‹ Ma chère mamanChapitre 2 sur 13 · Chapitre 2 Mes mémoires ou Moi au naturel

Chapitre 2 Mes mémoires ou Moi au naturel

Chap.  IV.  Privations.

Chap.  V.  Époques mémorables.

Chap.  VI.  Portrait au moral.

Chap.  VII.  Résolution importante.

Chap.  VIII.  Ce que je fus et ce que j’aurais pu être.

Chap.  IX.  Principes respectables.

Chap.  X.  Mes goûts.

Chap.  XI.  Mes aversions.

Chap.  XII.  Analyse de ma vie.

Chap.  XIII.  Récompenses du ciel.

Chap.  XIV. Mon épitaphe.

Chap.  XV.  Épître dédicatoire.

CHAPITRE I. – MA NAISSANCE.

En 1765, je sortis des ténèbres pour apparaître au grand jour. On me mesura, on me pesa, on me baptisa. Je naquis sans savoir pourquoi et mes parents remercièrent le Ciel sans savoir de quoi.

CHAPITRE II. – MON ÉDUCATION.

On m’apprit toutes sortes de choses et toutes espèces de langues. À force d’être impudent et charlatan je passai quelquefois pour un savant. Ma tête est devenue une bibliothèque dépareillée, dont j’ai gardé la clef.

CHAPITRE III. – MES SOUFFRANCES.

Je fus tourmenté par les maîtres, par les tailleurs qui me faisaient des habits étroits, par les femmes, par l’ambition, par l’amour-propre, par les regrets inutiles, par les souverains et par les souvenirs.

CHAPITRE IV. – PRIVATIONS.

J’ai été privé de trois grandes jouissances de l’espèce humaine : du vol, de la gourmandise et de l’orgueil.

CHAPITRE V. – ÉPOQUES MÉMORABLES.

À trente ans j’ai renoncé à la danse, à quarante à plaire au beau sexe, à soixante à penser et je suis devenu un vrai sage ou égoïste, ce qui est synonyme.

CHAPITRE VI. – PORTRAIT AU MORAL.

Je fus entêté comme une mule, capricieux comme une coquette, gai comme un enfant, paresseux comme une marmotte, actif comme Bonaparte, et le tout à volonté.

CHAPITRE VII. – RÉSOLUTION IMPORTANTE.

N’ayant pu jamais me rendre maître de ma physionomie, je lâchai la bride à ma langue et je contractai la mauvaise habitude de penser tout haut. Cela me procura quelques jouissances et beaucoup d’ennemis.

CHAPITRE VIII. – CE QUE JE FUS ET CE QUE J’AURAIS PU ÊTRE.

J’ai été très sensible à l’amitié, à la confiance, et si j’étais né pendant l’âge d’or, j’aurais été peut-être un bonhomme tout à fait.

CHAPITRE IX. – PRINCIPES RESPECTABLES.

Je n’ai jamais été impliqué dans aucun mariage 1 ni aucun commérage ; je n’ai jamais recommandé ni cuisinier, ni médecin, par conséquent je n’ai attenté à la vie de personne.

CHAPITRE X. – MES GOÛTS.

J’ai aimé une petite société, une promenade dans les bois. J’avais une vénération involontaire pour le soleil, et son coucher m’attristait souvent. En couleur c’était le bleu ; en manger le bœuf au naturel ; en boisson, l’eau fraîche ; en spectacle, la comédie et la farce ; en hommes et en femmes, la physionomie ouverte et expressive. Les bossus des deux sexes avaient pour moi un charme que je n’ai jamais pu définir.

CHAPITRE XI. – MES AVERSIONS.

J’avais de l’éloignement pour les sots et pour les faquins, pour les femmes intrigantes qui jouent la vertu ; un dégoût pour l’affectation de la piété, pour les hommes teints et les femmes fardées ; de l’aversion pour les rats, les liqueurs, la métaphysique et la rhubarbe ; de l’effroi pour la justice et les bêtes enragées.

CHAPITRE XII. – ANALYSE DE MA VIE.

J’attends la mort sans crainte, comme sans impatience. Ma vie a été un mauvais mélodrame à grand spectacle, dans lequel j’ai joué les héros, les tyrans, les amoureux, les pères nobles, mais jamais les valets.

CHAPITRE XIII. – RÉCOMPENSES DU CIEL.

Mon grand bonheur est d’être indépendant des trois individus qui régissent l’Europe. Comme je suis assez riche, le dos tourné aux affaires et assez indifférent à la musique, je n’ai par conséquent rien à démêler avec Rothschild, Metternich et Rossini.

CHAPITRE XIV. – MON ÉPITAPHE.

ICI ON A POSÉ

POUR SE REPOSER,

AVEC UNE ÂME BLASÉE,

UN CŒUR ÉPUISÉ

ET UN CORPS USÉ,

UN VIEUX DIABLE TRÉPASSÉ ;

MESDAMES ET MESSIEURS, PASSEZ !

CHAPITRE XV. – ÉPITRE DÉDICATOIRE AU PUBLIC

Chien de Public ! organe discordant des passions ! toi qui élèves au ciel et qui plonges dans la boue, qui prônes et calomnies sans savoir pourquoi ; image du tocsin, écho de toi-même ; tyran absurde échappé des petites-maisons ; extrait des venins les plus subtils et des parfums les plus suaves ; représentant du diable auprès de l’espèce humaine ; furie masquée en charité chrétienne ; Public ! que j’ai craint dans ma jeunesse, respecté dans l’âge mûr et méprisé dans ma vieillesse, c’est à toi que je dédie ces mémoires, gentil Public ! Enfin je suis hors de ton atteinte, car je suis mort, et par conséquent sourd, aveugle et muet. Puisses-tu jouir de ces avantages pour ton repos et pour celui du genre humain.

Un des plaisirs du comte Rostoptchine était de s’en aller au Jardin des Plantes et d’y observer les différents animaux ; les singes l’amusaient tout particulièrement ; il y assista un jour à deux scènes du plus haut comique dont ma bonne mère m’a raconté les amusants détails.

En premier lieu ce fut un jeune singe qui s’acharnait à suivre une vieille guenon sur la queue de laquelle il marchait pas à pas avec un soin satanique ; l’infortunée la laissait traîner probablement pour cause d’épuisement sénile. La victime criait, essayant de regimber, mais impitoyablement suivie par le singe taquin et opiniâtre dans sa malice.

La seconde scène eut lieu entre un fils et sa mère. Le visiteur leur ayant offert un gâteau, le petit voulut le prendre, mais il dut s’enfuir les mains vides, vertement souffleté par la guenon égoïste et gourmande ; le jeune singe furieux et déçu résolut de se venger. Il guetta donc le moment où sa mère, le dos tourné, savourait le gâteau pour lui jeter prestement une poignée de sable à la tête. Désagréablement interrompue dans son occupation, la guenon sursauta et regarda le coupable… Celui-ci affectait une attitude nonchalante et mordillait innocemment un brin de paille.

La gourmande se remit à manger… Nouvelle attaque de la part du fils rancuneux ! La mère se méfiant alors le surveilla du coin de l’œil, et à la troisième poignée de sable elle s’élança, saisit le petit polisson et le fouetta de main de maître !

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