L’ARBRE-A-LAIT
L’arbre-à-lait de Bernadette, c’est sa mère.
L’enfant, comme un fruit entre deux branches suspendu, se gonfle de suc, tenue entre les bras.
La bouche de la téteuse se prend au sein où les veines dessinent une voie lactée, et la sève aspirée s’épand dans ces petits os, ces mignons ongles, cette peau de rose, y fixe ses gracieux éléments, et fait de Bernadette un trésor composé de la fleur du minéral.
Souvent, alors qu’aucune bise ne l’agite, l’arbre maternel saisi de joie chante.
LE RIRE
Heu! Heu! Heu! fait Bernadette en riant.
La lampe brille, le feu danse, la chienne ronfle, les fauteuils sont vieux.
Heu! Heu!
Bernadette a tant bu que deux gouttes glissent de sa bouche facétieuse et luisent sur les côtés du menton.
Heu! Heu! Heu!
Les sourires de Bernadette ont passé à travers le ciel de son regard et répercutent l’écho de la lumière des anges.
Heu! Heu!
La voici dans son berceau, éveillée. La joie éclaire sa face qui éclaire le berceau et le berceau éclaire les parents.
Heu! Heu! Heu!
L’Automne s’élève de nouveau et ruisselle sur le feu des arbres d’ornement.
Ha!
La feuille tombe et ton sourire la remplace, ô Bernadette!