‹ Livre d’images sans imagesChapitre 29 sur 34 · VINGT-HUITIÈME SOIRÉE.

VINGT-HUITIÈME SOIRÉE.

« Un calme profond régnait sur la mer, me disait la Lune, l’eau était transparente comme le pur éther que je traversais ; à une grande profondeur au-dessous de la surface, je pouvais voir ces plantes étranges qui, semblables aux arbres gigantesques de la forêt, étendaient leurs énormes bras vers moi ; les poissons nageaient par-dessus leurs cimes. Une troupe de cygnes sauvages passait à une grande hauteur dans l’air ; l’un d’eux, dont les ailes étaient fatiguées, s’abaissait de plus en plus vers la mer ; il suivait des yeux la caravane qui, d’un vol léger et rapide, s’éloignait de plus en plus ; il tenait les ailes déployées et tombait comme tombe la bulle de savon dans l’air tranquille ; il toucha la surface de l’eau ; la tête repliée entre ses ailes, il flottait comme le nénufar blanc sur un lac tranquille. Un vent léger s’éleva et rida la surface brillante de la mer qui, dans son éclat, ressemblait à l’éther, roulant ses larges vagues. Le cygne leva la tête et l’eau phosphorescente couvrait, en jaillissant, sa poitrine et son dos comme d’un feu bleuâtre. Le soleil, à son lever, éclairait les nuages de ses feux ; le cygne ranimé reprit son essor et se dirigea vers le soleil levant, vers la côte bleuâtre où la troupe de ses frères l’avait précédé ; mais il voyageait seul, le cœur gonflé de vagues désirs ; solitaire, il passait au-dessus des vagues bleues et frémissantes. »