SCÈNE III
MADAME AUBIN
Quelle affaire ! Est-ce vraiment que je rêve, à la fin ?…
Se jetant sur un canapé qui eût pu devenir dangereux tantôt.
Un peu d’ordre dans mes pauvres idées. Là…
Elle appuie des doigts sur son front.
Oui, ce que je disais à M. Peltier, c’était pourtant vrai. J’étais une enfant gâtée quand Aubin m’a prise. Il m’a gâtée aussi, lui, et voilà peut-être d’où vient le mal. Je m’accoutumais à continuer mon enfance et ma jeunesse dans l’état de mariage. Je fus volontaire, exigeante, capricieuse. Dans les commencements mon mari trouvait cela charmant, puis il se lassa. Querelles, duretés de sa part, bouderies de la mienne. Sept ans après Peltier parut. Un homme charmant certes, mais moins qu’Aubin, maintenant que je vois bien les choses. Et ce sot départ est bien plus encore de ma faute, au fond, que de la sienne. Un moment de dépit féminin dont, avec nos mœurs, un homme est louable de profiter. — Je ne pouvais lui donner tort tout à l’heure de vouloir ce que sous-entendait notre fugue innocente encore et dont un peu d’énergie m’a aidée à conserver le caractère de folie sans plus. — Mais quoi, tandis que je me redis ces choses, deux hommes aimables qui m’aiment tous deux et dont décidément j’aime mieux l’un, mon mari, se battent pour moi, ô misère ! comme si j’étais une fille. Et au fait ! O punition ! Moi, moi ! Quelle angoisse, et quelle situation ! Et l’avenir ? Pourtant cette douce parole d’Aubin tout à l’heure… Je n’en suis que plus misérable d’attendre si lui ou l’autre… J’ai tout de même résisté ; et il y a eu un moment où j’y ai eu du mérite. Mais ce voyage ! Et cette attente ! — Mon Dieu, vous à qui l’on doit croire malgré toutes les stupides opinions des gens d’aujourd’hui, mon Dieu, ayez pitié de moi dans ma misère !
Long silence pendant lequel elle reste prostrée.