. Angélique, écoutez. Je pars demain pour l’Amérique. Prenez passage avec moi sur le Fortune. Nous donnant pour Huguenots, nous trouverons facilement un asile dans les colonies anglaises. Là, sur un coin de terre isolée, nous vivrons ignorés des hommes et pourrons encore couler d’heureux jours avec les lambeaux de ma fortune, arrachés aux griffes des recors du Châtelet. Oh ! n’est-ce pas que vous ne me refuserez point, Angélique ? Dites ! vous avez voulu m’éprouver, n’est-ce pas ? Et ce masque, qui voile encore votre figure, vous ne l’avez mis que pour me cacher les impressions de votre visage et me surprendre plus agréablement ensuite. Enlevez-le, je vous en prie, que je voie encore ces traits chéris, dont le divin rayonnement réchauffera mon cœur !

— Il ne sera pas dit, monsieur, que je vous aurai refusé ce dernier sacrifice ! repartit douloureusement la jeune femme. Mais puisse, au moins, l’horrible impression que je vais vous causer vous faire croire à la justice de ce Dieu dont vous niez l’existence et qui m’a si cruellement punie !

D’un geste nerveux elle arracha le loup de velours qui lui descendait du front jusqu’au menton.

Bigot jeta un cri affreux et se rejeta en arrière, tandis que Mme Péan, frappée de la terreur qu’éprouvait son ancien amant en apercevant sa figure, s’affaissait évanouie sur le parquet.

Un hideux cancer dévorait le visage naguère si ravissant de la coquette qui passait encore pour une perle de beauté la dernière fois que Bigot l’avait vue avant d’entrer à la Bastille. Les horribles pattes de crabe de la tumeur s’étaient enfoncées dans cette peau satinée, dans ces chairs luxuriantes, et s’étendaient maintenant presque jusqu’au front, à partir de la bouche. Les cartilages du nez avaient disparu, mettant à nu des cavités sanguinolentes et noires, tandis que la lèvre supérieure, à demi rongée, laissait à découvert la gencive et les dents.

C’était quelque chose d’effroyable à voir ; une tête de morte exhumée du sépulcre quand la putréfaction a commencé.

Bigot ne put supporter plus longtemps cette horrible apparition et s’enfuit épouvanté.

Le lendemain, il s’embarquait sur le Fortune.

Le commencement de la traversée fut des plus heureux, et le vaisseau cinglait rapidement vers les pays d’Amérique.

Après toutes les angoisses des cachots de la Bastille, et les hontes du procès, Bigot ressentait un bien-être extrême du grand calme qui se faisait dans sa vie. À part le capitaine qui savait son histoire, personne ne le connaissait à bord.

Déjà même il faisait des rêves d’avenir et l’horizon d’occident, vers lequel tendaient sa course et ses désirs, se parait à ses yeux des couleurs les plus roses.

Il avait une assez forte somme en or qu’il portait sur lui dans une ceinture de cuir. À l’aide de cet argent, il pourrait facilement reconstruire sa fortune dans les colonies anglaises où il serait complètement inconnu.

Une nuit qu’il avait regagné son cadre et rêvait à sa prochaine arrivée en Amérique, il fut soudain tiré de ses réflexions par un cri sinistre qui retentit sur le pont et que suivit un grand tumulte. Il s’habilla en un clin d’œil, passa sa ceinture autour de son corps et monta sur le tillac.

— Le feu ! le feu ! criaient les marins en courant éperdus sur le pont.

À la lumière des étoiles, Bigot entrevit en effet une épaisse fumée qui sortait par les écoutilles. Il s’approcha et aperçut une grande lueur qui tranchait sur les ténèbres épaisses du fond de cale.

Un matelot imprudent avait déposé une chandelle allumée au-dessus d’un baril de goudron, qu’on avait ouvert dans la journée pour faire quelque réparation au navire. Appelé subitement sur le pont, le marin avait oublié sa chandelle qu’un coup de tangage avait jetée tout allumée dans le goudron qui avait pris feu.

Le capitaine arriva sur le tillac au moment où Bigot y mettait le pied. Il voulut d’abord essayer de faire éteindre la flamme qui déroulait ses longs anneaux dans les flancs du navire comme un serpent qui voudrait bondir hors de sa cage. Mais il reconnut bientôt l’inutilité des efforts de tout son équipage réuni. Le foyer en était déjà trop étendu pour qu’on pût éteindre l’incendie.

— Fermez les écoutilles, et qu’on mette les chaloupes à la mer ! commanda le capitaine.

C’était tout ce qu’il restait à faire. En privant ainsi le feu de l’air extérieur, on arrêtait un peu son action dévorante et l’on retardait d’autant le désastre.

On jeta en grande hâte une boussole et quelques provisions dans chacune des deux chaloupes du bord.

Mais l’effroi s’était emparé de tous ; car on entendait sous le pont les grondements sourds de l’incendie qui dévorait avec rage les parois intérieures du vaisseau.

Aussi s’y prit-on avec tant de précipitation pour mettre la première chaloupe à l’eau que les amarres qui la retenaient, ayant été mal attachées, l’embarcation tomba lorsqu’elle n’était encore qu’à moitié chemin et s’en alla frapper contre le flanc du navire où elle s’ouvrit en deux.

Un long cri de désespoir s’éleva sur le pont et chacun se précipita vers le dernier canot.

— Attendez ! cria le capitaine.

Mais déjà matelots et passagers, pendus aux câbles, faisaient glisser l’embarcation jusqu’à l’eau.

Comme elle touchait la mer, un craquement sinistre se fit entendre sous les pieds de tous.

Une partie du pont s’écroula par le mi1ieu ; puis une longue et pétillante gerbe de feu monta en rugissant jusqu’à la grande hune.

La terreur se saisit de tous, et, sans écouter la voix du capitaine et du second qui seuls avaient gardé leur sang-froid, chacun se précipita dans le canot.

Alors ce fut une lutte horrible pour entrer dans la chaloupe. Les premiers arrivés, s’apercevant qu’elle était déjà trop chargée, voulaient repousser les autres qui se jetaient sur eux en blasphémant et disputaient leur part de vie avec l’acharnement du désespoir.

Cet affreux tableau était éclairé par l’incendie qui, après avoir léché le grand mât, prenait maintenant aux voiles dont les lambeaux enflammés s’envolaient en pétillant au vent de la nuit.

Bigot, le capitaine et son second étaient seuls restés sur le pont et s’étaient réfugiés sur le gaillard d’arrière encore à l’abri du feu.

Ils jetèrent un regard d’épouvante et d’angoisse sur la chaloupe encombrée, où se voyait un terrible fourmillement d’hommes sinistrement éclairés d’en haut.

— Les malheureux n’iront pas loin, dit le capitaine. Laissons-les s’entr’égorger pour se noyer ensuite et tâchons de couper le gui d’artimon afin de nous y soutenir après l’avoir jeté à la mer.

Avisant une hache qui se trouvait à portée de main, il s’en saisit et se mit à attaquer la pièce de bois retenue au mât d’artimon.

Il en avait à peine coupé la moitié qu’une clameur profonde s’éleva sous l’arrière du vaisseau.

Bigot se pencha sur le bastingage.

Chargée outre mesure et violemment balancée par la lutte acharnée dont elle était le théâtre, la chaloupe s’était remplie d’eau et sombrait. Le grand nombre de ceux qui la montaient, et qu’un combat corps à corps tenait enchevêtrés, s’abîma du même coup que le canot. Les quelques survivants essayèrent de regagner le vaisseau à la nage. Mais le vent gonflait toujours les voiles de misaine et d’artimon, et le navire allait plus vite que les nageurs ; tous, l’un après l’autre, disparurent sous la vague après avoir jeté un lugubre et dernier cri d’appel.

Maintenant, le feu gagnait la poupe du vaisseau. Le second prit la hache d’entre les mains fatiguées du capitaine et parvint à détacher le gui du mât.

Après avoir tranché les cordages qui le retenaient encore, les trois hommes réunirent leurs forces et poussèrent la pièce de bois sur le bord.

Il était temps, car la chaleur devenait tellement intense qu’il était impossible de rester deux minutes de plus sur le vaisseau.

Tous trois donnèrent donc une dernière poussée au gui qui, en tombant à la mer, y plongea d’abord pour surnager ensuite.

Bigot, le capitaine et le second s’y précipitèrent après l’épave et se cramponnèrent heureusement à ce bois protecteur.

Des cinquante hommes, pleins d’espérance et de vie, qui, deux heures auparavant, montaient le vaisseau, il ne restait plus que ces trois malheureux accrochés sur une pièce de bois perdue sur l’océan.

Le navire en feu s’éloignait d’eux, promenant sa trombe de flamme sous le ciel noir.

Un moment vint où le vaisseau apparut embrasé depuis la ligne de flottaison jusques aux hunes. Puis soudain, il s’enfonça sous les flots et tout redevint ténèbres.

Énervés, grelottants, les trois survivants à ce désastre passèrent la nuit sans dire un mot. Tenant embrassée l’épave protectrice, ils attendaient le jour avec anxiété, espérant d’être secourus.

Elle vint enfin cette aurore si désirée. Mais le soleil se leva derrière les nuages et le jour apparut terne et sombre comme les pensées des trois naufragés.

Longtemps, l’un après l’autre, ils se soulevèrent sur l’épave flottante pour regarder au loin s’ils n’apercevraient pas quelque voile. Mais ils ne virent rien, rien que les sillons innombrables et agités des vagues verdâtres, et au-dessus la grande coupole du ciel gris.

Après avoir proféré quelques plaintes, ils se turent en hommes qui les savaient inutiles.

Vouloir analyser leurs souffrances, durant la longue journée qui suivit, serait marcher sur les brisées du Dante et décrire des supplices de damnés.

Enfin, quand les douze heures du jour eurent égrené chacune de leurs minutes séculaires sur les infortunés, la nuit revint encore augmenter leur détresse, la nuit pleine d’horreur, la nuit épaisse où, les yeux cessant de voir, l’âme semble perdre alors le seul vrai don que Dieu voulut bien laisser à l’homme après la chute d’Adam, la divine espérance.

Trempés par l’eau de mer, transis par le vent glacial de la saison, haletants de soif et de faim, ballottés par les vagues, toujours en danger d’être submergés, perdant tout espoir d’être secourus, ils pouvaient se faire une idée de l’éternité des démons durant cette interminable nuit.

Moins habitué à la misère que ses deux compagnons, Bigot souffrait davantage. La faim, ce vautour qui fait un nouveau Prométhée de chacun des malheureux qu’elle assaille, la faim mordait ses entrailles. Sa bouche altérée soufflait la fièvre ardente qui dévorait sa poitrine aussi mise en feu par l’action de l’eau salée qu’il avait avalée pour tromper sa soif.

Alors, il se mit à blasphémer contre Dieu, ce Dieu qu’il avait tant outragé, dont il niait l’existence, alors qu’il était heureux et vers lequel, maintenant qu’il se sentait écrasé par sa main puissante, il crachait une dernière insulte.

— Honte à vous ! lui dirent les deux autres, d’outrager ainsi celui qui seul peut nous sauver.

Et comme Bigot continuait de vomir ses imprécations, le capitaine et le second lui crièrent de mettre fin à ses blasphèmes ou qu’ils le jetteraient à l’eau.

Bigot se tut enfin.

Or, il advint ensuite une étrange chose.

Le délire de la faim ayant envahi le cerveau de l’ex-intendant, il eut un vision terrible.

Il lui sembla voir le spectre du baron de Rochebrune planer sur les eaux. C’était bien lui, le vieil officier, avec son visage décharné, ses grands yeux creusés par la misère et les larmes, et ce sombre regard qu’il lançait sur l’assemblée brillante qui frémissait à ses lugubres prédictions dans la nuit de Noël mil sept cent cinquante-cinq, alors qu’il jetait à Bigot, cette malédiction suprême : « Puisse mon spectre funèbre escorte votre agonie au passage de l’éternité ! »

— Rochebrune ! cria Bigot… Encore toi !… Que me veux-tu donc, vieillard trois fois maudit ?… Que t’ai-je fait pour que tu me poursuives ainsi depuis le Canada jusqu’au donjon de la Bastille et en pleine mer ?… Tu me montres ta poitrine… c’est vrai… On dit que tu mourus de faim par la faute de mes employés… Mais je n’en savais rien… Tu ris. Oh ! tu es bien vengé, va, car je souffre les mêmes tortures, à mon tour… Combien de jours as-tu mis donc à mourir ?… Il y en a deux que j’expire, moi, et je suis encore vivant… Tu t’approches !… Oh ! ne me touche pas ! Va-t’en ! ! Va-t’en ! ! !

Et le misérable criait d’une voix tellement épouvantable que les deux hommes, qui se tenaient cramponnés à l’autre extrémité et au milieu du gui, oubliaient leur propre misère et sentaient leurs cheveux se dresser sur leur tête.

— Cet homme doit être un bien grand criminel, dit le second.

— Oui, plus encore que je ne le croyais, répondit le capitaine ; et c’est lui qui a, sans doute, attiré sur notre bord les malédictions du ciel.

La nuit se passa dans ces terreurs sans nom.

Quand la seconde aurore vint éclairer l’épave, la position des trois naufragés était désespérée. Ils sentaient leurs forces s’en aller rapidement. Par surcroît de malheur, la mer se faisait tellement grosse qu’il leur fallait d’immenses efforts pour n’être pas arrachés du gui par les vagues furieuses.

Le capitaine, qui était le moins abattu de tous, se souleva à demi sur l’épave et promena son regard autour de lui. À peine se furent-ils arrêtés sur l’ouest qu’il jeta un grand cri.

— Une voile !

Le second regarda à son tour.

— Elle vient sur nous ! dit-il.

Bigot voulut imiter ses compagnons. Mais ses forces le trahirent et il s’affaissa lourdement sur le gui, qu’il embrassa avec la frénésie de gens qui se noient.

Le navire voguait effectivement de leur côté. Si, par bonheur, il venait en droite ligne, il les atteindrait en deux heures.

Ballottés entre l’espérance et la crainte, les deux marins se soulevaient à chaque instant hors de l’eau pour constater les progrès et la direction de la course du navire en vue.

— Il vient ! il vient sur nous ! répétaient-ils avec ces transports de joie d’hommes pleins de vie, mis par un accident subit aux portes du tombeau et qui se voient tout à coup miraculeusement sauvés.

Ranimé par leurs cris, Bigot recouvra quelque peu de force.

— Nous allons donc être sauvés, dit-il. Et malgré que j’attire sur vous, à votre dire du moins, les malédictions du ciel, je ne crois pas que ce Dieu que vous craignez tant m’excepte de votre délivrance.

— Écoutez ! s’écria le capitaine, si vous continuez vos railleries impies, foi de Breton, je vous pousse à l’eau tout de suite.

La menace était si bien accentuée que Bigot n’osa pas l’affronter.

Plus d’une heure s’était écoulée depuis que le navire était en vue, et ses voiles, qui d’abord n’en paraissaient faire qu’une seule et n’étaient pas plus grandes à l’horizon que la blanche aile d’une mouette, se dessinaient clairement maintenant entre le ciel et l’eau.

— S’il ne peut pas changer son allure ! disait le capitaine avec un regard d’angoisse, dans une demi-heure nous serons sains et saufs !

Le cœur battait bien fort aux trois naufragés. La minute suprême où ils pourraient être aperçus s’approchait.

Longtemps leur appel courut sur les flots, sans être entendu de ceux qui montaient le bâtiment.

Mais comme le navire n’était plus qu’à deux cents pieds du gui flottant, la figure d’un matelot se pencha sur le bastingage, puis successivement plusieurs autres qui se mirent à crier de leur côté.

On les avait aperçus.

Il était temps, car les naufragés n’avaient plus de souffle.

On arrête le navire, une chaloupe est mise à la mer et fait force de rames à leur secours.

— Si Dieu existe, dit Bigot, après tout, c’est un brave homme !

Le capitaine va se jeter sur lui.

Mais la chaloupe arrive.

— Dépêchez-vous ! crient les matelots de l’embarcation. Un requin suit le sillage du vaisseau depuis deux jours, et dans un clin d’œil il peut être ici.

La mer est si grosse qu’il est impossible de longer de trop près l’épave contre laquelle la chaloupe pourrait se briser. Aussi, le capitaine et le second se jettent-ils à la nage. Ils gagnent en dix brassées l’embarcation à bord de laquelle ils sont hissés par des bras empressés.

Bigot veut les imiter ; mais il a compté sans ses forces épuisées et sans le poids de sa ceinture bourrée d’or, dont il ne s’était pas séparé.

À peine a-t-il lâché l’épave qu’il enfonce sous la vague.

Il veut crier, mais sa voix se perd sous l’eau.

— Le requin ! s’écrie l’un des matelots, voici le requin !

On se penche sur les rames pour voler au secours du malheureux, quitte à heurter le gui flottant.

Bigot a pu entendre le cri d’alarme.

La terreur lui donne comme un choc électrique et communique à ses muscles une vigueur inattendue.

Ses bras frappent vigoureusement la lame et sa tête remonte hors de l’eau.

Encore deux brassées, deux secondes et il atteindra l’embarcation. Mais les matelots poussent une exclamation de terreur et leurs rames s’arrêtent immobiles.

Un éclair argenté sillonne l’eau verte à trois pieds de Bigot.

Puis une grande gueule rouge bordée de dents longues et blanches jaillit hors de la mer, s’élance encore, s’ouvre et se referme avec un bruit mat sur le corps du misérable nageur.

Un seul cri, mais horrible, épouvantable, retentit. Le monstre marin rentre sous les vagues. L’eau se teint de sang et ballotte un instant quelques débris humains qui, eux aussi, finissent par disparaître sous les flots…

· · ·

Après le châtiment des hommes, était enfin venue la vengeance de Dieu.

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1.Ce Mémoire, publié en 1838 par la Société historique de Québec, abonde en renseignements sur cette sombre époque de notre histoire. Pour m’exempter de le citer trop souvent, je dirai tout de suite que j’y ai puisé presque tous les détails qui concernent Bigot et ses complices.

1.En cela Bigot tenait de sa race. On peut s’en convaincre en lisant les Historiettes de Tallemant des Réaux, où le nom des aïeux de Bigot figure honorablement à côté de ceux des grands personnages dont Tallemant raconte, avec un peu trop de détails, les amoureuses prouesses. Voir, entre autres, l’article sur M. Servien, « qui était amoureux d’une Mme Bigot, une belle femme mariée à un M. Bigot dont le père avait été procureur général du Grand Conseil ». Cette dame Bigot demeurait à Angers.

2.L’histoire nous dit que, pendant que les pauvres gens crevaient de faim dans les rues de Québec, il se faisait chez Bigot un jeu d’enfer, et que l’intendnt perdit deux cent mille francs dans une seule saison.

1.Aujourd’hui rue Saint-Vallier.

2.Au dire de M. Montpetit, qui a battu les bois – plutôt comme archéologue que comme chasseur – aux alentours de Beaumanoir, il reste des traces indiquant qu’il y eut autrefois, dans les environs du château Bigot, des chemins pratiqués dans la forêt pour la chasse à courre. La tradition rapporte que Bigot forçait les paysans de Charlesbourg, qui avaient bien peur de l’intendant, à ouvrir ces chemins.

3.Le véritable nom du valet de chambre de Bigot était Louis Froumois ; je l’ai trouvé dans les livres de comptes de mon aïeul maternel, M. Jean Taché, riche négociant de Québec, que ruina la conquête. L’histoire nous dit que M. Taché luttait, avec le parti des honnêtes gens de la colonie, contre la coterie Bigot.

1.Toutes les allusions faites aux personnages de cette scène sont exactement historiques. Voyez le Mémoire sur les affaires du Canada.

2.Historique.

1.« Le gros de la flotte anglaise arriva à l’île aux Coudres le vingt-trois juin ; plusieurs des officiers y débarquèrent, et quelques-uns s’étant éloignés pour faire la chasse, trois d’entre eux furent surpris par le sieur Desrivières qui, à la tête de quelques milices et sauvages abénaquis, s’y était mis en embuscade. » M. Ferland, vol. II, p. 572.

1.« On forma aussi un corps de cavalerie, et le S. de la Roche-Beaucourt, aide de camp de M. de Montcalm, et capitaine de cavalerie, en fut fait commandant. » Mémoire sur les affaires du Canada, p. 139.

2.Voir Tallemant des Réaux.

3.Il n’y a pas plus de trente ans encore qu’un carrosse était chose très rare dans nos campagnes. Depuis, le goût du luxe a gagné jusqu’à nos habitants et le moindre cultivateur étale maintenant avec orgueil sa wagin et son harnais américain. La calèche antique, aux oreilles monstrueuses, a presque totalement disparu de nos paroisses, et si, par hasard, l’on en aperçoit quelqu’une, le dimanche, à la porte d’une église de village, ce vénérable véhicule vous fait l’effet de se glisser honteusement entre les brillantes et légères voitures à quatre roues de notre époque.

1.Au dire de M. James Lemoine, Mme Péan demeurait dans la rue Saint-Louis, au lieu où s’élève aujourd’hui la caserne des officiers. La tradition nous dit que la maison qu’elle habitait lui avait été donnée par Bigot.

2.J’ai sous les yeux une copie de l’acte de mariage, tirée des registres de N.-D. de Québec, de « Michel-Jean-Hugues Péan, Écr., Sr. de Saint-Michel, officier des troupes du détachement de la marine entretenu en ce pays et aide-major du Québec, fils de Hugues-Jacques Péan, Écr., Seigneur de Livaudière, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, etc., (…) d’une part, et de Dlle Angélique Renaud d’Avenue, fille de feu Marie-Nicolas Renaud d’Avenue, vivant, Écr., Sr. des Meloises, seigneur de Neuville, etc. »

3.En effet, « le vingt-sept juin, la flotte anglaise débarqua une partie de ses hommes vers le haut de l’Île ». M. Ferland.

1.M. Ferland, tome II, p. 572.

2.Histoire de l’île d’Orléans, par L.P. Turcotte, p. 40 ss.

3.En relisant, dans François de Bienville, le chapitre intitulé : « Le vieux Québec », on se souviendra que l’évêché se trouvait alors à la place des bâtisses de notre parlement provincial.

4.Détails tirés du Mémoire sur les affaires du Canada.

5.Les prisons s’élevaient sur la rue Saint-Nicolas, à côté de l’endroit où se trouve aujourd’hui l’épicerie de M. Alexandre Fraser.

6.Le commencement de la rue Saint-Vallier, aujourd’hui.

7.C’est encore là que l’on met en partie le bois de chauffage de la garnison.

8.La chapelle Saint-Roch devait se trouver sur le bord de la rivière, à peu près vers l’endroit où commence maintenant la rue de la Reine.

9.J’ai pris tous ces détails à la bibliothèque de l’Université Laval sur la copie, dessinée par M. P. L. Morin, d’un plan dont l’original est déposé dans les archives du Séminaire de Québec.

1.En louant le courage et le sang-froid déployés par les marins anglais qui remorquèrent le plus formidable de ces brûlots loin de leur flotte, Knox met le bon mot qui suit dans la bouche de l’un de ces braves matelots : Dam-me, Jack, did’st thee ever take hell in tow before ?, Journal de John Knox, vol. l, p. 350.

2.« We burned and destroyed upwards of 1400 fine farrm houses, for we, during the siege, were masters of a great part of their country ; so that it is thought it will take them half a century to recover the damage. » A Journal of the expedition up the river St. Lawrence, Ec., publié dans le New York Mercury du 31 décembre 1759. M. Garneau, Histoire du Çanada.

3.Un assez fort détachement anglais restait cependant sur l’île pour garder la batterie, les magasins et l’hôpital que l’ennemi y avait établis. Voyez le journal de Knox, vol. l, p. 317 et 321.

4.Voir les oeuvres de MM. Garneau et Ferland et le Mémoire sur les affaires du Canada, etc.

5.Bien que cette tournure ne soit pas grammaticale, j’ai cru devoir la mettre quelques fois dans la bouche d’un homme du peuple. Ainsi employée, la particule on est toute canadienne.

6.Des frontières.

7.« La basse-ville, dit M. Garneau, fut entièrement incendiée dans la nuit du 8 au 9 août. La plus grande et la plus riche portion de Québec ne fut plus qu’un monceau de ruines, et quantité de citoyens, riches auparavant, se trouvèrent, par ces désastres, réduits à l’indigence. »

1.On voit dans le journal de Knox qu’il y avait un assez fréquent envoi de parlementaires, de part et d’autre, entre la ville et le camp de Wolfe.

2.Dès le commencement du siège, les femmes laissèrent, en grand nombre, la ville qui avait à subir un terrible bombardement. On voit par exemple dans le journal de M. Claude Panet sur le siège de 1759, que les dames dont les noms suivent s’étaient réfugiées à la Pointe-aux-Trembles, où elles furent faites prisonnières par les Anglais le vingt et un juillet. C’étaient mesdames Duchesnay, de Charny, sa mère, sa soeur Mlle Couillard ; les familles Joly, Mailhot et Magran étaient du nombre. D’autres cherchèrent un refuge à Beaumanoir ; madame Péan et ses amies, sans doute.

3.Historique. M. Ferland, p. 575.

4.Tous les détails de ce combat sont scrupuleusement historiques. Voyez nos historiens et le journal de M. Claude Panet, que j’ai aussi consulté.

5.« Pendant l’hiver, Stobo avait eu la permission de voyager entre Montréal et Québec, témoin de tous les préparatifs qui se faisaient pour la guerre et entendant tous les discours. » M. Ferland, vol. II, p. 510.

6.Un quatrième bâtiment avait réussi, en rasant la Pointe-Lévi, à remonter le fleuve sous le feu des canons de la ville et avait rejoint, depuis quelques jours, les trois autres dont nous avons déjà parlé.

7.On a exagéré, en effet, la difficulté d’accès présentée par la rampe du Foulon. Bien défendue, la position était forte sans doute ; mais Wolfe et ses hommes pouvaient facilement gravir ce ravin, aux pentes assez douces, sans être des aigles.

1.« Depuis que les Anglais étaient maîtres du fleuve au-dessus de la capitale, l’approvisionnement de l’armée était devenu presque impossible par eau. Il fallait faire venir les vivres des magasins de Batiscan et des Trois-Rivières par terre et, comme il n’était resté dans les campagnes que les petits enfants, les femmes et les vieillards auxquels leur infirmité n’avaient pas permis de prendre les armes, c’était avec le secours de bras si faibles qu’il fallait opérer le transport. On charria ainsi sur 271 charrettes de Batiscan à l’armée, l’espace de 18 lieues, 700 quarts de lard et de farine, la subsistance de 12 à 15 jours. » M. Garneau, Histoire du Canada, 3ème édition, vol. II, p. 331. – De semblables faits n’ont pas besoin de commentaires. Ils portent leur héroïsme avec eux.

2.On voit par le dessin des principaux édifices de Québec, fait, après le bombardement de 1759, par un officier anglais, que le palais de l’intendant n’avait pas souffert de la bombe.

3.Le fait est que, lorsque Bigot était commissaire à Louisbourg, le père de Vergor avait chaleureusement défendu le futur intendant inquiété dès lors à cause des premières exactions qu’il y avait commises.

4.« Le titre sur lequel on fondait, en public, cette amitié ne faisait honneur ni à l’un ni à l’autre ; on prétendait que l’intendant étant galant, il devait de la reconnaissance à cet officier. » Mémoire sur les affaires du Canada.

5.Bien que citée par tous nos historiens, cette lettre mérite de prendre place en ce récit : « Profitez, mon cher Vergor, de votre place, lui écrivait Bigot ; taillez, rognez, vous en avez tout le pouvoir, afin que vous puissiez bientôt venir me joindre en France et acheter un bien à portée de moi. »

6.Le siège de Beauséjour eut lieu en 1755.

7.Ceci est incroyable ; pourtant, je ne fais que suivre mot à mot, tout en l’appropriant au dialogue, le Mémoire sur les affaires du Canada. On s’étonne que Bigot ait pu imposer aussi longtemps ses volontés aux honnêtes gens qui l’entouraient à Québec. Et ce n’est que lorsqu’on étudie bien cette époque si relâchée dans l’honnêteté et les moeurs et qui vit la Pompadour régner sur la France, que l’on se rend un peu compte de la coupable indulgence de la cour à l’égard de pareils coquins que Bigot et ses affidés.

1.M. de la Roche-Beaucourt agissait maintenant sous les ordres du sieur de Bougainville, qui était venu le rejoindre vers le cinq août avec les grenadiers du régiment de Béarn, un piquet de celui de Languedoc et deux de milices.

2.

Ferland et Dussieux écrivent Bourlamaque, et M. Garneau, Bourlarmaque. Qui a raison ? « Antiquaires, répondez ! » s’écrierait ici M. James Lemoine.

3.Pour ces détails, voyez MM. Garneau et Ferland.

4.Bien que le mot aviron désigne particulièrement en Canada la pagaie, ou petite rame dont se servent les Sauvages et nos canotiers pour faire voguer leurs canots d’écorce et de bois, les écrivains français se servent indifféremment des expressions rame et aviron.

5.Historique. Voir l’oeuvre de M. Garneau.

6.« L’on entendit des coups de feu au-dessus de Québec ; dans la ville, on crut qu’un petit convoi de vivres qu’on faisait venir par eau avait été attaqué par les Anglais. »

7.Historique.

8.On peut voir encore cette maison, abandonnée maintenant, sur la terre de M. le colonel Gugy à Beauport.

9.« M. de Montcalm reçut la nouvelle inattendue de ce débarquement, à six heures du matin. » M. Garneau.

1.« On essaya de se servir encore une fois de la voie du fleuve, tout hasardeuse qu’elle était, pour faire descendre des vivres, et c’est à la suite de cette résolution que fut expédié le convoi dont nous venons de parler. » M. Garneau.

2.« Par deux soldats qui, la veille, avaient déserté, les Anglais avaient été informés que cette nuit quelques chaloupes chargées de vivres devaient descendre à Québec. » M. Ferland.

3.Historique.

4.Je ne puis m’empêcher de citer, à ce sujet, ce passage saisissant et poétique de l’Histoire de la conspiration de Pontiac par M. Francis Parkman. Il représente Wolfe, encore faible des suites de sa maladie et descendant, entouré des siens, vers le Foulon. – « He sat in the stem of one of the boats, pale and weak, but borne up to a calm height of resolution. Every order had been given, every arrangement made, and it only remained to face the issue. The ebbing tide sufficed to bear the boats along, and nothing broke the silence of the night but the gurgling of the river and the low voile of Wolfe as he repeated to the officers about him the stanzas of Gray’s elegy in a country Church yard which had recently appeared and which he had just received from England. Perhaps as he uttered those strangely appropriate words : “The paths of glory lead but to the grave,” the shadows of his own approaching fate stole with mournful prophecy across his mind. “Gentlemen, he said, as he closed his recital, I would rather have written those lines than take Quebec to-morrow.” »

5.Voyez Mémoire sur les affaires du Canada.

6.Mémoire sur les affaires du Canada.

7.Historique. Voyez M. Garneau.

8.Tout en faisant la part du drame, je tiens à montrer que cette hypothèse de trahison est assez bien fondée. Aussi vais-je citer tout le passage du Mémoire sur les affaires du Canada (p. 164, édition de 1838) qui a trait à la surprise du Foulon, en ayant soin d’en souligner les phrases qui viennent à l’appui de ma thèse.

9.M. Garneau.

10.Mémoire sur les affaires du Canada.

11.« L’armée française fuyait ; deux cents braves Canadiens se rallièrent dans la vallée, remontèrent sur le coteau ; comme des lions ils se jetèrent sur l’aile gauche de l’armée anglaise avec une fureur incroyable, arrêtèrent un moment les Anglais, permirent aux soldats de s’arrêter, et, enfin, après avoir été eux-mêmes repoussés, disputèrent le terrain pied par pied, depuis le sommet du coteau jusque dans la vallée. Ces braves gens furent presque tous tués, mais sauvèrent la vie à une grande partie de l’armée française. Quelques-uns se jetèrent dans la ville. » M. Ferland.

12.« Il demanda à Arnoux combien d’heures il avait à vivre. – Jusqu’à trois heures de cette nuit, répondit celui-ci. – Il se prépara tranquillement à la mort et avec beaucoup de présence d’esprit. Je meurs content, dit-il, puisque je laisse les affaires du roi entre bonnes mains. J’ai toujours eu une haute idée de l’intelligence et de la capacité de M. de Lévis. » M. Ferland.

13.On voit encore, dans la côte qui porte ce nom, l’ancienne demeure seigneuriale, avec pignon sur rue, de la famille de Léry.

1.Il y avait encore des loups dans nos forêts en ce temps-là.

1.« Montcalm rendit le dernier soupir le matin du quatorze septembre, et fut enterré le soir du même jour, à la lueur des flambeaux, dans l’église des religieuses ursulines, en présence de quelques officiers, dans une fosse faite le long du mur par le travail de la bombe » M. Garneau.

2.L’église du collège des jésuites a disparu ; elle occupait l’endroit où s’étend aujourd’hui la disgracieuse halle du marché de la haute-ville.

3.Le monastère et l’église des récollets n’existent plus depuis que le feu les a dévorés en 1796.

4.La description de la ruine des principaux édifices de Québec, telle que donnée ici est exacte. Je me suis guidé sur les vues de Québec dessinées après le siège de 1759 par un officier anglais, Richard Short.

5.On peut voir l’original de ce tableau du peintre espagnol, au couvent de l’Hôtel-Dieu, à Québec. Mon ami Eugène Hamel vient d’en terminer une fort belle copie pour M. l’abbé H. R. Casgrain.

6.La rue Saint-Georges n’était pas encore percée alors, et la batterie de canons qui défendait le cap, au-dessus de la rue Sault-au-Matelot, se trouvait dans l’enceinte des jardins du Séminaire, de sorte qu’on n’arrivait à la maison de Mlle de Longpré, ou de Berthe, qu’en tournant à droite le bas de la côte de Léry.

1.« Les Sauvages, qui s’étaient presque tous tenus dans les bois en arrière, pendant le combat, se répandirent sur le champ de bataille, lorsque les Français se furent éloignés à la poursuite des fuyards ; ils assommèrent quantité de blessés anglais, dont l’on trouva ensuite les chevelures étendues sur les buissons voisins. Aussitôt que le général Lévis fut informé de ces massacres, il prit les mesures les plus rigoureuses pour les faire cesser. » M. Garneau.

2.« L’église cathédrale a été entièrement consumée. Dans le Séminaire, il ne reste de logeable que la cuisine, où se retire le curé avec son vicaire. L’église de la basse-ville est entièrement détruite ; celles des récollets, des jésuites et du Séminaire sont hors d’état de servir sans de très grosses réparations. Il n’y a que celle des ursulines où l’on peut faire l’office avec quelque décence. » Lettre de Mgr de Pontbriand au ministre.

3.« Il restait dû par l’État, aux Canadiens, 41 millions en ordonnances et 7 millions en lettres de change. La créance des Canadiens, immense pour le temps, fut presque entièrement perdue pour eux. Des marchands et des officiers anglais achetèrent à vil prix une partie de ces papiers et en revendirent une portion à des facteurs français sur la place de Londres, pour de l’argent comptant. »

4.Le marquis de Vaudreuil, M. de Lévis et l’intendant laissèrent Québec le 8 septembre 1760 ; le gouverneur sur l’Aventure, M. de Lévis sur la Marie et Bigot sur le James. Les troupes avaient été embarquées sur plusieurs autres vaisseaux qui firent voile de Québec pour la France depuis le 3 octobre jusqu’au 28.

5.Ce passage est cité par M. Garneau.

6.Jugement rendu souverainement et en dernier ressort dans l’affaire du Canada, etc., à Paris. Ce volume se trouve à la bibliothèque du ministère de l’Instruction publique.

7.Voyez encore le jugement plus haut cité.

8.Voyez, outre le jugement déjà cité, l’Histoire du Canada de M. Dussieux.

9.Péan ne fut, en effet, définitivement jugé que le 25 juin 1764.

Une édition

Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.

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