‹ Livre d’images sans imagesChapitre 3 sur 34 · DEUXIÈME SOIRÉE.

DEUXIÈME SOIRÉE.

« Hier, c’est ainsi que me parlait la Lune, j’ai regardé dans une cour étroite, tout entourée de maisons. Il y avait là une poule avec onze poussins ; une gentille petite fille gambadait autour de leur nid ; la poule se mit à glousser, et, pleine de frayeur, elle couvrit ses petits de ses ailes. Survint le père de la petite fille ; il la gronda, et je passai mon chemin sans penser davantage à ce que j’avais vu.

« Mais ce soir, il y a de cela quelques minutes seulement, j’ai regardé encore dans cette même cour. Tout y était tranquille ; mais bientôt arrivait la petite fille ; elle se glissait à pas furtifs jusqu’au poulailler, et, après avoir repoussé le verrou de la porte, elle entrait chez la poule et ses petits ; les poussins criaient de frayeur et agitaient leurs petites ailes ; la petite fille courait après eux. Je pouvais voir tout cela, car je regardais par un petit trou dans le mur. Je me fâchais contre cette méchante enfant, et j’étais bien aise de voir le père venir gronder sa fille plus fort qu’hier et la prendre par le bras. La tête de l’enfant était penchée en arrière, ses grands yeux bleus se remplissaient de grosses larmes. « Que fais-tu ici ? » lui demandait son père. Elle pleurait. « Je voudrais embrasser la poule, disait-elle enfin, mais je n’osais pas te le dire. » Le père embrassait le front de cette chère enfant si naïve, tandis que moi je lui baisais les yeux et la bouche. »